Tatiana Rosnay - Le dîner des ex

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J'ai appris, depuis, à me méfier de ce nez qui subitement se pince, de ces lèvres qui s'amincissent, de ces yeux qui s'assombrissent. Il n'avait jamais encore levé la main sur moi, mais, étrangement, j'eusse préféré qu'il me battît, qu'il me frappât, car arborer un œil au beurre noir ne m'aurait pas effarouchée ; j'eusse trouvé cela moins douloureux que les bleus à l'âme et les coups au cœur qu'il distribuait avec une ingéniosité perverse. Cet homme-là était le champion hors pair de l'injure la plus cinglante, de l'algarade la plus cruelle ; seul être au monde capable en quelques boutades lapidaires, de me réduire à néant.

Mais voilà que j'exhume les mauvais souvenirs avant même de t'avoir livré les bons. Il serait injuste de te dépeindre Pierre ainsi. À moi de rectifier le tir.

En acceptant, il y a un an, de diriger ce prestigieux cycle Beethoven, j'avais conscience de faire une petite folie. Pourquoi m'avait-on choisie, moi qui fus longtemps considérée une « baroqueuse » ? Ce genre d'offre ne se refuse guère ; tu le sais bien. C'est toi-même qui me dis, à Rome :

— Ne te laisse pas enfermer dans une catégorie, bats-toi pour qu'on ne te colle pas d'étiquette redoutable à enlever. Dirige sans complexe tout ce que tu comprends, tout ce que tu veux faire comprendre.

Tes collègues de l'Opéra de V. ont dû avoir le même raisonnement que toi ; il leur fallait un pianiste capable de jouer tout en dirigeant un orchestre. J'imagine que ton ancien rival, Wolfgang B. (toujours fidèle à l'orchestre de V., et de surcroît un de mes détracteurs favoris) dut ravaler son fiel à l'annonce du choix final.

Il est toujours émouvant pour moi de jouer là où tu as dirigé, de flairer ta trace sur les scènes mythiques où tu goûtas à tes plus beaux triomphes ; j'aime aussi l'atmosphère de ces loges un peu vieillottes, aux murs défraîchis, aux penderies embaumant la naphtaline, et en me contemplant dans la glace, j'ai conscience que ce même miroir a dû refléter ton visage.

À force de travailler depuis près d'un an la partition pianistique de L'Empereur, j'eus un déclic. La sage Marguerite Y. avait raison ; auparavant, je n'étais pas prête. À présent, je saisis Ludwig à bras-le-corps. Je ne le crains plus, même s'il m'est étrange de diriger assise à mon piano, sans baguette.

Te souviens-tu de la note écrite par Beethoven en marge de ses esquisses : « Chant de triomphe pour le combat ! Attaque ! Victoire ! » L'Autriche et la France, en 1810, étaient de nouveau en guerre, ce qui explique, comme tu le sais, le caractère grandiose et martial de l'œuvre. Mais contrairement à toi qui as toujours aimé la diriger à la hussarde comme on mène une armée victorieuse, je voudrais atténuer sa puissance militaire sans en diminuer l'éclat ; en vérité, j'aimerais mettre en valeur, dès le premier mouvement, dès le départ audacieux du soliste où le piano devient partie intégrante de l'orchestre, l'expression de douceur, de chaleur humaine et de volupté latente qui transparaît à mes yeux, et qui m'interpelle au-delà du reste.

Auparavant, je n'avais pas saisi à quel point Beethoven adresse à chacun d'entre nous un message personnel. Toi, tu savais depuis longtemps comment il souligne de passion sa musique, se servant des pulsations de son cœur comme métronome, imprégnant de pathétique le moindre accord avec une éloquence simple et directe. D'aucun autre compositeur, je n'ai reçu cette impression de lutte fiévreuse, d'ardeur intérieure, de frémissement secret.

Si écouter la musique est une aventure, tu sais bien que la diriger en est une autre. L'aventure que je vis aujourd'hui avec Beethoven, à l'aube de mes quarante ans, me dévoile pour la première fois la modernité surprenante de son œuvre, ses contrastes, sa sensualité, ses couleurs, ses silences, son opacité, sa lumière ; et il me semble qu'il a, comme aucun autre, su instiller le bacille du romantisme dans mon sang.

