Arkadi Strougatski - Stalker

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Stalker: краткое содержание, описание и аннотация

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Des Visiteurs sont venus sur Terre. Sortis d’on ne sait où,ils sont repartis sans crier gare. Dans la Zone qu’ils ont occupéependant des années sans jamais correspondreavec les hommes, ils ont laissé traînerdes objets de toutes sortes. Objets-pièges. Objets-bombes. Objets-miracles. Objets que les stalkers viennent pillerau risque de leur vie,comme une bande de fourmis coloniseraitsans rien y comprendre les détritus abandonnéspar des pique-niqueurs au bord d’un chemin. Les hommes ne sont-ils doncque des fourmis pour les Visiteurs ? De ce roman étonnant, le cinéaste soviétique Tarkovskya tiré un film admirable.

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Doucement, je me mis à me déshabiller. J’enlevai ma montre, je regardai et je vis que nous étions restés dans la Zone cinq heures et quelques minutes, messieurs ! Cinq heures. J’en eus un frisson. Oui, messieurs, dans la Zone le temps n’existe pas. Cinq heures… Mais, en réfléchissant bien, cinq heures, qu’est-ce que c’est pour un stalker ? On crache et on oublie. Parce que parfois c’est douze heures. Vingt-quatre heures. Si t’as pas eu le temps de tout terminer la nuit, tu passes la journée entière dans la Zone, la gueule dans la terre, et tu ne pries même plus, c’est plutôt un délire que tu as et tu ne sais pas toi-même si tu es vivant ou mort… La seconde nuit, tu termines ton boulot, tu te faufiles avec ta gratte vers le cordon, et là, c’est des patrouilles à la mitrailleuse ; ces crapauds, ils te détestent, ils n’ont aucun plaisir à t’arrêter, ils ont de toi une trouille bleue parce qu’ils te croient contagieux, ils ne cherchent qu’à te descendre, et c’est eux qui ont tous les atouts : après, essaie d’aller prouver qu’on t’a descendu illégalement… Donc, de nouveau, tu es la gueule dans la terre en train de prier jusqu’à l’aube, et de nouveau tu attends la nuit, tandis que ta gratte est à côté de toi et tu ne sais même pas si elle est simplement à côté et rien d’autre, ou si elle est en train de te tuer doucement. Ou encore, ce qui est arrivé à Iskhac le Musclé : il s’était coincé à l’aube dans un endroit découvert. Il avait perdu son chemin et s’était coincé entre deux caniveaux sans pouvoir aller ni à droite ni à gauche. On lui avait tiré dessus deux heures durant, sans succès. Deux heures durant il avait fait semblant d’être mort. Enfin, Dieu merci, ils le crurent et partirent. Je le vis plus tard et ne le reconnus pas : brisé, à ne plus être un homme…

J’essuyai les larmes et fis couler l’eau. Je me lavai un bon bout de temps. À l’eau chaude, à l’eau froide et de nouveau à l’eau chaude. J’usai un morceau entier de savon. Puis, j’en eus assez. J’arrêtai la douche et entendit quelqu’un taper à la porte. La voix de Kirill gueulait gaiement :

« Hé, Stalker, tire-toi de là ! Ça sent le pognon !

Le pognon, c’est bien. J’ouvris la porte, je vis Kirill tout nu, juste en slip, hilare, sans mélancolie aucune, me tendre une enveloppe.

« Tiens, dit-il. C’est de la part de l’humanité reconnaissante.

— Ton humanité, je m’en fous ! Combien y a-t-il ?

— À titre d’exception et pour t’être conduit héroïquement dans des circonstances dangereuses : deux honoraires ! »

Oui. Ça, c’est une vie. Si ici on me payait deux honoraires pour chaque « creuse », il y a belle lurette que j’aurais envoyé Ernest se faire pendre.

« Alors, tu es content ? demanda Kirill, rayonnant comme une pleine lune.

— Ça peut aller, dis-je. Et toi ? »

Il ne dit rien. Il m’étreignit par le cou, me serra contre sa poitrine couverte de sueur, me repoussa et disparut dans la cabine voisine.

« Hé ! lui criai-je dans le dos. Et Tender ? Il doit être en train de laver son caleçon, pardi !

— Tu veux rire ? Tender est entouré de journalistes, si tu pouvais voir l’air important qu’il a… Il leur expose d’une façon très compétente…

— De quelle façon, tu dis ?

— Compétente.

— Bien, sir ! dis-je. La prochaine fois je prendrai un dictionnaire. » Et là, ce fut comme si j’avais reçu une décharge électrique. « Attends, Kirill, dis-je. Viens ici.

