Daniel Pennac - Des chrétiens et des Maures

Здесь есть возможность читать онлайн «Daniel Pennac - Des chrétiens et des Maures» весь текст электронной книги совершенно бесплатно (целиком полную версию без сокращений). В некоторых случаях можно слушать аудио, скачать через торрент в формате fb2 и присутствует краткое содержание. Город: Paris, Год выпуска: 1996, ISBN: 1996, Издательство: Éditions Gallimard, Жанр: Иронический детектив, на французском языке. Описание произведения, (предисловие) а так же отзывы посетителей доступны на портале библиотеки ЛибКат.

Des chrétiens et des Maures: краткое содержание, описание и аннотация

Предлагаем к чтению аннотацию, описание, краткое содержание или предисловие (зависит от того, что написал сам автор книги «Des chrétiens et des Maures»). Если вы не нашли необходимую информацию о книге — напишите в комментариях, мы постараемся отыскать её.

Un matin, le Petit a décrété :
— Je veux mon papa.
Il a repoussé son bol de chocolat et j'ai su, moi, Benjamin Malaussène, frère de famille, que le Petit n'avalerait plus rien tant que je n'aurais pas retrouvé son vrai père. Or ce type était introuvable. Probablement mort, d'ailleurs.
Après deux jours de jeûne le Petit était si transparent qu'on pouvait lire au travers. Mais il repoussait toujours son assiette :
— Je veux mon papa.

Des chrétiens et des Maures — читать онлайн бесплатно полную книгу (весь текст) целиком

Ниже представлен текст книги, разбитый по страницам. Система сохранения места последней прочитанной страницы, позволяет с удобством читать онлайн бесплатно книгу «Des chrétiens et des Maures», без необходимости каждый раз заново искать на чём Вы остановились. Поставьте закладку, и сможете в любой момент перейти на страницу, на которой закончили чтение.

Тёмная тема
Сбросить

Интервал:

Закладка:

Сделать

— El de la qualité, surtout, de la qualité française ! C'est un Américain, faut pas qu'il reparte déçu.

Jérémy était intraitable sur ce point.

Du tournedos Rossini au filet de sole sauce Mornay, en passant par la blanquette de veau et le bœuf bourguignon, il eut droit à une vraie culture, que complétaient, par intermittence, le couscous de Yasmina et l'épaule d'agneau à la Montalban. Déjeuners et dîners royaux. Des siècles de gastronomie dressés contre la barbarie hamburger. Clara cuisinait au millimètre et Jérémy se chargeait de la présentation. Il était devenu orfèvre en papillotes. Ce que Thérèse jugeait superflu puisque chaque mets, si élaboré fût-il, devait être broyé au mixeur pour finir dans une vessie que Louna branchait à la sonde gastrique.

— C'est pas parce qu'il ne peut bouffer que de la bouillie qu'on doit négliger la déco, expliquait Jérémy à Thérèse. Regarde, moi : quand j'ai rien à dire dans une rédac, je soigne mon écriture. Question de principe.

— Tu n'as pas oublié son pansement gastrique ? demandait Louna.

— Phosphalugel envoyé ! annonçait Jérémy comme on répond à l'officier de quart : vous pouvez mettre la pression !

Louna malaxait alors la vessie de caoutchouc. Les yeux de la famille suivaient la progression de la nourriture dans les anneaux de la sonde, puis l'attention générale se portait sur le visage du malade :

— On dirait qu'il aime.

Momentanément emplâtré par le pansement gastrique, le ver solitaire se recroquevillait sur lui-même et laissait manger son hôte dont le visage rosissait.

— Oui, il a l'air d'apprécier.

— Il peut ! C'est rien que du premier choix. Je suis allé faire le marché place des Fêtes.

Toutes paroles destinées à nous rassurer, parce qu'à la vérité, si ces repas se passaient bien, la plupart finissaient mal. Le peu de force que notre malade y gagnait s'épuisait, quelques minutes après le gavage, en un hurlement — toujours le même — poussé au comble de la rage :

Cristianos y Moros !

Et il retombait, exsangue sur son oreiller, comme s'il n'avait rien mangé.

La première fois, Jérémy demanda :

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

— Des chrétiens et des Maures ! traduisit Thérèse.

— Des « Maures » ?

— Des Arabes, précisa Thérèse.

— C'est de l'anglais ?

— De l'espagnol, corrigea Thérèse.

Cristianos y Moros !répéta l'autre.

— Faudrait savoir, gronda Jérémy en lançant un regard suspicieux à Thérèse, il parle anglais ou espagnol ?

Après ce hurlement, notre malade retombait généralement dans un coma si profond que Louna y perdait son latin.

C'est alors que le ténia se mettait à table. Le ténia ronronnait. Ce n'est qu'une image, certes, une image sonore, mais cela ne faisait de doute pour aucun d'entre nous : quelque chose se nourrissait à l'intérieur de notre patient, quelque chose d'immonde s'envoyait goulûment les chefs-d'œuvre de Clara, une voracité souterraine et satisfaite d'elle-même vidait ce corps de sa substance. Et ce pillage ravivait la douleur de l'esprit :

« No, Manfred, no, it's not me ! »

Il délirait. Des borborygmes plus que des phrases. Des bulles, à la surface d'une conscience morte. La fermentation du désespoir.

