Hervé Bazin - L'huile sur le feu

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L'huile sur le feu: краткое содержание, описание и аннотация

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On ne dort plus guère à Saint-Leup du Craonnais : les femmes y brûlent avec une régularité qui exclut le hasard. Et le soupçon, plus encore que la menace, empoisonne le village.
L'incendiaire ? On le découvre au cours de péripéties hallucinantes où chaque personnage se révèle dans sa vérité : Monsieur Heaume, une manière de châtelain ; Degoutte, le menuisier, et son fils demeuré ; Ralingue, l'épicier chef des pompiers ; Eva Colu qui fuit une vie devenue insupportable ; Bertrand, son mari, contraint par une abominable brûlure de guerre à vivre masqué et qui, depuis, combat le feu avec acharnement.
Le cauchemar de Saint-Leup est raconté par Céline, la fille unique d'Eva et de Bertrand. A la lueur des incendies, c'est toute l'existence d'un village qui nous apparaît, dans sa profondeur, avec ses passions et ses rancunes.

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— Eva !

— Quoi ?

Cette fois, Maman s’arrêta pile, furieuse. Une main de mon père venait de se poser sur son bras. Une main de Papa ! Elle la regardait, cette main sale, avec indignation.

— Eva, à quelle heure es-tu rentrée hier soir ?

— Ça te regarde ?

Jamais mes parents ne se posaient de questions sur leur emploi du temps. Ils vivaient côte à côte, sans se consulter et s’observant comme le chat et le serin, à travers une cage de petites obligations. Étonnée, je regardai Papa : sous le casque de drap, sous le masque de boue, il était absolument froid, indifférent. Ses prunelles bleues (pas le même bleu que celui du bon œil de parrain : un bleu plus ciel) n’exprimaient rien, restaient immobiles entre leurs paupières rouges qui ne cillaient même pas. Mais Maman avait envie d’être odieuse. Sa bouche se plissa, ses narines palpitèrent : « Avec ça qu’il sent mauvais ! » murmura-t-elle. Incapable de cacher son dégoût, elle effaça son épaule sur qui pesait toujours une main sale, elle recula. J’étais outrée, mais mon père ne daigna pas faire attention. De l’épaule de sa femme, sa main retomba sur l’épaule de sa fille, dont la tête se coucha pour effleurer cette main, du coin de la lèvre, et il reprit d’une voix neutre, dépourvue de toute passion :

— Si je te demande ça, c’est que, selon l’heure où tu es rentrée, ton témoignage peut présenter quelque intérêt pour l’enquête. Tu travaillais chez les Gaudian, hier soir, et les Gaudian habitent à deux pas des Binet.

— Je m’occupe bien de ça !

Maman repartit vivement, et cette fois je ne lui donnai pas tort, sans lui donner raison. À quoi bon ce débat ! Qu’ils s’épargnent, qu’ils m’épargnent ! Pendant cinquante mètres, je me trouvai seule entre eux, indécise, déchirée, complice de l’un comme de l’autre. Ah ! comme il est difficile de faire un agent double au pays de la tendresse ! Peu à peu, je me rapprochai de Maman, puisque pour l’instant c’était elle qui semblait menacée. À quelle heure elle était rentrée ? Je n’en savais rien. Cela n’avait aucun intérêt. Personne n’ignorait que, un sarrau jeté sur sa belle robe, elle avait d’abord fait son boulot de cordon bleu, depuis le vol-au-vent jusqu’à la bombe glacée ; personne n’ignorait qu’elle était ensuite passée dans la salle pour chanter : En revenant de Craon (version locale de En revenant de Suresnes), Minuit, chrétiens, La pomponnette, Où allez-vous petite ? et pour danser ces dernières danses qui sont arrivées à exterminer la violette et les quadrilles. Trop sûre d’y rencontrer Papa, elle n’était certainement pas allée au feu, où d’ailleurs elle aurait gâtée sa robe, et plus tard, quand l’accordéon s’était tu, par bienséance, elle avait dû se lancer avec les plus enragés, les plus jeunes, avec ce terrible petit Hippolyte, frère du marié, avec Claude Hacherol, son cousin, à la poursuite du nouveau couple qu’il est d’usage d’aller dénicher et qu’on trouve toujours après ces longues fouilles, ces errances, entrecoupées de rires troubles, de chants rauques et de conciliabules… Qu’elle y trouvât plaisir, j’enrageais d’y penser. Mais c’était ainsi, et ça ne regardait pas Papa. Je jetai un coup d’œil, en passant, dans la glace du pharmacien qui me renvoya l’image de ma mère : une femme svelte, aux jambes et à la poitrine parfaites, très capable de me supporter sans dommages, moi qui lui rappelais que seize (mon âge), plus dix-sept (âge d’Eva Torfoux au moment de son mariage), plus un (honorable délai) ont toujours fait trente-quatre. « Quand le compte des ans passe le compte des dents… tu commences à les perdre, et bien d’autres choses avec ! » disait la grand-mère Torfoux. Bah ! Maman n’en avait pas une seule de cariée. Soudain, je me retournai vers mon père et, pour briser le silence, avec les meilleures intentions du monde, je gaffai sombrement :

— Si tu voyais ce que Maman nous a ramené ! Elle en avait plein son panier. Nous en avons au moins pour toute la semaine.

