Jean-Marie Le Clézio - Poisson d'or
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On a passé le col à la tombée de la nuit. Le fond des vallées était tapissé de brume laiteuse, une fumée sans feu. J'ai dit à Houriya: «Regarde, c'est la France. C'est beau…» Elle était très pâle. Elle avait mal au ventre. Le garçon est venu. Il l'a regardée. Il a dit en espagnol: «Elle attend un enfant?» J'ai dit: «Je ne sais pas. Elle est fatiguée.» Il a haussé les épaules. Houriya les a laissés partir, je voyais la petite troupe descendre le lacet du sentier. Ils ne parlaient pas, ils ne faisaient aucun bruit. C'était si beau, cette vallée ouverte, la rivière de brume. J'ai pensé que même si on mourait maintenant, ça n'aurait pas d'importance, parce qu'on aurait été ici, en haut de la montagne, on aurait vu cette vallée immense, pareille à une porte.
Je ne sais pas pourquoi, pour la première fois, j'ai vraiment pensé à mon pays, comme si c'était ici, dans cette vallée, que je m'en allais très loin, que je laissais tout derrière moi. Je restais en arrière, je m'attardais. J'étais prise dans une douceur, à cause de la brume, de la nuit qui venait. Houriya s'impatientait: «Allons, viens. Nous allons nous perdre.»
Au bas de la montagne, le groupe attendait, à l'orée d'un petit bois. On entendait la rumeur d'un torrent que la nuit cachait déjà. Quand je suis arrivée, l'Espagnol s'est adressé à moi, comme s'il m'attendait pour que je traduise aux autres.
«Nous allons dormir ici. Vous ne pouvez pas faire de bruit, pas allumer de feu, pas de cigarettes, OK?» J'ai répété ce qu'il avait dit en arabe et il a ajouté: «Demain, un camion vous conduira à Toulouse, pour votre train.» Il est parti sans attendre la réponse. Nous nous sommes retrouvés seuls dans la forêt.
Je me souviens de cette nuit-là. Après la chaleur du jour, quand nous avions gravi la montagne, il est tombé un froid terrible, humide, qui nous transperçait jusqu'aux os. Nous avons essayé, Houriya et moi, de nous coucher dans les aiguilles mortes, entre les sapins. Mais le froid qui montait de la terre me faisait claquer des dents. Nous n'avions rien, pas même une couverture. Au bout d'un instant, nous nous sommes assises l'une contre l'autre, pour ne pas sentir le froid de la terre. Pour ne pas dormir, nous nous racontions des histoires, n'importe quoi, ce qui se passait au fondouk, ou bien des ragots, des calomnies, nous inventions des anecdotes. Je ne pourrais pas me souvenir de ce que nous disions, seulement que nous parlions l'une après l'autre, en chuchotant, en riant, quelque-fois nous oubliions, et les autres se redressaient: «Skout! Skout!»
Les autres ne dormaient pas, eux non plus. À la lueur vague du ciel étoilé, j'ai vu qu'ils s'étaient relevés, ils s'adossaient aux arbres. De temps en temps, on entendait des bruits de pas dans les aiguilles de pin, quelqu'un qui s'accroupissait pour uriner.
Nous avons pu dormir dans la camionnette qui nous emportait vers Toulouse. Au point du jour, elle était sur la route, au bout du bois, et l'Espagnol nous a fait monter très vite. Puis il est reparti vers la montagne, sans même un regard ou un signe d'adieu. Dans la camionnette, j'ai dormi sur l'épaule du jeune Algérien, Abdel. J'aurais pu dormir en marchant tellement j'étais fatiguée. La route tournait, tournait. Par l'ouverture de la bâche, j'ai vu un instant les hauts sapins noirs, les rues des villages, un pont… Puis c'était la gare de Toulouse, la grande salle au plafond haut, les quais où les gens attendaient le train de Paris. Le chauffeur avait donné les billets, les instructions: «Ne restez pas ensemble. Allez chacun de votre côté, ne vous faites pas repérer.» J'ai pris Houriya par la main, je l'ai entraînée jusqu'au bout du quai, là où la verrière s'arrête et laisse passer le soleil. De voir le ciel bleu, je me sentais mieux. Nous avons mangé ce qui restait du pain de Tagadirt, avec des dattes, assises sur un banc. Nous avions beau faire tout ce que nous pouvions pour ne pas attirer l'attention, les gens nous regardaient. Je peux dire que nous ne devions pas avoir l'air de tout le monde, Houriya avec sa longue robe bleue et son fonara blanc, et moi avec ma peau noire et mes cheveux emmêlés par le sommeil. Deux vraies sauvages.
