Jean-Marie Le Clézio - Fièvre

Здесь есть возможность читать онлайн «Jean-Marie Le Clézio - Fièvre» весь текст электронной книги совершенно бесплатно (целиком полную версию без сокращений). В некоторых случаях можно слушать аудио, скачать через торрент в формате fb2 и присутствует краткое содержание. Город: Paris, Год выпуска: 1965, ISBN: 1965, Издательство: Éditions Gallimard, Жанр: Современная проза, на французском языке. Описание произведения, (предисловие) а так же отзывы посетителей доступны на портале библиотеки ЛибКат.

Fièvre: краткое содержание, описание и аннотация

Предлагаем к чтению аннотацию, описание, краткое содержание или предисловие (зависит от того, что написал сам автор книги «Fièvre»). Если вы не нашли необходимую информацию о книге — напишите в комментариях, мы постараемся отыскать её.

Ces neuf histoires de petite folie sont des fictions ; et pourtant, elles n'ont pas été inventées. Leur matière est puisée dans une expérience familière. Tous les jours, nous perdons la tête à cause d'un peu de température, d'une rage de dents, d'un vertige passager. Nous nous mettons en colère. Nous jouissons. Nous sommes ivres. Cela ne dure pas longtemps, mais cela suffit. Nos peaux, nos yeux, nos oreilles, nos nez, nos langues emmagasinent tous les jours des millions de sensations dont pas une n'est oubliée. Voilà le danger. Nous sommes de vrais volcans.
Il y a longtemps que j’ai renoncé à dire tout ce que je pensais (je me demande même parfois s’il existe vraiment quelque chose qui s’appelle une pensée) ; je me suis contenté d’écrire tout cela en prose. La poésie, les romans, les nouvelles sont de singulières antiquités qui ne trompent plus personne, ou presque. Des poèmes, des récits, pour quoi faire ? L’écriture, il ne reste plus que l’écriture, l’écriture seule, qui tâtonne avec ses mots, qui cherche et décrit, avec minutie, avec profondeur, qui s’agrippe, qui travaille la réalité sans complaisance. C’est difficile de faire de l’art en voulant faire de la science. J’aimerais bien avoir en quelque sorte un ou deux siècles de plus pour savoir. J. M. G. L. С.

Fièvre — читать онлайн бесплатно полную книгу (весь текст) целиком

Ниже представлен текст книги, разбитый по страницам. Система сохранения места последней прочитанной страницы, позволяет с удобством читать онлайн бесплатно книгу «Fièvre», без необходимости каждый раз заново искать на чём Вы остановились. Поставьте закладку, и сможете в любой момент перейти на страницу, на которой закончили чтение.

Тёмная тема
Сбросить

Интервал:

Закладка:

Сделать

Partout où ses yeux se posaient, dans cette chambre étouffante et vide, c’était sur elle qu’ils se posaient. La forme du visage d’Élisabeth se balançait dans l’air, emplissant toute la pièce. Et son corps, sa masse de peau bien farinée, qui la contenait hermétiquement, était partout Missi. Il marchait, il se baissait, il se couchait, il glissait sur le sol, ou bien volait au ras du plafond, ce corps insaisissable ; il dansait, il se séparait, il était odorant, on pouvait le toucher, on pouvait l’entendre, il était lumière.

C’était comme s’il y avait eu une série de miroirs collés sur toutes les surfaces planes, et reflétant indéfiniment, sous des angles toujours nouveaux, le même geste de beauté que faisait une femme, dans une chambre. Mais Roch était pour ainsi dire à l’intérieur des miroirs. Oui, en vérité, c’était lui qui reflétait le corps de sa femme, qui le dépareillait et le modifiait sans cesse, à chaque inspiration profonde de sa poitrine, à chaque impulsion nerveuse venue du dehors, à chaque éclat de lumière dure, au seul contact d’un son aigre venu d’au-delà des toits. Cette image, mais c’était plus qu’une image, se versait sur lui comme une eau dont il avait soif, ruisselait sur tout son corps, l’abreuvait délicatement de ses gouttes de pluie et de fraîcheur ; chaque geste du bras qu’elle avait, à présent, chaque mouvement familier, pour écarter les rideaux, pour ouvrir les volets, pour peigner sa chevelure, pour défaire la fermeture-éclair d’une robe blanche, chaque geste pur et lumineux venait jusqu’à lui et l’entourait d’un linge humide qui rassérénait toute sa peau.

