Jean-Marie Le Clézio - Poisson d'or

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«Quem vel ximimati in ti teucucuitla michin.»Ce proverbe nahuatl pourrait se traduire ainsi:«Oh poisson, petit poisson d'or, prends bien garde à toi! Car il y a tant de lassos et de filets tendus pour toi dans ce monde.»Le conte qu'on va lire suit les aventures d'un poisson d'or d'Afrique du Nord, la jeune Laïla, volée, battue et rendue à moitié sourde à l'âge de six ans, et vendue à Lalla Asma qui est pour elle à la fois sa grand-mère et sa maîtresse. A la mort de la vieille dame, huit ans plus tard, la grande porte de la maison du Mellah s'ouvre enfin, et Laïla doit affronter la vie, avec bonne humeur et détermination, pour réussir à aller jusqu'au bout du monde.

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Avec mes économies, j'avais acheté une radio au marché de la contrebande, près du fleuve. C'était un petit poste noir qui avait dû appartenir à un peintre, parce qu'il était moucheté de peinture blanche. Il s'appelait Realistic. Le soir, sur Radio Tangiers, j'écoutais Jimi Hendrix. Il y avait aussi, en fin d'après-midi, l'émission de Djemaa, j'aimais entendre sa voix, très jeune, très fraîche, un peu moqueuse. Il me semblait qu'elle était mon amie, qu'elle partageait ma vie. Je pensais: «C'est comme elle que je voudrais être.» Je notais dans un carnet tous les noms des chanteurs qu'elle présentait, j'essayais de transcrire les paroles des chansons en anglais, Foxy Lady. C'était étrange, ce printemps-là, mon dernier printemps africain. La pluie cascadait sur l'auvent en plastique dans la cour, débordait des tambours. Et la voix de Djemaa qui résonnait dans mon oreille, la musique du poste de radio, Nina Simone, Paul McCartney, Simon et Garfunkel, Cat Stevens qui chantait Longer Boats, tout cela comme une très longue attente. Et Houriya qui attendait aussi, allongée sur les coussins, les mains posées sur son ventre, déjà elle marchait en se dandinant comme un canard alors qu'elle n'était enceinte que d'un mois à peine. Et le Douar Tabriket autour de nous, qui semblait attendre indéfiniment quelque chose qui n'arriverait jamais. Les enfants sales qui erraient entre les flaques, les voix des femmes qui criaient. Le soir, l'appel à la prière qui résonnait au-dessus du fleuve, qui se mêlait aux clameurs des mouettes retour de la pêche. Et derrière nous, dans la nuit poussiéreuse, la route où avançaient les camions pareils à des insectes nuisibles.

Un soir, Tagadirt était au plus mal. Houriya m'a envoyée téléphoner à son fils. C'était moi qui parlais allemand. Quand je suis revenue, Tagadirt était déjà partie pour l'hôpital où on allait l'amputer. Tout s'est fait très vite. Le lendemain, en fin d'après-midi, nous nous sommes préparées pour le départ. Un camion nous conduirait à Melilla, et la même nuit, le passeur nous ferait embarquer dans le bateau de Malaga.

Nous avons compté fébrilement l'argent. Houriya a gardé ce qu'il fallait pour payer le passeur, et elle m'a donné le reste, une liasse de deux mille dollars serrée dans un gros élastique. Comme j'allais mettre la liasse dans ma poche, Houriya m'a dit: «Pas là! Tu te ferais tout voler.» Elle a pris un de ses soutiens-gorge, elle l'a rétréci en pinçant les bretelles, et elle a bourré les bonnets avec les liasses entourées de mouchoirs. Elle m'a mis le soutien-gorge. «Maintenant, tu as l'air d'une vraie femme! Tous les hommes vont te tomber dessus!» J'avais l'impression de porter deux énormes sacs sur ma poitrine, et les bretelles me sciaient les épaules. «Je ne pourrai jamais, halti. Ça me fait mal. Je vais perdre tout ton argent.» Houriya s'est mise en colère: «Cesse de pleurnicher, tu dois t'habituer, c'est toi qui gardes l'argent, il n'y a pas d'autre moyen.»

J'ai dit: «Peut-être qu'on devrait aller voir Tagadirt à l'hôpital?» Quand je pensais à elle, j'avais des remords, j'étais prête à renoncer. Mais Houriya avait un regard dur, déterminé. Elle avait la même expression que le jour où elle avait posé le canif sur sa gorge. «Non, on lui dira de nous rejoindre plus tard, dès qu'on aura un endroit.»

Nous avons attendu la camionnette au bord de la route jusqu'à la nuit. Déjà nous étions recouvertes de poussière, nous avions l'air de deux mendiantes.

