Hervé Bazin - L'huile sur le feu

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L'huile sur le feu: краткое содержание, описание и аннотация

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On ne dort plus guère à Saint-Leup du Craonnais : les femmes y brûlent avec une régularité qui exclut le hasard. Et le soupçon, plus encore que la menace, empoisonne le village.
L'incendiaire ? On le découvre au cours de péripéties hallucinantes où chaque personnage se révèle dans sa vérité : Monsieur Heaume, une manière de châtelain ; Degoutte, le menuisier, et son fils demeuré ; Ralingue, l'épicier chef des pompiers ; Eva Colu qui fuit une vie devenue insupportable ; Bertrand, son mari, contraint par une abominable brûlure de guerre à vivre masqué et qui, depuis, combat le feu avec acharnement.
Le cauchemar de Saint-Leup est raconté par Céline, la fille unique d'Eva et de Bertrand. A la lueur des incendies, c'est toute l'existence d'un village qui nous apparaît, dans sa profondeur, avec ses passions et ses rancunes.

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Choix secret, choix provisoire, soigneusement tu et sans effet pratique. L’estime n’a rien à voir avec l’amour : je ne sais quel goût d’envelopper une vilaine plaie se mêlait à cette tendresse que j’avais toujours pour ma mère et qui s’avivait à la connaître indigne. N’ai-je pas toujours été pour le plus menacé ? Mon père ne faisait que se défendre, certes, mais quelle forte victime pour un faible bourreau ! Je m’en voulais, je me gourmandais, je criais à la partialité… Rien à faire. Je ne pouvais la détester. Pas plus que je n’aurais pu le détester, lui, si les rôles étaient renversés.

Plus Céline, plus tiraillée que jamais, je me divisais entre eux, complice de personne, sauf peut-être d’une fatalité que je n’osais combattre, puisqu’il fallait pour l’arrêter combattre l’un d’eux. La roue tournait de plus en plus vite. Le ménage Colu, je le sentais, ne finirait pas l’année, ne finirait peut-être pas le mois. Rien ne l’indiquait formellement. Rien. Sauf cette appréhension qui vous noue la gorge et signale l’imminence des catastrophes. L’air s’épaississait toujours. J’étais au centre d’un cercle qui se refermait, se refermait…

Pourtant il n’y avait pas eu de scène, la veille. Après le départ de Clobe, Maman était restée allongée, refusant de paraître au déjeuner. Rentré à midi et quart, avec cette ponctualité étonnante chez un agent d’assurances que ne régit aucun horaire, Papa ne daigna même pas remarquer son absence. Il dit seulement en coupant sa viande : « Fameux, ton rôti ! Je me demande pourquoi ta mère s’obstine à ne pas le piquer à l’ail. À propos, j’ai vu Clobe, au bout de la rue. » Et, cinq minutes plus tard, en pelant une reinette : « J’ai rencontré Julienne aussi. » Pas de commentaire. Pas même un regard pour réclamer une troisième version. Il repartit presque aussitôt, laissant le champ libre à ma mère qui, après avoir grignoté une tartine de saindoux saupoudré de sel fin — son régal, — s’en fut sans dire un mot, le coude bandé, la tête empaquetée dans une bande Velpeau qui retenait sur son oreille un spectaculaire amas d’ouate. Le soir, même comédie. Nouveau forfait de Maman. Nouveau repas en tête à tête avec Papa. Indifférence aussi bien simulée, mais aussi bien dénoncée par cette remarque tombée dans le potage :

— Ce que les gens sont mauvais ! Ta mère a beau dire qu’elle a dégringolé dans l’escalier, tout le monde croit que je l’ai frappée. Besson m’a même dit : « Tu n’y vas pas de main morte ! »

Bien sûr. Je savais bien que ma mère n’était pas sortie pour rien, qu’elle s’était montrée partout : il y a une certaine façon de mentir pour excuser qui est bien plus efficace que de mentir pour accuser.