Ces choses devaient durer des siècles, sans doute ; rien ne pouvait les arrêter. Le bain divin devait continuer, sans interruption, sans fatigue. Car les gestes se refaisaient indéfiniment, comme s’ils remontaient le cours du temps, qu’ils arrachaient des secondes au néant, qu’ils entraient tout nouveaux dans la zone du trouble, agrandissant sans hâte leur halo de fulgurante blancheur. Ils n’avançaient pas mécaniquement, mais avec une espèce de magie qui les faisait naître et se multiplier sans raison, pour nourrir Roch, pour lui seulement, dans cette chambre, dans cette odeur de maladie et de solitude.

Les gestes ne s’arrêtèrent pas ; pourtant, en quelques minutes, ils devinrent si rapprochés les uns des autres, si calmes, si élongués, que ce fut comme un seul et éternel geste de triomphe, une fusion des bras blancs et des cheveux sombres, un fantôme radieux, aperçu dans toutes les poses imaginables, et qui vint envelopper Roch de son tourbillon immobile. Roch reçut ainsi le corps d’Élisabeth, il s’en habilla sans s’en douter, très naturellement, et vécut dans la fraîcheur.

Maintenant, il était devenu cette femme, la passion l’avait en quelque sorte retourné sur lui-même, avait rompu l’état de dehors et l’avait placé dedans . Et cependant, bien qu’habitant la silhouette d’Élisabeth, sentant autour de lui, à la place des murs et des meubles, des choses qui ne lui appartenaient pas, qui ne lui avaient jamais appartenu, des fragments de femme qui flottaient épars, qui lui disaient sans cesse, « je suis là. Je suis là. Tu es chez moi », bien que pris dans une demeure nouvelle, faite de délectations, Roch éprouvait encore un besoin obscur, violent, outrageant, de dominer et de détruire. C’était comme si cette femme, venue cet après-midi-là, dans la chaleur et l’isolement, au beau milieu de la maladie, avait mis Roch face à deux gouffres profonds séparés par une lame de sabre. Puis elle l’avait poussé, et Roch était tombé sur la lame, et chaque partie de son corps tranché net était tombée dans le puits ouvert sous elle, et s’y était engloutie. Jamais, jamais il ne pourrait recoller les deux parties ensemble ; il fallait qu’il vive dans chaque puits, avec sa moitié de tronc et de tête, un bras et une jambe. Dans le gouffre de droite, Roch baignait dans le monde d’Élisabeth ; dans celui de gauche, il était en possession d’un objet doux et vivant, qui avait l’air d’un corps de femme, qu’il serrait entre ses mains, qu’il allait étrangler peut-être, à qui il allait faire subir les derniers outrages.

Car c’était cela, finalement, habiter une femme ; c’était être perdu dans un univers encore plus dément que celui de la maladie. C’était une vraie colère, s’attaquant non seulement aux sens et à l’intuition, mais aussi à tout ce qui dans l’esprit est volonté d’ordre et de compréhension. Des bouffées de haine et d’amour montaient simultanément à travers Roch ; et, chose effrayante, ces bouffées s’unissaient en montant, comme si elles étaient de même nature, ne formaient plus qu’un seul nuage brûlant et glacial, une sorte de cyclone aride, une sphère de tourment, comble de la douleur et de la jouissance, qui écartait tout sur son passage, et qui montait, montait toujours, toujours, et le soulevait avec elle, le traînant et le dissolvant dans son sillage, lui, Roch, l’homme malade.

Le cadre étroit de la chambre avait éclaté, maintenant. À présent, c’était le monde qu’elle habitait, cette femme fraîche aux cheveux sombres. C’était les continents qu’elle habitait, les Amériques, l’Australie, le Groenland. Elle était étendue sur eux comme une draperie, elle les couvrait doucement, laissait tomber sur tous les hommes les plis de son suaire, et c’était contre le monde entier aussi que Roch se battait. Avec rage, avec un genre de désespoir grelottant, il se faisait arme, il hurlait en silence, il meurtrissait de toutes ses forces l’immense fardeau du ciel et de la terre.

