Frédéric Dard - La crève

Здесь есть возможность читать онлайн «Frédéric Dard - La crève» весь текст электронной книги совершенно бесплатно (целиком полную версию без сокращений). В некоторых случаях можно слушать аудио, скачать через торрент в формате fb2 и присутствует краткое содержание. Город: Lyon, Год выпуска: 1946, Издательство: Editions Confluence, Жанр: Современная проза, на французском языке. Описание произведения, (предисловие) а так же отзывы посетителей доступны на портале библиотеки ЛибКат.

La crève: краткое содержание, описание и аннотация

Предлагаем к чтению аннотацию, описание, краткое содержание или предисловие (зависит от того, что написал сам автор книги «La crève»). Если вы не нашли необходимую информацию о книге — напишите в комментариях, мы постараемся отыскать её.

1944 — La libération. Le drame d'une famille qui a mal choisi son camp et dont le châtiment sera impitoyable. Huis clos d'une nuit où défilent dans la tête et le cœur de chacun, les rivalités, les rancœurs, les regrets et les souvenirs heureux.
Écrit en 1945, paru à Lyon en 1946,
fut tirée à 500 exemplaires, jamais réimprimé depuis. Pourtant il s'agit d'un grand livre où l'auteur, malgré sa jeunesse, donne la pleine mesure de son talent d'écrivain et révèle déjà sa nature d'humaniste.

La crève — читать онлайн бесплатно полную книгу (весь текст) целиком

Ниже представлен текст книги, разбитый по страницам. Система сохранения места последней прочитанной страницы, позволяет с удобством читать онлайн бесплатно книгу «La crève», без необходимости каждый раз заново искать на чём Вы остановились. Поставьте закладку, и сможете в любой момент перейти на страницу, на которой закончили чтение.

Тёмная тема
Сбросить

Интервал:

Закладка:

Сделать

La foule se tait d’émotion : un char vient d’apparaître à l’autre extrémité de la rue, tout boueux, tout glorieux. Deux soldats sont accroupis dessus — on les croirait en bronze —, et un petit bout de fanion se faufile dans le vent. Le char est couvert de fleurs comme une tombe aimée. Les gens ne trouvent plus assez de souffle pour ovationner. Et puis soudain, si, ça revient, pareil à une bourrasque. Ils trépignent, ils crient, ils se débattent dans leur extase. L’ampleur du moment, sa qualité unique, étourdissent Hélène. Partout des drapeaux flottent. Hélène est un drapeau. Elle est offerte à l’enthousiasme, à la gloire, à la France.

« Tant pis », balbutie sa pensée.

Oui, tant pis pour les causes perdues, tant pis pour la honte et pour la mort. Sa vie ne compte plus. L’âme des siècles défile : Vercingétorix sur l’acier rampant. Et Louis XIV, chiffonné avec de la merde dans sa perruque, une croix de Lorraine sur le bras ; et les autres : l’épouvantable Danton, dont les souliers ont soif de France ; le petit-chapeau revenu de Sainte-Hélène, planté dans un tank, tous, tous !

Les chars marchent sur leur chenillage comme des mariées sur leurs traînes.

Hélène se retourne.

— Que dis-tu ?

Petit Louis va entrer en transe, de la colère ruisselle comme de l’eau d’orage dans le lit asséché de sa cicatrice.

— Parle ! parle ! ordonne-t-il, les dents serrées.

— C’est formidablement formidable, fait Hélène.

— Ce sont des Américains ?

— Penses-tu, des marins français.

— À quoi ressemblent-ils ?

— Ils sont sales.

— De quel côté viennent-ils ?

— De l’Olympe.

Petit Louis se gratte la tête.

Le père pleure sur son coude. La mère regarde son ventre d’un air stupide, d’un air de se demander ce qu’elle pourrait bien en faire une fois pour toutes.

Hélène murmure :

— Il me semble maintenant que tout pourrait recommencer. S’ils sont là, Otto est mort, Eugène est mort, tous les personnages de notre dernière vie se sont engloutis et leur disparition nous libère. Peut-être bien, écoutez-moi vous autres, peut-être que les véritables libérés dans cette ville, c’est nous. Si nous voulons devenir des êtres neufs, nous le pouvons.

La ville trépigne, un ciel bleu se déroule. En bas, les tanks chargés de marins ripent dans le tumulte. Tout le monde s’embrasse.

Petit Louis réfléchit. Il reçoit les acclamations comme des coups, il tremble, meurtri et affolé.

— Recommencer ! s’écrie-t-il. Recommencer ! Tu charries. Il ne s’agit pas de le vouloir, il faut pour recommencer l’assentiment des autres. Et puis je n’ai pas le courage de changer de route. À la rigueur je pourrais essayer de modifier ma façon d’être, mais les souvenirs, qu’en fais-tu ? Il y a en a des tas comme ça que je n’oublierai jamais et qui rigolent de ma figure de salaud.

Hélène hausse les épaules.

— Tu devrais avoir honte de toujours faire pitié, affirme-t-elle, tu manques de dignité. La dignité c’est pas grand-chose, mais il y a des cas — et tu en es un — où elle peut tenir lieu de morale.

Elle se détourne.