On me demande souvent à quoi je pense en dirigeant une musique que j'aime. Il n'est pas facile de répondre avec précision. En répétant en ce moment l'adagio de L'Empereur – que tu exécutais vite, « sans traînasser », alors qu'il me plaît étiré, langoureux –, plusieurs rêveries m'effleurent, et ces quelques vers de Byron (jamais traduits, à ma connaissance) que je déclame intérieurement d'un anglais hésitant :

There is a pleasure in the pathless woods,

There is a rapture on the lonely shore,

There is society, where none intrudes,

By the deep sea and music in its roar 1 .

Je songe aussi à l'homme secret et solitaire dont j'interprète la musiques au drame de sa surdité croissante, à cette lettre qu'il écrivit à son Immortelle Bien-Aimée, et je l'imagine traçant pour une fois des mots au lieu de notes, et ces mots en particulier :

Toi-toi-ma vie-mon tout.

Ces derniers temps, dès les premières mesures de l'adagio, il m'arrive souvent de penser à Hadrien, là où les cordes prennent leur envol douloureux et poignant, juste avant la tombée des premières notes de mon piano, douces et belles comme des petites gouttes de pluie.

Je repense à ce petit déjeuner avenue de l'O., où il me parla de la perte de son travail, puis de la femme qui l'avait quitté. Je lisais sa douleur dans ses yeux aux paupières gonflées par une nuit blanche, et je souffrais d'une bizarre jalousie, alors que je connaissais à peine cet homme.

À nouveau, l'étrange intimité que je t'avais décrite s'installa entre nous, fragilisant tout aplomb. Je ne désirais pas qu'il me vît ainsi ; j'eusse préféré lui donner une image plus forte et plus volontaire de moi-même, mais je ne pouvais que l'écouter, comme démunie. À la fin de notre repas, il me dit, avec le premier sourire de la matinée :

— La prochaine fois, nous parlerons de vous. Et uniquement de vous.

La prochaine fois, c'est dans dix jours, à mon retour de V. Nous déjeunons ensemble.

Pierre, en apprenant ma grossesse, voulut m'épouser sur-le-champ. Cet engouement inattendu, qui détonnait avec son tempérament réservé, me séduisit. Avais-je fait exprès de tomber enceinte ? À vrai dire, non. Mais parfois la nature fait bien les choses… Cela faisait à peine quelques mois que nous nous connaissions, et Pierre se déplaçant autant que moi, la conception de ce bébé relevait du miracle.

Notre mariage fut rapidement annoncé, préparé, organisé. Je l'aurais préféré intime, Pierre l'a souhaité grandiose. J'aurais aimé me passer de cérémonie religieuse pour me contenter de noces civiles, il en fut autrement. Je garde un seul bon souvenir de cette journée éprouvante : notre départ en hélicoptère après le dîner, sortie flamboyante et romanesque, comme dans la fin du film Peau-d'Ane.

Je te parlerai peu de mon ex-belle-famille, assemblée pétrifiée de parvenus moroses, et moins encore de ma belle-mère, rombière aux inflexions acides qui n'a jamais consenti à ce que son fils cadet succombât à une musicienne gravide de trente-cinq ans, alors qu'il eût pu – selon elle – épouser l'héritière pucelle d'un vicomte.

Je ne me sentais pas enceinte ; mon corps restait le même. En apprenant que l'on porte un enfant, on imagine que cela se voit d'emblée ; mais j'eus beau poser la main sur mon ventre, je ne captais pas le moindre frétillement. Je ne pouvais imaginer que sous mes doigts pût se trouver une autre vie, une existence qui en était encore à l'embryogenèse ; un nouvel être unique, mâle ou femelle, possédant déjà un patrimoine génétique : quarante-six chromosomes inédits déterminant la couleur de ses yeux, de ses cheveux, sa taille, sa morphologie et les traits de son caractère. Plus tard, l'échographie nous révéla que j'attendais un garçon.

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