Daniel Shipstone Estate, Inc. Shipstone Never-Never
Muriel Shipstone Memorial Shipstone Ell-Quatre
Research Labotories Shipstone Ell-Cinq
Shipstone Tempe Shipstone Stationnaire
Shipstone Gobi Shipstone Tycho
Shipstone Aden Shipstone Ares
Shipstone Sahara Shipstone Deep Water
Shipstone Africa Shipstone Unltd, Ltd.
Shipstone Death Valley Sears-Montgomery, Inc.
ShipstoneKarroo Fondation Prométhée
Coca-Cola Holding Co Ecole Billy Shipstone pour les enfants handicapés
Interworld Transport Corporation
Jack et le Haricot Géant, Pty [17] Jack et le haricot géant est un célèbre conte américain porté à l’écran par Walt Disney où l’on voit un enfant parvenir jusqu’au ciel en empruntant les vrilles d’un haricot. D’où le nom donné au système de transport spatial: «La Vrille».
. Réserve naturelle de Wolf Creek Pass
Morgan Associates Refuge naturel d’Año Nuevo
Société coloniale des Systèmes extérieurs Ecole et musée Shipstone des Arts visuels
En parcourant cette liste, j’ai éprouvé un enthousiasme très mitigé. Je savais que le trust Shipstone était plus qu’important – qui ne dispose pas d’une dizaine de Shipstones à portée de la main ? Sans compter les gros éléments, dans les fondations de nos maisons ? Mais, soudain, il réapparaissait que l’étude de ce monstre pouvait me prendre la vie entière. Et les Shipstones ne me passionnaient plus particulièrement.
J’étais en train de ruminer sur tout ça quand Goldie est venue me dire en passant qu’il était temps d’aller grignoter un bout.
— Et on m’a aussi donné des instructions pour que tu ne passes pas plus de huit heures par jour devant ton terminal et que tu profites de ton week-end chaque semaine.
— Vraiment ? Quel vieux tyran !
Nous nous sommes dirigées vers le réfectoire.
— Vendredi…
— Oui, Goldie ?…
— Tu trouves que le Maître est plutôt difficile à vivre, n’est-ce pas ?
— Non. Toujours impossible. Constamment.
— Mmm… oui, sans doute. Mais tu ignores peut-être qu’il vit dans une constante souffrance. Et il ne se drogue plus.
Nous avons fait quelques pas en silence tandis que je digérais cette information.
— Goldie… qu’est-ce qui ne va pas chez lui ?
— Rien, en réalité. Je dirais même qu’il est en bonne santé. Du moins pour son âge…
— Et quel âge a-t-il ?
— Je ne le sais pas vraiment. D’après tout ce que j’ai pu rassembler, il devrait avoir dépassé la centaine. Mais je ne pourrais dire de combien d’années exactement.
— Oh non ! Goldie, quand j’ai commencé à travailler pour lui, il devait avoir à peine dépassé les soixante-dix ans. Il avait déjà des cannes pour marcher mais il était très en forme. Il se déplaçait presque aussi vite que n’importe qui.
— Ma foi… ce n’est pas très important. Mais tu ne devrais pas perdre de vue qu’il n’est pas facile. S’il te fait de la peine, c’est à cause de ce qu’il ressent. En tout cas, je dois dire qu’il a la plus haute estime pour toi…
— Qu’est-ce qui te le fait croire ?
— Ah, ça suffit ! J’ai suffisamment parlé de mon vieux malade… Mangeons un bout…
Je me suis penchée sur le complexe Shipstone en évitant d’étudier les Shipstones. Ce que je veux dire, c’est que le seul moyen de comprendre cela, c’est de retourner à l’école, de se spécialiser en physique, de se plonger dans l’étude des plasmas, de se faire engager par une des sociétés dépendant de la Shipstone et de se montrer si dévoué, si brillant, si loyal que l’on finit par se retrouver dans les plus hauts étages de la fabrication.
Pour cette belle ascension, il faut compter une bonne vingtaine d’années et j’aurais dû commencer vers dix ans. J’estimais donc que le Patron n’avait certainement pas prévu ce genre d’itinéraire pour moi.
