Géraldine est enceinte de Mortagne. Elle est malade comme une bête, elle vomit toutes les heures. L’agence pue, même les clients se plaignent. La dernière fois, elle a dégueulé sur la fougère de Mélanie. Comptez sur moi, je lui ai bien redit qu’un enfant, c’était un miracle.
Quant à moi, comment vous dire ? Peut-être qu’un jour quelqu’un rigolera en voyant écrit « Julie Patatras » sur une boîte aux lettres, mais je m’en fiche. Ric est là. Tous les soirs, je m’endors une heure après lui parce que je veux pouvoir le regarder. Il est bien l’homme que je crois. Il m’aide à savoir qui je suis. Je me doute que la vie ne sera pas simple, je sais qu’il y aura toujours des abrutis, des cyniques, des épreuves et des injustices. Je sais que les choses sont rarement comme elles devraient l’être, mais je crois du plus profond de mon âme qu’à nous tous, on doit pouvoir survivre à cette chienne de vie.
Portez-vous bien. Aimez. Risquez. Ne renoncez jamais. Affectueusement,
Julie.
PS : Ne laissez pas les chats vous convaincre que les bonnets péruviens vous vont bien.
FIN
Une des dernières fois où mon père et moi nous sommes assis pour parler, nous étions sous un tilleul, face à une vallée, dans le Lot, et il m’a dit quelque chose que je n’oublierai jamais : « Les hommes sont stupides et les femmes sont folles, mais lorsqu’ils se rencontrent, cela donne parfois des choses très belles. »
Dans ma vie, rien n’est jamais venu démentir cette révélation.
Fils adoptif, je sais que les liens les plus forts ne sont pas uniquement ceux du sang. Les êtres à qui je tiens tellement, aussi bien dans ma famille que parmi mes amis, m’en apportent tous les jours la preuve. Je sais que ce monde ne m’attend pas et qu’être utile est encore le meilleur moyen de ne plus jamais être abandonné.
Je fais ce métier pour rencontrer. J’espère divertir, surprendre et, de temps en temps, apporter un regard qui pourrait être constructif. Je suis donc comme tous ceux de mon espèce, ambitieux sans en avoir toujours les moyens, de bonne volonté en sachant rarement comment m’y prendre. Je ne suis pas celui qui jettera la première pierre. J’ai plutôt le profil à me la prendre…
Depuis que je suis gamin, j’observe, j’écoute et, presque malgré moi, je n’oublie pas grand-chose. Parce qu’une famille m’a recueilli, parce que des familles m’ont accueilli, parce que vous me laissez être le témoin de vos existences, aujourd’hui je peux sans problème me tenir devant vous et dire que je suis faible, que je suis imparfait, mais que je suis définitivement des vôtres et que — sauf exception ! — je vous aime.
En pur mec, je dois aussi confesser que, si ce sont mes semblables qui m’ont le plus souvent fait avancer, ce sont quasiment toujours des femmes qui m’ont empêché de tomber ou qui m’ont aidé à me relever. Alors mesdames, mesdemoiselles, cette histoire est pour vous, vous qui ne voyez souvent que nous et que nous ne voyons jamais assez, vous sans qui aucun homme digne de ce nom ne fera rien de grand dans sa vie.
Merci d’avoir fait le chemin avec moi jusqu’à cette page. Chaque livre m’apporte de nouvelles rencontres, de nouveaux soutiens, et cette force — capable de résister à n’importe quelle infamie comme aux cynismes imbéciles — doit être partagée.
Alors du fond du cœur, à toi Janine Brisson, Martine Busson, Mathilde Bouldoire, Marie « Mimi » Camus, Sandrine Christ, Catherine Costes, Chantal Deschamps, Géraldine Devogel, Germaine Fresnel, Élisabeth Héon, Cathy Laglbauer, Hélène Lanjri, Gaby Le Pohro, Gaëlle Leprince, Christine Mejecaze, Christiane Mitton, Céline Thoulouze, Yvette Turpin, Isabelle Béalle-Tignon, Catherine Würgler, je vous dédie ce livre et je vous remercie. Je n’oublie pas Hélène Bromberg, Alice Coutard, Jacqueline Gilardi et Charlotte Legardinier. Je vous connais amies, sœurs, mères, admirables, bouleversantes, parfois folles (c’est papa qui le dit !), courageuses, amoureuses, abattues, éperdues, d’une patience que nous les hommes ne comprendrons jamais mais sans laquelle nous sommes condamnés. Embrassez vos magnifiques familles pour moi.
