Hervé Bazin - L'huile sur le feu

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L'huile sur le feu: краткое содержание, описание и аннотация

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On ne dort plus guère à Saint-Leup du Craonnais : les femmes y brûlent avec une régularité qui exclut le hasard. Et le soupçon, plus encore que la menace, empoisonne le village.
L'incendiaire ? On le découvre au cours de péripéties hallucinantes où chaque personnage se révèle dans sa vérité : Monsieur Heaume, une manière de châtelain ; Degoutte, le menuisier, et son fils demeuré ; Ralingue, l'épicier chef des pompiers ; Eva Colu qui fuit une vie devenue insupportable ; Bertrand, son mari, contraint par une abominable brûlure de guerre à vivre masqué et qui, depuis, combat le feu avec acharnement.
Le cauchemar de Saint-Leup est raconté par Céline, la fille unique d'Eva et de Bertrand. A la lueur des incendies, c'est toute l'existence d'un village qui nous apparaît, dans sa profondeur, avec ses passions et ses rancunes.

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— Ne t’y fie pas, rétorque l’autre : c’est bon signe, oui, mais rien n’est fait. Si j’étais toi, je frapperais un grand coup.

Elles vont continuer sur ce ton jusqu’à midi. Mais je n’entends guère : le bourdonnement des abeilles m’est resté dans l’oreille. Pas une ligne de ce cours, abandonné depuis des semaines et que je reprends pour me fournir une contenance, ne s’inscrira dans ma mémoire… Ses abeilles ! Il a vendu ses abeilles ! Cédera-t-il aussi sa fille ? Tout m’irrite : ce qu’il y a de sage dans sa décision comme ce qu’elle a de forcé, de théâtral. Et cette sensiblerie même devant ses ruches : quelle contradiction ! Le cœur gros, prêt à pigner comme un enfant qui perd ses jouets, voilà l’homme qui a pris tant de plaisir à culbuter dans les flammes la vieille Amélie. Est-il donc fait de la même matière que ces brutes en uniforme capables de s’apitoyer un jour sur la mort d’un rouge-gorge et de mitrailler, le lendemain, de sang-froid, des femmes et des enfants ? Et suis-je donc, moi aussi, sa fille, modelée à son image ? Le monde entier peut flamber : à une petite indignation près, je m’en soucie comme de ça ! Ce qui me déchire, c’est l’idée que pourrait disparaître ce casque de drap noir, au-dessous duquel naît parfois le sourire malade qui m’est réservé et me reste aussi précieux que son maigre soleil peut l’être à ce pays.

*

Enfin Julienne s’en va. Je ne sais pas ce que mangera son mari : il est près de midi. Aussi bavarde qu’elle, ma mère a au moins le mérite de ne jamais s’arrêter, de travailler en parlant, et c’est pourquoi, sans doute, les conciliabules ont toujours lieu ici. Tout est prêt : menu soigné, céleri rémoulade, blanquette, poireaux au gratin. Au dernier moment, M me Colu, considérant les pommes de son compotier, a choisi les plus rondes : des fenouillettes et des court-pendus, qui, pelées d’un seul glissement de couteaux, donnent une belle épluchure en vrille et se retrouvent épépinées, débitées en tranches dans la jatte pleine de pâte à l’œuf. L’huile bouillonne dans la friteuse, et, à l’odeur, tout le quartier doit savoir que nous allons manger des beignets.

— Appelle ton père, dit M me Colu.

Eh bien ! Nous pouvons faire une croix à la cheminée : d’ordinaire, elle se fait une joie de se mettre à table sans le prévenir. Mais il y a mieux : elle a mis son couvert, et je jurerais qu’elle a improvisé ce dessert — banni de nos menus — parce que mon père adore tout ce qui est beignets, friteaux et croquantes. Compris ! Il n’existait plus, mais, puisqu’il va partir, elle lui rend l’existence ; elle la lui rend pour qu’il s’en aille, pour qu’il décide lui-même de ne plus exister. Va, Colu, disparais, tu auras du beignet.

Inutile de me déplacer : le voilà obéissant à la pendule ou à son estomac. Il entre en se malaxant les mains, en se frottant le cou contre le col de son veston ; il plisse le nez, car l’huile bouillonne et parfume la pièce avec une telle ardeur que l’air en devient bleuté.

— On mange, fait M me Colu.