À un moment, la camionnette est passée devant nous. Elle a ralenti, et elle s'est arrêtée un peu plus loin, tous feux éteints. J'avais peur, mais Houriya m'a tirée presque brutalement. Le chauffeur est descendu. Il m'a montrée à Houriya: «Elle est majeure?» Houriya a dit: «Tu as vu sa poitrine? Ou bien tu es aveugle?» Je crois qu'il était surtout étonné de ma couleur. Il devait penser que je venais du Soudan, du Sénégal. Houriya m'a fait monter à l'arrière de la camionnette, et elle est montée à son tour. Nous n'avions pas de bagages, c'était entendu. Juste un sac chacune, avec un peu de linge, et mon fameux poste de radio.

Comme le chauffeur ne démarrait pas tout de suite, elle lui a dit: «Qu'est-ce que tu attends, cono? » Le chauffeur a grommelé, moitié en espagnol, moitié en arabe. Houriya m'a dit: «Ils sont comme ça à Melilla.»

Nous sommes arrivés au port vers quatre heures du matin. Au moment de passer la douane, le chauffeur a frappé au carreau de la glace arrière et nous a fait signe de nous coucher. La plate-forme était encombrée de cartons de linge, sur lesquels il y avait marqué: BLANCO. Pour Houriya et pour moi, qui étions plutôt brunes, c'était comique.

La camionnette est passée lentement devant le poste de douane. Par la vitre arrière, j'ai vu les lampadaires jaunes glisser, puis tout est redevenu noir. Je me suis relevée pour regarder: c'était une ville moderne, laide, avec de grands immeubles sur pilotis. Il crachinait.

Sur le quai, il y avait déjà beaucoup de monde qui attendait le bateau. Des hommes surtout, et aussi quelques femmes enveloppées dans leurs manteaux, l'air frileux. Il n'y avait pas d'enfants.

Houriya et moi, nous nous sommes assises, le dos appuyé contre les murs des docks, à l'abri de la pluie fine. Houriya s'est endormie, la tête sur mon épaule. Il y avait si longtemps qu'elle attendait ce moment, et tout à coup elle ne pouvait plus résister à la fatigue. J'ai essayé d'allumer mon poste de radio, mais à cette heure-là Djemaa ne parlait plus. Il n'y avait que des craquements qui me faisaient sursauter, comme des insectes du bout du monde.

Un peu avant l'aurore, le bateau s'est rangé contre le quai. Une grosse vedette blanche au pont couvert d'une bâche. Les gens ont commencé à monter. Ils se dépêchaient pour avoir une place dans l'habitacle, et nous sommes montées les dernières. Nous nous sommes assises sur le pont, contre la paroi du garde-corps.

Le passeur circulait sans rien dire. Il tendait la main, et chacun remettait le reste de l'argent. Il enfournait les billets très vite, il disait de temps en temps, de sa voix nasillarde: OK, OK Autrement, il n'y avait personne qui songeait à parler. Tous écoutaient la vibration de la turbine, en attendant le moment où elle augmenterait pour le départ.

En quelques minutes, tout était prêt. Le marin a rejeté l'amarre, et le bateau a glissé lentement vers le chenal, en se dandinant sur la houle.

C'était ainsi. On partait, on s'en allait, on ne savait pas où, on ne savait pas quand on revien drait. Tout ce que nous avions connu s'en allait, disparaissait, je pensais à la maison du Mellah, si petite dans l'amas des maisons au bord du fleuve, déjà si loin, sur laquelle le jour se levait, et le Douar Tabriket, les femmes qui faisaient la queue devant le robinet d'eau froide. Peut-être que nous allions mourir là-bas, de l'autre côté de la mer, et ici personne n'en saurait jamais rien.

6

Comment s'est passée la suite du voyage jusqu'à Paris, c'est ce que je ne saurais vous dire. Moi qui n'étais pour ainsi dire jamais sortie de chez moi, ayant passé toute mon enfance dans la cour de Lalla Asma, et le plus loin que j'étais allée par la suite était au bout d'une avenue, au quartier de l'Océan, et par la barque du passeur jusqu'à Salé et au Douar Tabriket, voici que je prenais un grand bateau rapide, et que je traversais l'Espagne en car jusqu'à Valle de Aran (un nom que je ne pourrai jamais oublier) puis à pied dans la montagne enneigée, donnant la main à Houriya qui s'essoufflait.

Sans savoir où on allait, titubant sur le sentier à travers la montagne avec les autres, sans savoir même leurs noms. Chacun pour soi. Le guide était un jeune garçon en jean et baskets, aussi brun que les gens qu'il guidait. Malgré les consignes, certains portaient des bagages, des valises ou un sac de voyage en bandoulière.

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