Jean-Marie Le Clézio - Poisson d'or

Здесь есть возможность читать онлайн «Jean-Marie Le Clézio - Poisson d'or» весь текст электронной книги совершенно бесплатно (целиком полную версию без сокращений). В некоторых случаях можно слушать аудио, скачать через торрент в формате fb2 и присутствует краткое содержание. Жанр: Современная проза, на французском языке. Описание произведения, (предисловие) а так же отзывы посетителей доступны на портале библиотеки ЛибКат.

Poisson d'or: краткое содержание, описание и аннотация

Предлагаем к чтению аннотацию, описание, краткое содержание или предисловие (зависит от того, что написал сам автор книги «Poisson d'or»). Если вы не нашли необходимую информацию о книге — напишите в комментариях, мы постараемся отыскать её.

«Quem vel ximimati in ti teucucuitla michin.»Ce proverbe nahuatl pourrait se traduire ainsi:«Oh poisson, petit poisson d'or, prends bien garde à toi! Car il y a tant de lassos et de filets tendus pour toi dans ce monde.»Le conte qu'on va lire suit les aventures d'un poisson d'or d'Afrique du Nord, la jeune Laïla, volée, battue et rendue à moitié sourde à l'âge de six ans, et vendue à Lalla Asma qui est pour elle à la fois sa grand-mère et sa maîtresse. A la mort de la vieille dame, huit ans plus tard, la grande porte de la maison du Mellah s'ouvre enfin, et Laïla doit affronter la vie, avec bonne humeur et détermination, pour réussir à aller jusqu'au bout du monde.

Poisson d'or — читать онлайн бесплатно полную книгу (весь текст) целиком

Ниже представлен текст книги, разбитый по страницам. Система сохранения места последней прочитанной страницы, позволяет с удобством читать онлайн бесплатно книгу «Poisson d'or», без необходимости каждый раз заново искать на чём Вы остановились. Поставьте закладку, и сможете в любой момент перейти на страницу, на которой закончили чтение.

Тёмная тема
Сбросить

Интервал:

Закладка:

Сделать

C'était la première fois qu'on en parlait. Je sentais bien que j'aurais dû lui dire des choses, me confier, mais je ne savais pas faire ça. Je ne savais qu'inventer des histoires, parce que depuis que j'avais perdu ma maîtresse, c'est tout ce que j'avais pu faire. Une fois, j'ai commencé: «Je ne t'ai pas dit que je n'ai pas de parents?» Marie-Hélène m'a interrompue brusquement: «Écoute, Laïla, pas maintenant. Un jour, on se parlera. Mais pas maintenant. Je n'ai pas envie d'entendre ça, et toi tu n'as pas envie d'en parler.» Elle avait raison. Peut-être qu'elle avait compris que je ne dirais pas la vérité.

J'ai continué d'explorer Paris, tout l'été. Il faisait un temps magnifique, un ciel bleu sans un nuage, les arbres étaient encore très verts, brillants. Les orages d'août avaient grossi la Seine. L'après -midi, en sortant de l'hôpital, je marchais le long de la rivière, j'allais jusqu'aux ponts qui joignent les deux rives devant la grande église. Je n'étais pas encore rassasiée de marcher dans les rues, les avenues. Maintenant, j'allais plus loin. Je prenais quelquefois le métro, le plus souvent l'autobus. Je n'arrivais pas à m'habituer au métro. Marie-Hélène se moquait de moi, elle me disait: «Tu es bête, c'est bien, au contraire, en été il fait frais, en hiver il fait chaud. Tu n'as qu'à t'asseoir dans un coin avec un bouquin, personne ne fait attention à toi.» Mais ce n'était pas à cause des gens. C'était d'être sous terre qui me donnait le vertige. Je guettais la lumière du jour, j'avais un poids sur la poitrine. Je ne supportais que la ligne aérienne, près de la gare d'Austerlitz, ou du côté de Cambronne. Je prenais le bus au hasard, j'allais jusqu'au terminus. Je ne lisais pas les noms des rues. Je cherchais à voir le plus possible, les gens, les choses, les immeubles, les magasins, les squares.