C’est à lui qu’elle s’est adressée. À lui ! Il est vrai qu’elle a pu le faire par inadvertance et que l’avis est aussi valable pour moi. En tout cas, Papa ne paraît pas vouloir comprendre. Si attentif naguère à saisir toute occasion de rompre le silence, à profiter de toute rémission, il refuse visiblement celle-ci, dont il doit deviner le sens : à défaut de logique, j’ai pu le constater, il a de sensibles antennes. Son regard passe, sans s’y attarder, sur l’assiette où ma mère a mis de côté pour lui les beignets qu’il préfère : les plus saisis, aux bords hérissés de croustillants roux. Et c’est à moi qu’il répond ou plutôt qu’il balbutie :

— Qu’on mange sans moi, Céline… Mes pauvres abeilles… Ça m’a coupé l’appétit. J’ai une boule, là…

Je vois ma mère changer de couleur. En elle s’irrite d’abord la cuisinière, aussi vexée qu’un orateur obligé de rentrer son discours ; puis la femme qui se croyait habile et qui sent que ses fausses attentions sont déjouées. Ses sourcils s’abaissent et, dans son cou, le battement des carotides devient perceptible. Elle se contient pourtant et, comme si elle n’avait jamais cessé de lui parler, comme s’il s’agissait d’un projet débattu entre eux à l’amiable, elle se plante devant Papa pour lui demander :

— À propos, quand pars-tu ?

Mais la réponse — je m’y attendais — sera celle du berger à la bergère. Papa n’a rien entendu. Il est seul avec moi dans la pièce. Ma mère, ses casseroles, ses beignets n’existent pas.

— Colu, je te parle ! Je te demande quand tu pars. Tu es sourd ?

Presque aussitôt, elle rectifie :

— Enfin, Bertrand, tu me réponds, oui ?

Concession, insistance inutiles. Pourquoi répondrait-il à celle qui depuis si longtemps ne lui répond jamais ? Elle lui parle ? Oublie-t-elle qu’il a parlé dans le vide durant des semaines ? D’ailleurs, il faut qu’il se taise : s’il lui dit un mot, il va s’émouvoir et se reprendre. Il le sent, il bat en retraite. À la porte, il me souffle à mi-voix :

— Sois prête d’ici une demi-heure. J’ai une course à faire avec toi.

— Ah ! non, crie ma mère. Jusqu’à ce que tu sois parti, Céline ne bouge plus d’ici. Je ne suis pas folle !

Elle ferait bien mieux de s’occuper de la dernière fournée de beignets, qui noircissent à vue d’œil, tandis que de lourdes vapeurs d’huile envahissent la salle. Mais elle s’avance, les bras croisés et martelant ses mots :

— Écoute, mon bonhomme, pars ! Ce n’est pas nous qui t’en empêcherons. Depuis le temps que tu t’accroches, nous n’attendons, nous ne désirons que ça. Vends tes abeilles, vends ton portefeuille, garde l’argent et laisse-nous sans un sou. On s’en moque ! Le plaisir d’être enfin débarrassées de toi vaut si cher que nous ne te demandons pas de comptes. Mais n’essaie pas d’opposer ta fille à sa mère. Céline est une jeune fille maintenant, elle a compris, elle sait ce que tu vaux…

Pourquoi parle-t-elle en mon nom ? Papa vient de s’arrêter et me jette un regard morne, facile à traduire : « … Ce que je vaux ! M’aurais-tu déjà trahi ? » Ah ! ce mal des Colu, cette paralysie de la langue dans les circonstances graves ! Je ne sais qu’élever la main pour protester, et ma mère, cette Torfoux, forte en gueule comme sa propre mère, comme toutes les Torfoux, me domine aisément :

— Tais-toi, Céline. Ce n’est pas l’heure de faire du sentiment. Si ça peut t’aider et si ça peut t’aider, toi aussi, Colu, je vais vous dire quelque chose…

Mon père a suspendu son pas. Il attend le coup comme je l’attends : avec stupeur. Car une seule idée me galope sous les cheveux : « Elle a deviné ! Elle va faire du chantage à la dénonciation. » Je n’y suis pas du tout et ce qui reste d’ange en moi va tomber des nues.

— N’oublie pas que Céline est soi-disant née à sept mois, dit M me Colu d’une voix coupante. En réalité, je peux te le dire maintenant, elle est bien née à terme.

Elle recule aussitôt dans la fumée qui nous prend tous à la gorge, elle recule jusqu’au fourneau pour écarter du feu la friteuse. Mais l’anse brûlante s’imprime dans sa main et elle la retire si vivement que la bassine chavire, se met de biais : une lame d’huile passe par-dessus bord, tombe en grésillant sur le charbon, d’où remontent une flamme très jaune et d’acres tourbillons. Ni Papa ni moi — qui nous regardons intensément entre les cils de nos paupières mi-closes — n’avons bougé. M me Colu, qui se secoue la main, se jette vers la fenêtre, l’ouvre toute grande en vociférant :

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