Hervé Bazin - L'huile sur le feu

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L'huile sur le feu: краткое содержание, описание и аннотация

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On ne dort plus guère à Saint-Leup du Craonnais : les femmes y brûlent avec une régularité qui exclut le hasard. Et le soupçon, plus encore que la menace, empoisonne le village.
L'incendiaire ? On le découvre au cours de péripéties hallucinantes où chaque personnage se révèle dans sa vérité : Monsieur Heaume, une manière de châtelain ; Degoutte, le menuisier, et son fils demeuré ; Ralingue, l'épicier chef des pompiers ; Eva Colu qui fuit une vie devenue insupportable ; Bertrand, son mari, contraint par une abominable brûlure de guerre à vivre masqué et qui, depuis, combat le feu avec acharnement.
Le cauchemar de Saint-Leup est raconté par Céline, la fille unique d'Eva et de Bertrand. A la lueur des incendies, c'est toute l'existence d'un village qui nous apparaît, dans sa profondeur, avec ses passions et ses rancunes.

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Un point à l’envers, un point à l’envers… Je m’embrouille. Détricotons tout le rang… Papa a continué sur ce ton pendant une demi-heure, et son café était complètement froid quand il l’a bu, d’un trait, juste avait de partir. D’ordinaire, il faut lui arracher ses mots, à ce silencieux, et il a pour vous confier ses préoccupations le même enthousiasme que d’autres pour confier leur argent. Éloquence insolite ! Et qui me paraît un peu excessive, car, après tout, l’attitude de la justice en cette histoire semble extrêmement prudente, et les trois enfants sont simplement consignés chez eux. À une raclée près, il ne leur est rien arrivé de si fâcheux…

Un point à l’endroit. Le chat rôde autour de la cage des serins, qui s’affolent, palpitant d’une aile jaune et faisant sauter leur mil. Maman lui allonge un coup de pied. Elle aussi rôde autour de moi depuis ce matin et ne se décide pas à me dire ce qu’elle voudrait me dire. Elle guillotine les carottes, énuclée rageusement les pommes de terre, laisse tomber des épluchures d’une épaisseur inadmissible, sale à la poignée. Enfin la voici qui saute à la fenêtre :

— Julienne !

*

Portillon qui bat. Porte qui claque. La Troche accourt en débitant des « Qu’est-ce qu’il y a ? » Sans lever le nez — ne lui faisons pas cet honneur, — je vois s’avancer ses chaussons rouges à pompons noirs qui claquent sur le carreau et laissent voir des talons jaunes. Tiens ! Je n’avais pas remarqué qu’elle avait du poil sur les tibias. Tricotons. Nous allons avoir droit à la nième séance. Maman commence à crier :

— Écoute, là, vraiment, j’en ai assez, assez ! J’ai réfléchi, je crois que tu as raison : il nous faut un bon constat. Prends le tisonnier, je n’ai pas le courage…

Pause. Je tricote, mais je sens bien les quatre prunelles posées sur moi. Nous avons déjà entendu parler de cela : « Qu’est-ce que tu attends ? Puisqu’il ne te touche pas, prends la balayette et marque-toi bien. Tu diras que c’est lui. » On doit compter sur mon habituel silence : « Cette petite ne trahira pas, puisqu’elle ne veut nous perdre ni l’un ni l’autre et qu’en parlant elle me perdrait, moi », voilà ce qu’on pense. Et peut-être bien même : « En pareil cas, son silence sera plutôt un témoignage à charge. Qui fait la bouche cousue rend l’accusé suspect. » Dans un sens, l’admirable confiance que mon père ou ma mère ont eu ma discrétion n’est pas sans m’honorer, mais la façon dont elle et lui — surtout elle — essaient d’en abuser m’incite vivement à trouver une forme de neutralité active : une neutralité qui déjoue les plans des deux adversaires. Tricotons. Ne disons rien. Soulevons un peu les cils. Julienne touche le tisonnier sans le saisir. Elle n’a pas l’air du tout emballée : les conseilleurs n’aiment guère se transformer en payeurs.

— Mais tu as, demain soir, la noce Dernoux, dit-elle.

— Tant pis !

Pourtant ma mère elle-même manque d’enthousiasme et cherche à s’échauffer :

— Ça ou ça, dit-elle, ou encore ça.

Elle fouille le placard et le buffet. Le rouleau à pâte, puis la balayette rejoignent le tisonnier sur la table. Julienne saisit le rouleau, mollement, mais dérive vers la commode, où trône toujours la photographie de mon père jeune.

— Je me demande, dit-elle, pourquoi tu gardes ce monsieur.

Excellente provocation. On me regarde, mais, comme je ne dis rien, on s’encourage, on s’excite. Maman rafle le cadre.

— C’est vrai, au fond… Au feu ! bonhomme, au feu !

