Tatiana Rosnay - Moka
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Je suis partie à l'hôpital après avoir déposé Georgia au centre de loisirs. Devant mon fils, dans le creux de son oreille, j'ai chuchoté : « Je sais qui c'est, mon ange adoré. Je sais qui c'est. » J'ai eu l'impression fugace qu'il m'a serré les doigts. Qu'est-ce que Malcolm captait de ma voix, de ma peau contre la sienne ?
M'entendait-il de là où il était ? À quoi ressemblait son coma ? Pensait-il ? Rêvait-il ? Ou alors se trouvait-il dans le noir, sans lumière ? Je me suis demandé dans quelle langue lui venaient ses rêves, ses pensées. Malcolm m'avait avoué un jour souffrir de son bilinguisme parfait. Il n'avait pas de langue maternelle. Il avait appris les deux en même temps : l'anglais avec son père, le français avec moi. Il s'était plaint aussi de ne pas avoir de patrie, de ressentir la même émotion en entendant La Marseillaise que le God Save the Queen, de souffrir le martyre lors d'un match de foot France/Angleterre. « I have the cul entre deux chaises », il s'amusait à clamer. « Moitié Frog, moitié Rosbif. Le pire des mix ! La preuve que deux races qui adorent se détester sont capables de tomber in love et de faire des babies. Amazing, non ? »
Et puis il avait demandé à son père, plus tard, pourquoi les Anglais et les Français se méprisaient avec une telle passion. Andrew avait répondu avec un sourire ironique : « Les Anglais haïssent les Frogs parce qu'ils ont tué leur Princesse. » Malcolm s'était esclaffé : « Bollocks ! » Son père ne l'avait même pas grondé pour ce gros mot. Mais j'avais bien compris ce soir-là qu'il supportait mal cette double culture, pas si évidente à porter. Et que, peut-être, devenu adolescent, cela n'allait pas être facile, quand tout ce qui vous rend différent peut parfois se muer en enfer.
En sortant de l'hôpital, une grande affiche publicitaire m'a sauté aux yeux. On y voyait une femme brune à la peau dorée, allongée sur un lit aux draps froissés. Elle était nue. En lettres immenses, le mot CHARNELLE. Puis cette phrase : « Un sortilège sensuel qui prend possession de vous. » C'était le fameux parfum dont la traduction du dossier de presse m'avait donné tant de mal. Le parfum qui sentait une odeur de camphre, d'inhalation et dont on ne m'avait communiqué que le nom de code. Cela m'a paru surréaliste, cette femme alanguie sur tout un pan de mur, vautrée dans sa superbe futilité, et dans mon dos, l'hôpital, la chambre sinistre, et mon fils dans le coma.
Contraste d'images douloureuses. L'affiche était placardée à chaque coin de rue. On ne pouvait pas y échapper. Dans la devanture des parfumeries, la femme brune s'étalait de tout son long. Sur les Abribus. Je ne voulais plus la regarder. Je ne pouvais plus la regarder. J'étais hors de moi. J'ai senti une sorte de désespoir, de fureur me gagner. Mes bras, mes jambes se sont mis à sautiller, fébriles. Mon regard fuyait obstinément l'affiche tandis que je quittais l'hôpital.
Maintenant. Il me fallait avancer, maintenant. Je voulais prendre les choses en main ? Alors à moi de le faire. Personne n'allait faire quoi que ce soit à ma place. Personne.
Eva Marville. Biarritz.
Il m'a semblé que le temps s'était arrêté. Il s'étirait. Il n'avait plus de cadence, plus de rythme. Il s'était ramolli, distendu. C'était étrange, cela me donnait mal à la tête. J'ai pris les billets à la gare Montparnasse. Trois allers simples pour Biarritz, en TGV. Pour Arabella, Georgia et moi. Elles n'avaient aucune idée de mon projet. Je n'avais encore rien dit. C'était si facile, pourtant. Réserver, payer, prendre les billets. Départ jeudi matin. Aller à Biarritz. Et après ? On verrait. Pour l'hôtel, on verrait, en arrivant.
