Guenassia, Jean-Michel - La Vie rêvée d'Ernesto G.

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La Vie rêvée d'Ernesto G.: краткое содержание, описание и аннотация

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– Franchement, je ne préfère pas. On est bien ensemble.

Édouard se redressa, hocha la tête comme si son fils venait de formuler un postulat mathématique ou une évidence incontestable. Au lieu de reprendre la lecture de son journal, il alla se coucher. Joseph était persuadé que son père passerait outre mais il n’entendit plus parler de Katharina, il se dit qu’après tout, pour y renoncer aussi facilement, ce n’était peut-être pas aussi sérieux qu’il y paraissait. Ils n’évoquèrent plus jamais cette histoire. Une seule chose changea, ils cessèrent d’aller en cure à Karlovy Vary et passèrent leurs étés en Bavière.

Parfois quand son père levait les yeux de son journal, il restait les yeux perdus dans le vague et Joseph se demandait s’il pensait encore à elle.

Au cours de ses études, Joseph participa à la création du mouvement des Étudiants socialistes pragois et fut élu secrétaire puis président de la section des étudiants en médecine qui comportait de sept à douze membres suivant les années. Ses déclarations enflammées pour la gratuité de la médecine le firent détester de ses professeurs et du recteur. Ses affiches prônant la libéralisation de la contraception (y compris pour les mineures) et l’instauration de la méthode Ogino comme système idéal de régulation des naissances attirèrent sur lui la haine des bien-pensants. Il réussit le tour de force de réconcilier le cardinal et le grand rabbin de Prague qui protestèrent ensemble auprès du doyen de la faculté de médecine.

Édouard ne comprenait pas son fils, son agressivité, sa colère. Pourquoi devait-il batailler chaque jour contre sa propre chair ? Qu’avait-il raté dans son éducation pour le transformer en mécréant ? Il n’avait pas peur des ennuis qu’il finirait par lui attirer, il craignait que son fils finisse au ban de la société, que ses efforts pour en faire un homme soient réduits à néant. À quoi bon le rappeler à l’humilité et lui répéter qu’une personne de sa condition ne devait pas provoquer les autorités quand Joseph avait rangé son père dans la catégorie des fossiles que la révolution balayerait le moment venu et chantait à tue-tête la nuit venue dans les ruelles de Prague avec ses camarades, résidus de la pire populace : « Le vent heureux du socialisme souffle enfin et anéantira les bourgeois… »

Avec ses traits fins, sa cambrure fière, sa mèche au vent, Joseph ressemblait à un de ces jeunes seigneurs florentins au sourire limpide de Ghirlandaio. Il menait une vie dissolue, s’affichait avec des voyous surréalistes, des communistes joyeux, passait ses nuits au Chapeau rouge à se saouler des orchestres de jazz dixie venus des États-Unis. Il préférait le Lucerna ou le Gri-gri , deux dancings de folie où les valses succédaient sans temps morts aux javas et aux tangos jusqu’au petit matin, où les cavalières s’abandonnaient dans ses bras comme des amoureuses pour l’éternité. Il adorait tournoyer et se fondre avec sa partenaire dans cette musique qui les possédait. Elles disaient qu’il était le meilleur danseur de Prague et qu’il leur faisait perdre la tête, rien ne pouvait le flatter davantage.

La voix aérienne et fraternelle de Carlos Gardel le bouleversait.

Carlitos, comme il l’appelait affectueusement, était l’homme qui comptait le plus pour lui. Il possédait la collection complète de ses 78 tours importés à prix d’or d’Argentine, mais il découvrait souvent des titres inconnus. Un musicien mexicain lui traduisit quelques chansons magiques. Joseph, déçu de ces poèmes de midinette, les apprit par cœur, en espagnol c’était tellement plus beau. La mort brutale du chanteur en 35, le laissa comme orphelin. Il pleurait en l’écoutant des heures durant, sans trop savoir si c’était l’infinie tristesse de la musique ou sa disparition si injuste qui le tourmentait à ce point. Il se coiffait désormais comme Gardel, raie sur la droite et cheveux plaqués avec une pointe de gomina. Il abandonna la tenue débraillée de ses camarades pour adopter l’élégance de son idole disparue, avec un costume de bonne coupe, à peine cintré, une cravate rayée ou un nœud papillon et une pochette en soie assortie.