Elle étend le bras vers le tisonnier, sans doute pour soulever les rondelles de la cuisinière. Mais Julienne la devance :

— Non, dit-elle, il serait capable de ne pas s’en apercevoir. Flanque-le à la poubelle : c’est lui qui la vide…

Maman reste un instant bouche bée : retrouve-t-elle cette jalousie spéciale de la haine devant une autre haine qui a plus de génie qu’elle ? Cependant la voici qui se baisse et jette le cadre parmi les épluchures et les papiers gras — où il ne restera pas longtemps, je vous le garantis ! Mes doigts se recroquevillent dans mes bas, et je me sens soulevée par une vive protestation des reins. Non, reste assise, Céline. Tu ne vois rien. Tu es aveugle, comme ces aveugles qui ont des yeux si clairs et si profonds que leur cécité vous transperce, qu’on ne peut pas croire qu’ils ne voient pas. Julienne a pris un peu de recul et soulevé le rouleau. Un bout de langue passe sur ses lèvres : l’appétit vient. Comme ma mère se relève, le premier coup lui tombe sur l’épaule.

— Eh ! tu me fais mal ! proteste-t-elle en tournant la tête vers moi comme pour me demander assistance.

— Faudrait savoir ce que tu veux ! dit Julienne, les dents serrées.

Le rouleau frappe une seconde fois, puis une troisième. Maman ne dit plus rien, elle se recroqueville, se couvre les seins du bras gauche et le visage du bras droit. À chaque coup, elle gémit et, s’il est vraiment trop fort, elle gronde à bouche fermée comme les chats qui n’osent pas cracher. Julienne retient un peu son bras, mais bientôt elle y reprend goût et frappe, frappe de bon cœur. Je gagerais qu’elle repère les endroits sensibles, un instant découverts : le coude, les côtes, la clavicule… Ses yeux luisent, sa bouche est tirée par une intense expression de plaisir. Assouvir toute l’amitié que tu as pour ma mère en lui rendant ce curieux service, quelle occasion, Julienne ! Je pousse l’aiguille au hasard, hors la maille ou dedans, à l’endroit ou à l’envers, je n’y suis plus, je ne sais plus. Mais non, non, je ne vois rien, je ne bougerai pas, je n’interviendrai pas : il y a eu l’échelle et, même si l’échelle est tombée toute seule, il y a ceci. Jamais il n’a été plus vrai qu’on peut être puni par où l’on a péché. Qu’elle le soit, puisqu’elle le veut, et tant pis si je suis aussi meurtrie qu’elle, aussi châtiée, aussi douloureuse de partout ! Justice ! Il faut qu’elle paie l’intention même de ce simulacre — qui sera, je le jure, inutile ! Mais si justice il y a, qu’elle soit complète ! Que ce bon rouleau de buis fasse boomerang et revienne sur toi, ma Julienne, pour écraser ton sourire, pour l’aplatir comme une pâte feuilletée !

Hourra ! Mon souhait qui s’exauce ! Touchée au petit-juif, ma mère pousse un cri et s’efface. Le coup suivant la manque et, emporté par l’élan, vient claquer sec sur la rotule de Julienne qui lâche tout, qui se prend le genou à deux mains et se met à sauter sur un pied en poussant des aïe ! et des ouille ! Elle s’arrête enfin, clopine jusqu’à la première chaise et, au jugé, sans raison apparente, me jette, furieuse :

— Tu es contente, hein ?

— Moins que toi tout à l’heure !

Erreur de tir. Il ne fallait pas répondre : en principe, je n’ai rien vu, rien entendu. Mais allez donc arrêter votre langue quand elle a envie de se transformer en dard ! Julienne délaisse sa rotule, qu’elle massait tendrement, et se retrouve sur ses pieds. Elle fonce sur moi et, flic et flac, une à gauche, une à droite, à la volée, voilà Céline giflée. J’en reste abasourdie, assise pour l’éternité. L’œil sec, mais les joues flambantes et la main brandissant comme de faibles poignards mes aiguilles à tricoter. Dans son coin, là-bas, où elle se tassait, geignante, ma mère s’est relevée. Elle a le regard vague et papillotant des gens qui commencent à comprendre. Soudain, elle secoue sa crinière comme le lion qui charge et se lance sur Julienne.

— Je ne t’ai pas dit de frapper ma fille !

— Et si ça me plaît, à moi !

Lâchez la bête, elle ne s’arrêtera plus. Il en est du sang comme du reste : quand il bout, il bouscule son couvercle et, même si l’on coupe le feu, il met du temps à refroidir. La situation devient d’une haute stupidité, d’un effrayant comique. Ces excellentes amies se battent pour de bon. Ramassé, le rouleau lutte contre la balayette — que ma mère a saisie — et d’un revers la brise. Un autre revers — à bout de course, heureusement — atteint cette ravissante petite oreille dont M me Colu est si fière et la transforme presque instantanément en une chose violette qui saigne peu, mais gonfle à vue d’œil. « Laisse, Céline ! » crie Maman, qui me voit debout, frémissante, le tisonnier en main. Au vol, elle a saisi le rouleau et se pousse en avant avec une telle fureur que Julienne prend peur et tourne les talons.

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