Pourtant, homme et femme, tous deux seraient vaincus, un de ces jours, cela ne faisait aucun doute. Le visage tendre et doux, les yeux profonds, couleur d’émeraude, la bouche, le corps souple et pâle, céderaient sous ses coups. Il y aurait comme une sorte de mort, quand le voile aérien se déchirerait. Par la brèche ouverte, les éléments étrangers pourraient alors se ruer, se déverser en eux, les noyer. Car ni l’un ni l’autre ne seraient épargnés. Quand Élisabeth, au corps troué, s’abandonnerait à la terrible profanation temporelle, ce serait fini également pour Roch. Un coup de boutoir le rejetterait en arrière, lui ferait remonter sa chute à l’envers, vite, très vite, et le plaquerait à nouveau sur le matelas tiède, sur le lit, l’encastrerait dans la vieille chambre aux murailles moites, au soleil jaune en train de suinter de l’autre côté des volets. Tout ça qui était normal, qui était dur, qui préparait des agonies, des pauvretés, des jours et des nuits anonymes, où on est revenu chez soi.

Quand tout ça fut passé, ce moment de crise, de maladie, d’amour, ou de ce que vous voudrez, Roch quitta son lit et marcha jusqu’à la cuisine. Il s’assit un moment devant la table encombrée de vaisselle sale, et il attendit. Au-dessus du réchaud à gaz, sur une tablette, une pendule marquait sept heures et demie. Dans la cour de l’immeuble, un chien se mit à aboyer longtemps, avec de drôles de cris rauques, comme s’il n’arrivait plus à s’arrêter. La nuit était en train de venir, probablement, avec un beau coucher de soleil violacé, près des collines. Élisabeth avait dû passer à l’agence, pour le retrouver. Elle serait surprise d’apprendre qu’il ne faisait plus partie du personnel depuis le début de l’après-midi. Mais ce n’était pas la première fois que Roch était congédié ; il avait travaillé un peu partout comme ça, à la Poste, aux Chemins de Fer, chez un libraire, et même dans une banque. Elle devait être habituée, depuis le temps.

Roch se leva et sortit de l’appartement. En bas de l’immeuble, il enleva l’antivol de sa bicyclette et s’en alla à travers la ville. À un moment, avant d’aborder le boulevard, il regarda vers le ciel ; mais sans inquiétude, à présent : le soleil avait complètement disparu, quelque part de l’autre côté de l’horizon. Déjà des chauves-souris commençaient à tournoyer entre les toits, à une vitesse folle, et des grappes de papillons étaient pendues près des réverbères bleuissants. Dans les rues, depuis l’après-midi, tout s’était desséché. Il n’y avait pas une goutte d’eau sur le sol ou sur le toit des maisons. Une espèce de poussière s’était déposée sur le macadam, dans le genre des scories de volcan. C’était ce qui restait du gigantesque incendie qui avait sévi sur ces lieux, durant une journée entière : des cendres, des bouts d’allumettes noircis, des mégots écrasés dans leurs braises.

Читать дальше
Тёмная тема
Сбросить

Интервал:

Закладка:

Сделать

Похожие книги на «Fièvre»

Представляем Вашему вниманию похожие книги на «Fièvre» списком для выбора. Мы отобрали схожую по названию и смыслу литературу в надежде предоставить читателям больше вариантов отыскать новые, интересные, ещё непрочитанные произведения.


Jean-Marie Le Clézio - Poisson d'or
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Ourania
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Le chercheur d'or
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Étoile errante
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Désert
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Tempête. Deux novellas
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Printemps et autres saisons
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - La ronde et autres faits divers
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Diego et Frida
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - The African
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Coeur brûle et autres romances
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - La quarantaine
Jean-Marie Le Clézio
Отзывы о книге «Fièvre»

Обсуждение, отзывы о книге «Fièvre» и просто собственные мнения читателей. Оставьте ваши комментарии, напишите, что Вы думаете о произведении, его смысле или главных героях. Укажите что конкретно понравилось, а что нет, и почему Вы так считаете.

x