« Ta mort, Manfred, c'est Papa ! »

Ou des protestations de fureur :

« Ton fils est mal élevé, Philip ! Il me pose des bombes sous le cul ! »

Thérèse prenait des notes, un calepin ouvert sur ses genoux aigus.

« Saint Patrick ! Où as-tu caché Jérónimo ? »

Thérèse cherchait le fil de la cohérence. Elle traquait le sens et traduisait au plus près.

« Papa, je ne veux pas de tes bonbons ! Manfred est mort ! Je suis venu te faire manger tes garçons. »

Et après chaque repas, toujours ce leitmotiv, au volume sonore incomparable :

« Cristianos y Moros ! »

Un vrai cri de guerre. Ce fut Hadouch qui s'en inquiéta le premier.

— Qu'est-ce qu'il leur veut, aux roumis et aux Arabes ? Qu'est-ce qu'il nous veut, ce mec ?

« Cristianos y Moros ! »

— Et si c'était un agent du Mossad ?

Hadouch était inquiet. Hadouch nous voyait infiltrés par les Services secrets israéliens, embarqués dans une de ces guerres de religion qui font exploser les poubelles. Il alla chercher le rabbin Razon de la rue Vieille-du-Temple. Le rabbin, qui était homme de paix, passa une nuit auprès du malade. Il fut catégorique. À sa façon ironique et rêveuse, mais catégorique :

— C'est un Juif, oui, il a un sens aigu de la famille. Mais rassurez-vous, sa fille le préoccupe davantage que les chrétiens et les Maures.

— Sa fille ?

— Adonaï, Dios Santo ! Elle se tape du goy à la chaîne. Du goy et du Juif, d'ailleurs. C'est une fille de feu.

— Pute ?

— Non, mon garçon, elle épouse à chaque fois.

— Rabbi, quoi d'autre ?

— C'est un homme puissant.

— Mais encore ?

— Grosse mémoire. Très encombrée.

— Et ?

— Courageux.

— C'est tout ?

— Casher.

Il ajouta :

– À sa façon. C'est un homme de la Loi. Mais il a le ver solitaire. Je passerai prendre de ses nouvelles de temps en temps.

— Rabbi, vous serez toujours le bienvenu.

Un matin, l'endormi à la voix de stentor hurla un mot nouveau :

Cappuccino !

Jérémy, qui était de garde, ne connaissait pas ce mot. Il réveilla Thérèse.

Dammi un cappuccino, stronzino, o ti ammazzo !

— Un cappuccino, sinon il te tue, traduisit Thérèse avec une certaine satisfaction. Elle ajouta : Il parle italien, maintenant. Elle ajouta encore : Anglais, espagnol, italien, ça doit être un Juif new-yorkais. Va réveiller Clara, pour le cappuccino. C'est une espèce de café avec de la crème, ou quelque chose comme ça…

Le cappuccino eut sur le ver solitaire l'effet d'un harpon planté dans le flanc d'une murène. Réveillée en sursaut, la bête bondit dans le ventre du malade. Un anaconda en furie qui donnait de la tête contre toutes les portes. Le New-Yorkais se tordait dans son lu. De douleur et de rire. Ce cappuccino, c'était une blague qu'il faisait à son ver. Hurlements subséquents et réveil de Louna :

— Du café à un ténia ? Vous êtes complètement fous ! Jérémy, vite, des yaourts ! Yaourts et pansements gastriques !

*

Vacances paisibles, donc. Chacun à son poste et moi au chevet de maman. Maman souffrait de n'être pas deux. Nous autres six, présents sous son toit, comptions pour du beurre. Si je lui donnais des nouvelles du malade, c'était pour la distraire, si elle feignait de s'y intéresser, c'était par distraction.

– À propos, comment se porte votre Juif new-yorkais ?

— Il végète, maman.

Oui, il reprenait du poids et des couleurs, il cicatrisait et se ressoudait, tous les indicateurs de son tableau de bord frisaient la norme, mais sa conscience demeurait souterraine. Le fait qu'il eût traité Jérémy de petit con (stronzino) nous avait donné espoir. Mais non, cet accès de lucidité désignait un des stronzini de sa vie antérieure, quelque autre petit con enfoui dans son délire.

— Très préoccupant, concluait Louna.

Elle marmonnait du diagnostic :

— Désorientation temporo-spatiale, délire, confusion, obnubilation…

L'œil songeur sur l'alité…

— S'il reste dans cet état au bout d'une semaine alors que tout redevient normal, on peut craindre une lésion cérébrale, genre hématome sous-dural.

Elle finit par conclure :

— Il faut consulter un spécialiste.

Le spécialiste fut vite trouvé. La roulette désigna le neurologue de Louna, le bourreau de son cœur.

Читать дальше
Тёмная тема
Сбросить

Интервал:

Закладка:

Сделать

Похожие книги на «Des chrétiens et des Maures»

Представляем Вашему вниманию похожие книги на «Des chrétiens et des Maures» списком для выбора. Мы отобрали схожую по названию и смыслу литературу в надежде предоставить читателям больше вариантов отыскать новые, интересные, ещё непрочитанные произведения.


Отзывы о книге «Des chrétiens et des Maures»

Обсуждение, отзывы о книге «Des chrétiens et des Maures» и просто собственные мнения читателей. Оставьте ваши комментарии, напишите, что Вы думаете о произведении, его смысле или главных героях. Укажите что конкретно понравилось, а что нет, и почему Вы так считаете.

x