— Mais je suis tout nu, dit-il.

— Viens, je ne suis pas une bonne femme ! »

Il sortit. Je le pris par les épaules, regardai son dos. Non, ça m’avait semblé. Un dos propre. Des filets de sueur séchés.

« Qu’est-ce qu’il t’a fait, mon dos ? » demanda-t-il.

Je donnai une bourrade à son corps nu, plongeai dans ma cabine et m’y enfermai. Ces foutus nerfs. Là-bas j’ai des visions, ici aussi j’ai des visions… Que tout ça aille au diable ! Aujourd’hui je vais me saouler comme un trou. Si seulement je pouvais plumer Richard, ça, ce serait chouette ! Jouer comme lui, ce salopard, c’est pas croyable… On ne peut le prendre avec aucune carte. J’ai déjà essayé de tricher, j’ai fait des signes de croix sur mes cartes sous la table, d’autres trucs aussi et toujours rien…

— « Kirill ! criai-je. Tu vas venir au Bortch ?

Pas au Bortch , mais au Borchtch, combien de fois faut-il te répéter…

— Arrête ton char ! C’est écrit Bortch. Te fourre pas chez nous avec tes lois. Alors, tu vas venir ou pas ? Si on pouvait plumer Richard…

— Je ne sais pas, Red. Toi, âme simple, tu ne peux pas comprendre quel truc nous avons apporté…

— Et toi, tu comprends ?

— En fait, moi non plus, je ne comprends pas. C’est vrai. Mais premièrement, je comprends maintenant à quoi servaient ces “creuses” et deuxièmement, si j’arrive à faire passer une petite idée à moi… J’écrirai un article et te le dédierai à toi personnellement : à Redrick Shouhart, noble stalker, avec toute ma vénération et ma reconnaissance.

— Et c’est là qu’on me collera au trou pour deux ans, dis-je.

— Oui, mais c’est pour l’amour de la science. Ce truc-là on va l’appeler : Bol de Shouhart. Ça sonne bien, non ? »

Pendant que nous bavardions, je m’habillais. Je fourrai ma flasque vide dans ma poche, comptai mon pognon et m’en allai.

« Salut, âme compliquée… »

Il ne répondit pas : l’eau coulait trop fort.

Je sortis et vis dans le couloir M. Tender en personne rouge et gonflé comme un dindon. Autour de lui, une foule : les employés de l’Institut, les journalistes et même deux sergents (sortant juste de déjeuner, encore en train de se fourrer le doigt dans la bouche). Tender, lui, jacassait : « La technique dont nous disposons donne pratiquement cent pour cent de garanties de succès et de sécurité… » Là, il me vit et s’éteignit quelque peu : il me sourit, me fit des signes de la main. Eh bien, me dis-je, il est temps de déguerpir. Je me lançai, mais trop tard. Derrière moi, quelqu’un courait déjà.

« Monsieur Shouhart ! Monsieur Shouhart ! Deux mots sur le garage !

— Je n’ai pas de commentaires à faire », répondis-je, passant au pas de course. Mais essayez donc de les semer, ces deux-là : l’un, avec un micro, court à droite, l’autre, avec l’appareil de photo, à gauche.

« Avez-vous vu quelque chose d’extraordinaire dans le garage ? Juste deux mots !

— Je n’ai pas de commentaires à faire ! » dis-je, tâchant de montrer ma nuque à l’objectif. « Un garage comme un autre…

— Je vous remercie. Quelle est votre opinion sur la turboplate-forme ?

— Excellente, dis-je, allant droit vers les toilettes.

— Que pensez-vous des buts de la Visite ?

— Adressez-vous aux savants », dis-je. Et oust, je m’enfermai.

Je les entendis gratter à la porte. Alors je leur dis à travers :

« Je vous conseille avec instance de demander à M. Tender pourquoi son nez est couleur de betterave. Modeste de nature, il se tait, mais c’était notre aventure la plus passionnante. »

Il fallait voir comme ils ont foncé ! Des chevaux de course, je vous jure. J’attendis une minute : tout paraissait calme. Je mis le nez dehors : personne. Alors, je repris mon chemin, en sifflotant. Je descendis au poste de contrôle, présentai mon laissez-passer à l’asperge et le vis qui me faisait un salut militaire. C’est que j’étais le héros du jour.

« Repos, sergent, dis-je. Je suis content de vous. »

Il ricana, ravi, comme si je lui avais fait je ne sais quel compliment.

« Toi, Rouquin, t’es un sacré zozo, dit-il. Je suis fier de te connaître.

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