Le tressaillement de ma mère m’avertit… Voyons, voyons, qu’avais-je donc dit ? Elle en avait plein son panier… Façon de parler, simple formule, car les gâteaux, le morceau d’alise, le petit pâté de lapin en croûte, les restes friands, tout était sur la table. Cervelle, ma cervelle, que vas-tu chercher ? Pourquoi faut-il que je me glisse aussitôt dans ces failles qui permettent toujours d’aller au cœur des secrets ? Ma phrase la gênait, le panier la gênait. Elle était donc rentrée avec un panier au bras, ma mère. Mais ce n’était pas le panier dont l’évocation devait l’ennuyer. Que faisait l’autre bras ? Impitoyable, je remontais dans sa pensée, je la forçais, comme une truite force le barrage d’amont : « Plein, son panier… Qu’est-ce à dire ? Céline dormait à mon retour. Dormait ou faisait semblant de dormir ? A-t-elle vu ce que je faisais de mes deux coudes ? Non, elle ne peut pas m’avoir surprise, à moins d’être aux aguets dans la cuisine — et pourquoi s’y serait-elle embusquée ? Elle était dans son lit. Dans notre lit. Donc dans la chambre d’où, même éveillée, il lui est impossible de rien voir puisque cette chambre ne donne pas sur la rue. Elle ne pourra témoigner que de l’heure indue. Et encore !… Le réveil n’était pas remonté. L’étonnant tout de même est qu’elle parle d’un panier plein, alors que je l’ai vidé sur la table, en arrivant, et remisé dans l’armoire aux balais. » Car elle l’avait remisé dans l’armoire aux balais, le panier. Je l’avais vu, à cette place qui n’était pas la sienne, en allant décrocher mon cabas.

— Comme tu cours ! Comme tu cours, Maman !

Ma mère avait redressé le menton. Elle prenait toujours cet air-là quand elle venait de subir les remarques acidulées de ma tante Colu, quand elle sortait de chez elle en disant : « Et puis zut ! Elle en pensera ce qu’elle voudra. Je ne vais pas me mettre martel en tête. Je n’ai de comptes à rendre à personne ! » Elle avait cet air-là le jour (récent, il n’y a pas deux mois : c’était la veille de l’incendie Daruelle) où elle avait eu avec Papa une scène plus terrible que toutes les autres, le jour où, pour la première fois, elle avait osé me dire : « Écoute, Céline, tu es grande maintenant, il faut que tu saches… Ton père et moi… Ce n’est plus possible. La seule solution, c’est le divorce. Ce n’est pas admis dans ce pays-ci, mais je ne peux pas faire autrement. Il y a dix ans que nous devrions être séparés. Ton père s’y est toujours opposé. Pour divorcer, il faut un grief, et je n’en ai pas contre lui. Et puis il y a toi… Je ne te laisserai jamais à ton père. Aide-moi, Céline. Toi, il t’écoutera peut-être. Dis-lui… » Elle n’avait pas eu le temps de finir : je n’étais plus dans la pièce…

— Comme tu cours !

Faisant la navette, je venais d’arriver à la hauteur de ma mère, qui me saisit l’épaule, y crispa les doigts, et nous fîmes encore cent mètres, en silence, tandis que je songeais : « Sans moi, n’est-ce pas, sans moi, Maman, comme tout serait simple ! Tu ne serais plus que celle dont on disait au Louroux : “Quand on voit Eva, on comprend le père Adam.” Je sais, je sais, tu as épousé un garçon fait comme les autres, un beau garçon même, si j’en crois cette étonnante photo qui trône encore sur le buffet. Tu as épousé un beau garçon avant la guerre… pour récupérer ce pauvre Papa, ce monstre, il faut dire le mot, ce monstre à peine pensionné (car la hideur, même à cent pour cent, n’a pas de cours) qui t’oppose un refus candide, une conduite irréprochable (car, la hideur, ce n’est pas non plus un grief), qui prétend s’imposer à toi pour toute la vie, toute la vie, toute la vie. Victime d’une victime, voilà ce que tu es. Mais pourquoi en faire une troisième ? Toute ta vie, c’est aussi toute la mienne. » Mais la main de ma mère sur mon épaule se crispait plus fort, me faisait mal. Je le voyais bien, au fur et à mesure que nous nous rapprochions de la maison, l’agacement faisait place en elle à la rage, la rage à l’exaspération. J’aurais pu crier pour elle : « Maudit géranium qui fait son signal rouge à la fenêtre ! Maudite baraque… — Maman, Maman, j’y vis aussi ! — Maudite baraque où, selon ton père, nous avons passé quinze mois “inoubliables” ! Quinze mois qu’il me fait payer depuis bientôt quinze ans ! » Elle n’eut pas la patience d’attendre, de faire vingt mètres de plus pour soustraire ses fureurs aux oreilles complaisantes des voisines ; le fiel lui remonta d’un seul coup à la bouche :

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