Et puis je marchais dans tous ces quartiers: Bastille, Faidherbe-Chaligny, la Chaussée-d 'Antin, l'Opéra, la Madeleine, Sébastopol, la Contrescarpe, Denfert-Rochereau, Saint-Jacques, Saint-Antoine, Saint-Paul. Il y avait des quartiers bourgeois, élégants, qui dormaient à trois heures de l'après-midi, des quartiers populaires, des quartiers bruyants, de longs murs de brique rouge pareils à l'enceinte d'une prison, des escaliers, des rampes, des esplanades vides, des jardins poussiéreux pleins de gens bizarres, des squares à l'heure du goûter des enfants, des ponts de chemin de fer, des hôtels louches peuplés de filles en cuir noir, des magasins luxueux qui étalaient des montres, des bijoux, des sacs à main, des parfums. J'étais arrivée avec des sandales de cuir. À l'automne, elles tombaient en morceaux. Dans un magasin du côté de la porte d'Italie, j'ai acheté des tennis blancs en plastique, très laids, mais avec lesquels je pouvais faire des kilomètres.

Je marchais sans parler à personne. De temps en temps, des gens me regardaient, faisaient mine de m'aborder. Depuis ce qui s'était passé dans les toilettes du Regency, je ne regardais plus les gens dans les yeux. Je marchais l'air absent, comme si je savais où j'allais. Pour le cas où quelqu'un m'aurait suivie, j'entrais dans des immeubles, j'attendais dans l'obscurité, au fond d'un passage, je comptais jusqu'à cent, et je repartais.

Il y avait des endroits étranges, du côté des gares surtout. La rue Jean-Bouton, le quai de la Gare. Des jeunes garçons vêtus de blousons trop larges, des filles maigres, en jeans, en spencers. Leurs cheveux lavés au chlore, leur visage aigu, avec un regard absent, vide. Un jour, en rentrant chez nous, j'ai été prise dans une bagarre. C'était terrifiant, incompréhensible. D'abord, des hommes et des femmes qui couraient, en se bousculant, qui poussaient des cris rauques. Des Turcs, je crois, ou des Russes, je ne sais pas. Ensuite un petit groupe de jeunes en blousons de cuir, tenant à la main des matraques, des battes de base-bail. Ils sont passés tout près de moi, et comme je restais pétrifiée sur le bord du trottoir, l'un des garçons en cuir m'a poussée du plat de la main. J'ai vu son visage grimacer, sa bouche, ses yeux qui me fixaient une seconde, durcis et secs comme les yeux d'un lézard. Puis ils sont partis. J'étais tombée à genoux devant le caniveau, et je n'osais pas bouger. J'ai entendu la sirène de la police, et j'ai eu juste le temps de courir jusqu'à la porte de l'immeuble de Mlle Mayer.

Dans l'appartement, Houriya tremblait. Quand je suis entrée dans la pièce sombre, j'ai allumé la lumière, et je n'ai pas reconnu son regard, un regard de bête traquée. Ça m'a fait quelque chose, parce que je l'avais connue si insouciante, si gaie.

«Qu'est-ce que tu as?» Elle ne répondait pas. Elle regardait mes jambes, et je me suis aperçue que ce qu'elle fixait, c'était mon pantalon déchiré aux genoux, une tache de sang s'élargissait sur le tissu. Je lui ai dit: «Je suis tombée, j'ai dû manquer la marche.» Mais je savais qu'elle n'était pas dupe. Elle a dit, d'une voix étouffée: «Je voudrais m'en aller, je ne peux plus.» C'est moi qui ai dit, en tranchant, comme elle avant de partir: «C'est impossible. Tu ne peux pas retourner. Toi et moi, nous sommes bonnes pour la prison. Ton enfant, tu ne le verrais même pas. Ils te l'enlèveraient.» Je disais ça pour moi aussi. Pour ne pas oublier ce qu'ils m'avaient fait, quand j'étais enfant. Enlevée, fourrée dans un sac, battue et vendue. Et ces mains qui passaient sur moi, la brûlure dans mon ventre. La mémoire revenait tout d'un coup comme un acide dans la gorge. «Plutôt mourir.» J'ai dit cela, comme elle l'avait dit, à Tabriket, en posant un couteau sur sa gorge.