Je n'ai toujours rien dit, en rentrant à la maison. Du travail m'attendait, pourtant. Des factures, du courrier. Je n'ai pas allumé l'ordinateur, je n'ai pas ouvert les lettres. Je suis restée assise à mon bureau, en silence. J'avais gardé le même silence lorsque Andrew m'avait avoué sa liaison. Je rien avais pas parlé. Je n'avais pas voulu partager la honte, la douleur. Le silence me protégeait. Impossible de me confier à ma sœur, à mes amies. Mais j'avais voulu tout savoir de la fille, savoir à quoi elle ressemblait, et pourquoi mon mari la baisait. Savoir m'avait fait encore plus de mal. Andrew n'avait pas su comment me répondre. Il avait été maladroit, embarrassé. Les détails affluaient, sordides. La fille, ce n'était pas important, c'était une connerie. Il m'avouait tout parce que c'était une connerie. Mais j'avais eu mal. Elle était le contraire de moi. Rousse, petite. Le grain de sa peau. Son parfum. Les mains d'Andrew sur elle. Andrew dans elle. Leur liaison avait duré un an. Puis Andrew y avait coupé court. Elle l'aimait. Lui, il disait qu'il m'aimait, moi. Devant mon bureau, les mains à plat sur la table, je me suis dit que j'aurais aimé retrouver cette ancienne douleur, ces moments d'effroi quand Andrew s'était senti obligé de lever le voile sur leurs ébats, sur les lieux de leurs rencontres, sur les vêtements qu'elle portait. C'était une douleur que je connaissais, une douleur qui m'était familière. Je savais comment la dompter. Je savais comment la rouler en boule, la balayer sous le lit.
Elle n'avait rien à voir avec l'horreur qui vivait en moi à présent. Celle qui avait pris possession de moi, le jour de l'accident. Qu'on me rende mon fils. Qu'on me le rende intact, ni mort, ni en petit légume branché sur une machine. Qu'on me rende mon Malcolm, sa voix grave, ses yeux bleus, ses péniches taille 44. Qu'on me le rende avec son passé, son présent, et le futur qui l'attendait, son futur d'adolescent ronchon, qui ne voudra pas ranger sa chambre, éteindre l'ordinateur, prendre sa douche, faire ses devoirs. Qu'on me le rende avec ses défauts d'origine, son effronterie, sa verrue plantaire, sa cicatrice sur l'avant-bras, ses dents du bonheur et l'appareil dentaire dont le devis était chez le dentiste. Qu'on me rende Malcolm et toute la cohorte de souvenirs qui le suivaient de près comme les poissons pilotes un requin : Malcolm stoïque sur le pot à deux ans, déclarant d'une voix de Premier ministre : « Il faut attendre » ; Malcolm rentrant une fois de plus avec deux heures de colle parce qu'il avait osé commenter l'accent du professeur d'anglais ; Malcolm, cinq ans, qui m'avait dit à la mort de son arrière-grand-père : « Regarde tout là-haut dans le ciel, maman, tu vois l'avion ? C'est l'avion de l'âme de Papi, fais-lui un bisou ! » ; Malcolm à dix ans, en Floride, qui nageait avec les dauphins, mains agrippées à l'aileron, ivre de bonheur. Qu'on me rende mon fils, nom de Dieu, que je puisse le voir grandir, dépasser allègrement mon mètre soixante-treize pour atteindre les cimes enneigées de son père. Qu'on me rende ce gamin, le fruit de mes entrailles, à l'identique, le même, cet inimitable mélange franco-anglais, ce panachage d'Andrew et moi : le long visage d'Andrew, ses yeux bleus, mes sourcils, mon menton. Qu'on me rende mon petit Franglais.
Un été, à Saint-Julien, il y avait cinq ou six ans, en arrivant un vendredi soir, on avait découvert un gros nid de frelons dans la chambre de Malcolm. Le nid s'étalait tel un ballon jaune clair, le long de la fenêtre. Des dizaines de frelons avaient envahi la pièce. Andrew avait insisté pour appeler les pompiers. Il ne fallait pas rigoler avec les frelons, disait-il. Deux piqûres de suite, et c'était la fin.
Les pompiers avaient débarqué, harnachés de tenues d'apiculteurs qui impressionnèrent Georgia, encore bébé. Nous étions restés dans notre chambre, tous les quatre, le temps qu'ils détruisent le nid. Ce fut l'affaire d'une demi-heure. Nous avions contemplé le nid vidé de ses habitants, éventré dans un sac-poubelle. Une construction étonnante, parfaitement symétrique, des milliers de losanges dans une spirale truffée de larves. Malcolm, sept ans, était resté muet. De toutes les chambres de la maison, les frelons avaient choisi la sienne. Et voilà qu'on avait fracassé leur beau nid si patiemment construit, qu'on les avait tués et chassés. Il s'était mis à pleurer de rage et de tristesse et n'avait rien voulu entendre quand on lui avait parlé des dangers de ces bestioles.
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