*

C’est dans la même intention, j’en jurerais, que, dominant son mal, affichant ses cocards (qui n’avaient fait que croître et embellir), elle eut le courage le lendemain matin d’aller s’occuper des pâtés en croûte et des îles flottantes de la noce Dernoux. Je pensais bien ne pas la revoir avant minuit et rester seule toute la journée. Mais Papa, rentré à midi et quart comme la veille, ne ressortit pas et, son déjeuner expédié, se mit à tourner dans la salle, à la fenêtre de laquelle crevait un jour pauvre, pris dans les mailles des rideaux. Il tourna tout l’après-midi, tandis que je cousais. Il tourna, tourna, monologuant par saccades et ne se préoccupant pas de relier entre elles des phrases que séparaient de longs intervalles de silence et de méditation. « On parle bel et bien de déférer Hippolyte au tribunal pour enfants, tu te rends compte ! » dit-il — par exemple, — comme j’achevais la vaisselle (et je ne pus retenir un geste agacé : en fait d’ennui, ce n’était pas ce qui se faisait de plus grave à la maison). Mais, tandis que ses chaussons râpés décrivaient des cercles autour de la table, l’obscur cheminement de sa pensée tournait aussi autour d’un souci central d’où semblaient rayonner tous les autres. Il ricanait, il s’exclamait : « Et demain la médaille !… Une médaille ! Nous l’avons bien méritée. » Puis le silence l’engloutit pendant une heure. Il ne tournait plus, il arpentait la pièce, de cloison en cloison, retrouvant ce déhanchement du fauve qui oscille en souplesse vers l’autre bout de sa cage, bute de nouveau et repart, inlassablement, comme s’il mesurait sans rime ni raison l’écartement des parois.

Soudain, il s’arrêta, se précipita à la fenêtre : une douzaine de noceux, qui défilaient dans les rues pendant que l’on desservait et que se mitonnait le gueuleton du soir, passaient devant la maison. « Encore un malheureux ! » murmura Papa. Six filles, la poupe en avant, donnant du genou dans la robe longue, et six garçons, coiffés de frais sous la casquette penchée, ratissaient la chaussée de leurs vingt-quatre jambes. Une fille lança : Nous n’irons plus au bois… Mais personne ne suivit. Chacun chantait pour soi. Une autre essaya La Marseillaise… Ma mère n’était pas là, ça se sentait, pour emmener le chœur, qui s’éloigna, torturant d’autres scies.

L’intermède n’avait pas déridé Papa. Au contraire. Tandis que j’ourlais des torchons, il se campa devant ce portrait que j’avais retiré de la poubelle. Une phrase tomba, incomplète :

— Si ce type avait quelque chose dans le ventre, il se manifesterait, il ne laisserait pas…

Deux secousses au cartel électrique, et une autre phrase tâta le silence :

— Qu’est-ce que je t’avais dit ? On se fait pocher l’œil et hop ! chez Clobe.

Et mon père se retourna, marcha sur moi, arrachant son passe-montagne.

— Un mariage, Céline ! Mauvais, mauvais… Qu’en dis-tu ?

Je commençais à m’inquiéter. Il ne me laissa pas le temps de poser mes lèvres sur cette tempe affreuse dont l’artère devait cogner si fort. Il n’attendit même pas ma réponse — inutile. La pièce était devenue trop petite pour son agitation : il s’en alla ricocher d’un bout à l’autre du couloir qui à son tour devint, très vite, insuffisant. J’entendis s’ouvrir la porte du fond : Papa s’enfonça dans le jardin, commença une longue navette sur la petite allée de ciment que martelaient ses pas. Que faisait donc mon aiguille ? Une nuit basse comme le jour qu’elle remplaçait envahissait la pièce. Je me disais : « Lève-toi, rejoins-le, trouve les mots qui conviennent. » Mais ma langue, à moi aussi, s’embarrassait : depuis que je me faisais un devoir de ne jamais interroger les miens, l’art de la question qui délivre comme un coup de scalpel me devenait étranger. Fille silencieuse d’un silencieux, je ne savais pas combattre avec des phrases. Que pouvaient-elles d’ailleurs contre ce qui menaçait ? Dans l’ombre, je ne voyais plus que le reflet d’une casserole d’aluminium pendu à son clou et je n’avais pas envie d’allumer, comme je n’avais pas envie de savoir. Il était bien suffisant de subir cette idée qui commençait à luire, comme la casserole, et dont je ne me débarrasserais pas en fermant les yeux… Là-bas, les talons de mon père sonnaient toujours sur le ciment de l’allée : de plus en plus fort, semblait-il. Allons, ce n’était pas assez ! Il fallait que mon père fît pendant à ma mère, qu’ils fussent égaux et que mon choix, s’il y avait eu choix, fût aussitôt réprouvé. Je me soulevai, écartant les bras comme pour me dépêtrer de tous ces fils qui reliaient brusquement ces détails, ces phrases dont je n’avais pas tenu compte. J’allai me poster sous la gouttière, près du tonneau plein d’eau croupie, d’une eau lasse d’être de l’eau comme j’étais lasse d’être Céline. Il marchait au milieu du jardin. Il remontait. Il arrivait en sifflotant.

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