C'est vers la fin de l'été que j'ai fait connaissance du docteur Fromaigeat. Je pense qu'elle avait dû me remarquer quand je poussais dans les couloirs le chariot de linge à nettoyer. Le docteur Fromaigeat était neurologue, elle consultait au troisième, mais elle allait et venait sans cesse d'un service à un autre. Elle avait demandé mon nom à Marie-Hélène, et d'autres renseignements. Un jour, Marie-Hélène m'avait prise à part, à l'heure du repas. Elle parlait toujours avec la même voix, lente et chantante, mais c'était dans la profondeur de ses grands yeux dorés que je pouvais lire ses sentiments. De la gêne, et une sorte d'ironie, ou de méfiance. Elle a dit: «Tu sais, Laïla, tu fais ce que tu veux, mais je voulais te signaler qu'il y a quelqu'un de haut placé qui s'intéresse à toi.» Comme je la regardais sans comprendre, elle a dit: «C'est le docteur Fromaigeat, elle dirige le service de neurologie, elle veut t'aider. Elle est prête à te trouver du travail, si tu veux, tu peux la rencontrer.» J'étais réticente parce que je ne voulais pas, justement, faire connaissance de qui que ce soit, rencontrer qui que ce soit de nouveau. Je voulais continuer à glisser entre les gens, entre les choses, comme un poisson qui remonte un torrent.

Marie-Hélène s'est irritée: «Il faut tout de même que tu penses à ton avenir, je ne peux pas continuer à te faire venir ici sans papiers, c'est trop risqué, c'est moi qui risque de perdre ma place.» C'était la première fois qu'elle me faisait sentir qu'elle me rendait un service. Si j'avais pu, j'aurais simplement quitté l'hôpital, mais Houriya était déprimée et seule, nous avions terriblement besoin d'argent. T'ai dit: «Qu'est-ce que je dois faire?» Marie-Hélène m'a donné une bourrade. «Enfin, qu'est-ce que tu imagines? Cette dame te propose seulement de travailler chez elle, de faire le ménage et les courses, c'est tout. Tu travailleras tous les jours, et tu pourras manger chez elle à midi. Elle t'attendra chez elle demain après-midi, et tu peux commencer immédiatement. C'est bien ça que tu cherches?» J'ai baissé la tête. Je ne voulais pas contrarier Marie-Hélène. C'est vrai qu'elle avait fait beaucoup. Juste parce qu'elle avait de la sympathie, qu'elle aimait bien mes cheveux, ma peau noire, mes yeux comme les siens, des yeux de gazelle, disait ma maîtresse. Elle m'a embrassée. «Écoute, si tu veux, je viendrai avec toi, pour te présenter. Je demanderai à Cécile de me remplacer demain après-midi.»

Читать дальше
Тёмная тема
Сбросить

Интервал:

Закладка:

Сделать

Похожие книги на «Poisson d'or»

Представляем Вашему вниманию похожие книги на «Poisson d'or» списком для выбора. Мы отобрали схожую по названию и смыслу литературу в надежде предоставить читателям больше вариантов отыскать новые, интересные, ещё непрочитанные произведения.


Jean-Marie Le Clézio - Ourania
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Le chercheur d'or
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Étoile errante
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Désert
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Tempête. Deux novellas
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Printemps et autres saisons
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - La ronde et autres faits divers
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Diego et Frida
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - The African
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Coeur brûle et autres romances
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - Fièvre
Jean-Marie Le Clézio
Jean-Marie Le Clézio - La quarantaine
Jean-Marie Le Clézio
Отзывы о книге «Poisson d'or»

Обсуждение, отзывы о книге «Poisson d'or» и просто собственные мнения читателей. Оставьте ваши комментарии, напишите, что Вы думаете о произведении, его смысле или главных героях. Укажите что конкретно понравилось, а что нет, и почему Вы так считаете.

x