Merci à Pascale et Willy Joisin — de l’excellente boulangerie-pâtisserie Les Larmes d’Osiris à Saint-Leu-la-Forêt — pour m’avoir permis de capter et d’apprendre encore plus. Merci à Pascale Bazzo, Delphine Vanhersecke, Sandrine Jacquin, Nathalie Vandecasteele pour leur regard et leur appui.
À toi Michèle, pour ce que nous partageons depuis la maternelle, des cabanes dans les arbres du petit bois aux chagrins, pour nos fous rires dans le désespoir, pour ta présence fidèle aux moments clés de ma vie. Comment oublier que la première fois que j’ai entendu parler de tes problèmes de cœur, nous étions en CE2. Je jouais avec mes potes à policier-voleur et tu es arrivée en courant en me hurlant : « Gilou, Gilou, emmène-moi vite chez le docteur, je suis enceinte, Paul vient de m’embrasser sur la bouche ! » Pour plus de discrétion, j’ai changé le nom de Pascal Goulard en Paul.
À toi Sylvie, fidèlement, parce que même si tes quinze ans de médecine experte ne t’ont pas permis de me faire mon vaccin sans me déchiqueter le dos, je tiens énormément à toi, à ton rire, à tes conseils avisés pour savoir s’il faut tenter le 40, à tes remarques qui nous terrifient tous mais que le regard que tu lâches parfois réchauffe définitivement.
À toi Brigitte, pour l’énergie positive et bienveillante dont tu nous inondes, pour le repère, le phare que tu constitues dans ma vie. Dire la vérité est le plus grand luxe d’une existence et, avec toi, il n’en a jamais été autrement. Alors à toi qui n’as peur de rien sauf des mouches, à toi qui peux exploser de rire au pire moment parce que tu sais ce que vaut vraiment cette existence, je propose de continuer ensemble, pour cette vie-là et la suivante, on renégociera ensuite.
À toi Annie, ma belle-maman, pour ta douce folie, pour tes essais qui se mangent presque toujours, pour ta personnalité unique, pour ces moments où tout peut arriver parce que tu as le gaz et des allumettes. Si tu fais vite, tu as encore le temps de refermer la porte du frigo ouverte depuis deux heures avant que Bernard ne s’en rende compte. Merci d’être là.
À ma maman, qui je le déplore ne pourra jamais lire ces mots, et qui avec son caractère de cochon, ses peurs, ses espoirs, ses pommes dauphines brûlées et ses mots bouleversants, a aussi forgé le petit gars que je suis. Tu ne viendras pas déjeuner dimanche et ça m’énerve.
Pardonnez-moi mesdames, mais je dois aussi remercier quelques frères d’armes :
À vous mes potes, ma famille, Roger Balaj, Patrick Basuyau, Stéphane Busson, Steve Crettenand, Jean-Louis Faucon, Michel Héon, Christophe Laglbauer, Éric Laval, Sam Lanjri, Michel Legardinier, Philippe Leprince, Marc Monmirel, Andrew Williams. S’il vous plaît les mecs, ne me laissez jamais tomber. Si je me retrouve seul au milieu de toutes ces femmes, je suis foutu !
À Soizic et Stéphane, particulièrement, pour votre énergie, votre humour et vos valeurs qui nous portent. Comment vous remercier pour cet inoubliable dîner offert le soir même où j’écris ces mots ? Comment croire au hasard ? Venir manger du melon bizarre, sous la pluie, juste avant que Steph ne fasse tomber la viande par terre… Ça s’appelle un signe. Sans rire, merci de cette affectueuse complicité dont vous nous faites le cadeau depuis longtemps. Embrassez Jean-Baptiste et Oriane pour moi.
À toi Bernard, pour ces moments que tu illumines parce que tu oublies la lumière dans le petit atelier, pour ces légumes bio qui font la joie des pigeons et des hérissons et que nous dégustons quand il en reste, pour tes idées tordues qui redressent parfois les choses, pour tout ce que tu apprends aux enfants, à moi-même et pour ces moments partagés. À quatre fois vingt ans, tu as le droit de laisser tomber le masque de « l’ingénieur-sévère-qui-s’énerve-sur-tout-ce-qui-ne-marche-pas » pour être à plein temps « l’affectif-inventif-bourré-de-talent-et-d’espoir » que tu es. J’étais certain que le portail allait finir par rentrer dans le coffre. Par contre, stocker de l’eau dans un container fêlé…
Читать дальше