Il chantait Volver d’une voix grave et, même s’il ne comprenait pas les paroles, il arrivait parfois à trouver la larme dans la gorge qui rendait cette chanson si émouvante.

– Je veux devenir bandonéoniste, affirma-t-il, un peu ivre, à sa nouvelle conquête sur le pont Charles, quand le soleil apparut sur le fantomatique château.

Il se lança avec passion dans l’accordéon, arrêta les cours au bout de trois semaines, c’était un instrument horriblement compliqué.

Pour fêter son diplôme de médecin, Édouard lui offrit un costume en alpaga noir sur mesure et l’invita à l’ Europa , un des plus beaux restaurants de Prague. Joseph remarqua que son père était bien connu du maître d’hôtel et de plusieurs serveurs qui le saluaient avec connivence, il les appelait par leur prénom, ceux-ci connaissaient ses plats préférés et son vin de prédilection.

– Un tokay bien frais, monsieur Kaplan ?

– Si vous en avez, Daniel, je prendrais volontiers un oremus 29.

Ils attendirent en silence qu’on les ait servis. Joseph admirait les volutes exubérantes de la voûte Art déco. Édouard dégusta le vin doré avec un cérémonial de connaisseur, ferma les yeux, expira profondément.

– Divin.

– Je ne savais pas que tu fréquentais cet endroit.

– Il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas.

Édouard avait élaboré de grands projets, il envisageait de louer l’autre appartement sur le palier, madame Marchova, sa vieille propriétaire qui l’adorait, était d’accord, il la soignait pour son éternel mal de dos, elle était ravie que Joseph, qu’elle n’avait pas vu depuis une éternité, s’installe dans son immeuble où elle ne louait qu’à des médecins et des dentistes.

Un jour, pas tout de suite bien sûr, mais il y pensait avec plaisir, Édouard laisserait à son fils sa clientèle. Joseph coupa court à ses rêves. Il ne voulait pas exercer de façon traditionnelle et avait l’intention de poursuivre ses études.

– Qu’est-ce que tu as envie de faire, mon fils ?

– De la recherche, papa.

« Mon Dieu ! pensa Édouard, consterné, mais en lui souriant comme s’il trouvait cette idée merveilleuse, pourquoi les enfants sont-ils si compliqués ? »

Joseph refusait de rencontrer des jeunes filles juives d’excellente éducation pour fonder une famille. Elles étaient tellement ennuyeuses et prévisibles avec leur timidité fabriquée, elles ressemblaient déjà à leurs mères en modèle réduit et, quand son père en invitait à la maison, il s’amusait à proférer des insanités pour les choquer.

Il apostrophait ses professeurs en leur disant qu’ils seraient fusillés lors de la révolution (il y veillerait personnellement), manifestait contre le gouvernement pourtant tolérant et distribuait des tracts à la sortie de la Grande Synagogue pour réclamer la légalisation de l’avortement. Une plainte fut déposée.

Dans ce temps-là, on ne rigolait pas avec les bonnes mœurs. En désespoir de cause, Édouard décida que Joseph devait quitter le pays et, sous prétexte de lui faire faire une spécialisation en biologie dans la meilleure université du monde, il l’envoya à Paris.

Joseph partit sans prévenir personne et oublia Tereza, sa petite amie du moment. Deux jours de train et il débarqua sur une autre planète. Prague lui parut soudain une ville de province tristounette engoncée dans sa naphtaline. À Paris, il se promenait au bord du volcan. Les noubas arrosées succédaient aux meetings incantatoires, les promesses de changer le monde et de mourir plutôt que de renoncer ne l’empêchaient ni de travailler, ni de danser jusqu’à l’aube, ni de se faire une multitude d’amis pour la vie.

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