Le défilé se poursuit, et la populace ne se lasse pas. Tous ces gens passeraient le reste de leur vie à regarder couler la victoire. Les femmes clament :

— Vive la France ! Vive la France ! Vive les Alliés.

Les hommes tendent leurs bras en V.

Ils cherchent un V dans tout leur corps.

Les enfants agitent des drapeaux.

— Viens voir ! ordonne Hélène à son frère.

Petit Louis secoue négativement la tête, il se laisse glisser sur son grabat.

— Tu as tort, affirme sa sœur. Ça devient intéressant. « Ils » ont des petites voitures carrées, on dirait des jouets.

Les soldats pénètrent fermement dans la cité. Ils ont pris l’habitude des acclamations et sont devenus vaguement cabotins. Ils savent se servir de leurs rudes figures couleur de bataille dans lesquelles brillent des yeux enfiévrés par la nuit de combat.

Le père dit :

— Ça n’est plus pareil, ils sont là maintenant, il me semble que l’air a changé de goût.

Des larmes pendent dans sa barbe, quelques-unes dégoulinent sur son nez, obéissantes aux caprices des rides. Sa tête lourde de honte est ruisselante de chagrin, cependant, il réussit à la soulever, à la montrer… Puis, exténué, il la laisse retomber sur sa poitrine.

— Pleure pas, papa ! supplie Petit Louis. Je peux pas le supporter. Tes larmes, c’est pire que du sang.

Perplexe, la mère fixe tour à tour son homme et son fils, se demandant auquel il convient de porter secours. Elle va s’asseoir au côté de Petit Louis, sur la paillasse, ça fait un gros tas malodorant de mauvaise viande contre lequel le garçon se blottit.

En regardant une vieille photo de Petit Louis, on découvre un gamin sournois, évitant l’œil de l’objectif.

À mesure que le temps coule les photographies s’éloignent de nous, et ce sont les clichés d’enfants qui nous paraissent les plus vieux. Nous nous trouvons en présence de gamins à l’air niais, vêtus en amiraux ou en jockeys et munis de cerceaux. Ils sont perdus dans un monde antique, garnis de poussifs coussins à glands et ils posent sur nous des regards dans lesquels nous croyons lire la confirmation de leur destin.

La mère pétrit la tête de Petit Louis. Sous ses caresses, la triste expérience de ce visage disparaît. Seule subsiste une fausse candeur chargée de méfiance. La mère pense avec tendresse :

« Il ressemble à la photo du quatorze Juillet. Ah ! comme il était joli avec son beau costume marin. »

Elle revoit la figure butée de son fils sous le béret rond. Il s’était laissé photographier de mauvaise grâce. Son père avait dû lui administrer une taloche…

« Voilà bien l’erreur des pères, se dit la grosse femme, ils battent leurs enfants lorsque ceux-ci sont petits, et puis après ils n’osent plus. Et pourtant, c’est quand les enfants sont grands qu’ils peuvent le mieux supporter les coups et qu’ils en ont vraiment besoin. »

À l’époque de cette photographie, Petit Louis n’allait pas encore en classe. Il appartenait exclusivement à sa mère. Il s’amusait dans l’appartement à des jeux bizarres qu’il inventait et auxquels la brave femme ne comprenait rien. Elle demandait :

« — Pourquoi as-tu fait un rond de savon sur les vitres ? »

« — Parce que…, répondait Petit Louis, à cause du ciel… »

« — Ah », faisait la mère, d’un air renseigné, en enveloppant son fils d’un regard timide.

Les jours de lessive, il se tenait accroupi dans un coin de la cuisine, respirant voluptueusement une suffocante odeur de crasse chaude. Un brouillard humide et tiède rendait écœurante l’atmosphère de la pièce.

Petit Louis rêvait qu’il se trouvait dans un aquarium, et il supposait que sa mère était un poisson monstrueux, nageant péniblement dans la buée couleur de miroir troublé.

« — Cet enfant a le regard triste, confiait Constance Lhargne à son mari. Il me fixe pendant des heures sans bouger. Je me demande à quoi il pense. »

Petit Louis organisait d’interminables convois de pinces à linge qui se mordaient mutuellement.

Une moitié de pince à linge ressemble à une auto de course. Ainsi des caravanes de voitures se pourchassaient-elles dans l’appartement.

Tout ça, les jours de lessive, à l’époque de la photo.

La mère respire Petit Louis. La peau du garçon dégage une odeur fragile : cheveux et cuir, sueur et eau de Cologne. Une odeur qui se désagrège dans le nez après avoir glissé un petit goût acidulé sous la langue.

Читать дальше
Тёмная тема
Сбросить

Интервал:

Закладка:

Сделать

Похожие книги на «La crève»

Представляем Вашему вниманию похожие книги на «La crève» списком для выбора. Мы отобрали схожую по названию и смыслу литературу в надежде предоставить читателям больше вариантов отыскать новые, интересные, ещё непрочитанные произведения.


Отзывы о книге «La crève»

Обсуждение, отзывы о книге «La crève» и просто собственные мнения читателей. Оставьте ваши комментарии, напишите, что Вы думаете о произведении, его смысле или главных героях. Укажите что конкретно понравилось, а что нет, и почему Вы так считаете.