Un petit garçon est même venu se planter devant nous, pour mieux nous dévisager, l'air insolent. Houriya baissait la tête, mais moi je me suis mise en colère. Je lui ai dit: «Qu'est-ce que tu veux?», et comme il ne s'en allait pas, j'ai fait mine de marcher vers lui, et il a décampé. Il y avait des gens aussi étranges que nous sur les quais. Des hommes et des femmes à la peau sombre, aux cheveux d'un noir de jais. Ils étaient mal habillés, ils parlaient une drôle de langue, avec des mots d'espagnol. Houriya m'a chuchoté: «Ce sont des Gitans. Ils voyagent tout le temps, ils n'ont pas de maison.» Je n'en avais jamais vu auparavant. Ils étaient pauvres, avec une sorte d'arrogance dans le regard. L'un d'eux, un jeune homme au visage aigu, a fixé ses yeux sur moi, comme s'il ne pouvait pas se détacher, et pour la première fois depuis long-temps, j'ai senti mon cœur battre, de crainte, d'appréhension, ou quelque chose de ce genre. Houriya m'a tirée par le bras: «Il ne faut pas le regarder, il va nous faire des ennuis.» Le Gitan s'est approché de nous. «Vous venez d'où? Vous allez à Paris?» Ses dents blanches brillaient sur son visage sombre. Il se tenait un peu déhanché, comme un voyou. Houriya m'a entraînée vers l'autre bout du quai. Elle répétait: «Tu es folle, Laïla, tu es folle. Il est dangereux.» Puis le train est arrivé, et la cohue des gens autour des portes s'est fermée sur nous. Nous avons trouvé une place dans un compartiment vide, et le train s'est mis en route, lentement, et a quitté la gare. Je regardais les maisons défiler en arrière, je pensais à tout ce que je laissais, les rues bruyantes, les petites maisons entassées de Tabriket, ou la cour de la maison de Lalla Asma, ou encore le fondouk, avec les marchands qui emplissaient autrefois les chambres, les arcades, avec leurs ballots et leurs sacs de fruits secs. Je pensais que peut-être, un jour, je reviendrais, et il ne resterait plus rien de mes souvenirs, plus personne. J'avais le cœur serré, j'avais envie de pleurer, en pensant à Tagadirt dans sa chambre d'hôpital, sa jambe coupée, il me semblait qu'en partant j'avais perdu la dernière personne de ma famille. Houriya s'était endormie en face de moi, sur la banquette, appuyée contre son sac. La lumière du soleil éclairait par moments son visage, ses yeux fermés aux cils très longs, sa bouche où brillaient les incisives blanches.
Je suis allée dans le couloir pour fumer une cigarette. J'avais commencé à fumer sur le bateau, parce que les cigarettes américaines étaient vendues hors taxes à Melilla. J'aimais bien fumer dehors, en regardant la fumée tour billonner dans le vent. J'aurais eu honte que Houriya me voie, qu'elle dise: «Tu fumes, maintenant?»
Le train était long, il n'y avait pas grand monde dans les wagons, j'ai commencé à remonter, de wagon en wagon, en passant par les soufflets, et tout d'un coup, j'ai vu le Gitan. Il avait dû me suivre, parce qu'il était seul, au bout du couloir. J'ai fait comme si je ne l'avais pas reconnu, et j'ai voulu retourner vers mon compartiment. Il me barrait le passage. Il était grand, la peau foncée, avec des sourcils très noirs qui se rejoignaient au milieu du front. Il souriait. Il a dit, je crois: «Comment tu t'appelles?» Il avait un accent étrange en français, comme un Sud-Américain. Il a dit encore: «Tu as peur de moi?» Je n'ai jamais aimé les présomptueux. Je lui ai dit: «Et pourquoi aurais-je peur de vous, s'il vous plaît?» En même temps, je suis passée, pour ainsi dire, sous son bras, en me baissant, comme une enfant. Il a marché derrière moi. Je ne voulais pas qu'il sache où était Houriya. Je me suis arrêtée dans le couloir, près des toilettes, et j'ai allumé une autre cigarette. Le Gitan est resté à côté de moi, il regardait par la fenêtre de la portière. Les cahots manquaient nous faire tomber, et le bruit qui venait du soufflet était assourdissant. En criant presque, il m'a dit: «Je m'appelle Albonico! Et toi?» Le vent avait bousculé ses cheveux, il avait une longue mèche noire qui barrait sa figure. D'un coup d'œil, j'ai vu qu'il avait une dent en or, et un petit anneau d'or dans les oreilles. Il n'avait pas l'air dangereux. Je lui ai donné un nom imaginaire, Daisy, je crois, et nous avons commencé à parler un peu. Après tout, nous étions dans le même train, nous allions vers Paris, et pour tuer le temps, c'était aussi bien que de regarder par la fenêtre, ou de lire une revue. Et je n'avais pas sommeil. Au contraire, je me sentais impatiente, pleine d'électricité. Lui parlait de musique, parce que c'était son métier. Il jouait, il chantait. À un moment, il a dit: «Attends-moi.» Il est parti vers l'avant du train, et il est revenu avec une guitare. Il a mis un pied sur le rebord de la portière, et il a commencé à jouer. Il jouait une musique étrange, qui faisait comme un roulement mêlé au bruit du train, puis des notes qui éclataient, qui parlaient vite. Je n'avais jamais entendu ça, même sur mon vieux poste. Il jouait, et en même temps, il parlait, il chantait, plutôt il murmurait des mots dans sa langue, ou bien des marmonnements, des humm, ahumm, hem, comme cela. Puis il s'est arrêté. «Ça te plaît, tu aimes ma musique?» Je devais avoir les yeux qui brillaient, parce qu'il a continué. Il y avait des gens qui venaient voir, des enfants qui sortaient de l'autre bout du wagon. Même un contrôleur en costume bleu sombre et casquette, qui s'est arrêté un instant, et puis qui a continué. Albonico s'est arrêté une seconde, il a dit très vite, entre deux accords: «Tu vois? Quand je joue, ils ne me demandent pas mon billet», comme si c'était pour ça qu'il m'avait apporté sa guitare. Et moi j'avais envie de danser, je me souvenais quand, les premiers temps, au fondouk, je dansais pour les princesses, pieds nus sur le carrelage froid des chambres, pendant qu'elles chantaient et frappaient dans leurs mains. La musique du Gitan était comme cela, elle entrait en moi, elle me donnait des forces nouvelles.
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