Maintenant, voyons un peu la propagande, officielle ou non :
Prométhée, un bref résumé accompagné d’une biographie concise des découvertes fondamentales de Daniel Thomas Shipstone, docteur en philosophie, diplômé de l’Académie militaire, docteur ès sciences, et de l’Association de bienfaisance qu’il fonda.
… ainsi le jeune Daniel Shipstone vit immédiatement que le problème de l’énergie ne résidait pas dans une réduction mais dans le transport. L’énergie est partout, autour de nous – dans la lumière solaire, le Vent, les torrents des montagnes, dans les gradients de température, le charbon, le pétrole, les minerais radioactifs, les plantes. Et tout particulièrement dans les profondeurs des océans et de l’espace. Là, l’énergie est disponible en quantités qui dépassent la raison humaine.
Ceux qui parlaient de « raréfaction des sources » et qui en appelaient à l’« économie d’énergie » ne comprenaient pas la situation. La manne céleste continuait de pleuvoir sur nous et nous n’avions besoin que d’un seau pour la recueillir. Encouragé par sa fidèle épouse Muriel – née Greentree – qui se remit au travail pour subvenir aux besoins de la famille, le jeune Shipstone démissionna de son poste à la Commission nucléaire pour devenir le génial inventeur que l’on connaît, le héros mythique américain par excellence. Après sept ans d’efforts et de privations, il avait mis au point, de ses seules mains, la première pile Shipstone. Il avait découvert que…
Ce qu’il avait découvert, c’était le moyen de stocker encore plus de kilowattheures dans un volume plus petit que tous ceux dont avaient pu rêver des générations d’ingénieurs avant lui. Parler de « pile améliorée », comme l’avaient fait certains journalistes de l’époque, c’était comparer une bombe H à un « superpétard ». Non, ce qu’avait réussi Shipstone, c’était la totale destruction de la plus importante industrie du monde occidental (si l’on excepte la fabrication de religions).
Pour la suite, il fallait puiser dans les histoires à scandales et les diverses sources indépendantes, car je n’avais pas la moindre confiance dans la version édifiante et sucrée de la société Shipstone. On attribuait à Muriel Shipstone les déclarations suivantes :
« Écoute, mon grand héros, tu ne vas pas déposer ce brevet. Qu’est-ce que ça te rapporterait ? Il durerait dix-sept ans tout au plus… et on n’en tiendrait même pas compte dans les trois quarts du monde. Si tu le déposais, tu peux être sûr que l’Edison, la Standard et les autres t’attaqueraient de toutes les façons possibles. Mais tu m’as dit toi-même que tu te faisais fort de leur apporter un de tes gadgets et que même avec la meilleure de leurs équipes de recherche, ils se casseraient le nez, que tout ce qu’ils pouvaient obtenir, c’est que ça leur pète à la figure. C’est bien ce que tu m’as dit, non ?
« Oui, bien sûr. S’ils ne savent pas comment insérer le…
« Chut ! Je ne veux rien savoir. Et tu sais que les murs ont des oreilles. Non, pas de déclarations fantaisistes : nous commençons à fabriquer, c’est tout. Là où l’énergie est la moins chère aujourd’hui. Où donc ?…»
L’auteur du pamphlet s’en prenait au monopole « cruel et inhumain » du complexe Shipstone sur les besoins essentiels des « pauvres gens de par le monde ». Ce qui n’était pas très évident à mes yeux. Ce que la Shipstone et toutes les sociétés qui en étaient issues avaient fait, c’était fournir en grande quantité et à bas prix ce qui avait été rare et coûteux… C’était ça, être cruel et inhumain ?
Les sociétés de la Shipstone n’ont aucun monopole sur l’énergie. Elles ne contrôlent pas le pétrole, ni l’uranium ou le charbon. Elles se contentent de louer des hectares de désert… mais il en reste encore bien assez pour le soleil. Quant à l’espace, c’est la même chose : il est techniquement impossible d’intercepter plus d’un pour cent de l’énergie solaire qui se perd dans l’orbite de la Lune. Faites le calcul vous-même, sinon vous ne me croirez pas.
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