— Tu vois bien, fit Céline.
Très vite, les passagers s’entassèrent devant la zone d’embarquement. La famille Marchal s’inséra dans la file.
Vic ne parvenait pas à se détendre. Il continuait à scruter les visages autour de lui. En se décalant légèrement, il remarqua un homme chauve, resté assis, qui occupait un enfant en lui faisant un tour de magie avec des cartes. L’individu se leva, ramassa ses deux sacs et se dirigea vers la file. Il portait un tee-shirt noir avec une publicité pour un site de poker, « www. 888. com ».
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D’un mouvement brusque, Vic s’empara de la poussette, prit sa femme par le poignet et la tira sur le côté.
— On doit sortir d’ici. Tout de suite.
Il se mit à courir en direction du hall principal, avec la poussette et l’enfant. Céline lui emboîta le pas, ahurie.
— Oh ! Que se passe-t-il ? Vic !
— Tout de suite, j’ai dit !
Il passa les contrôles en sens inverse, prétextant qu’il ne pouvait plus prendre l’avion à cause d’une urgence familiale, puis se fraya un passage dans la cohue en accélérant plus encore.
— Vite ! cria-t-il. Dépêche-toi !
Céline courait à sa suite en essayant désespérément de le raisonner, mais il ne l’écoutait plus. Ils arrivèrent en trombe devant l’aire des taxis.
Alors, Vic se sentit envahi par une immense détresse. Tout était bouché. Les routes, les voies d’accès, les parkings. Impossible de quitter les lieux, de s’enfuir. Il arracha le bébé de sa poussette, la laissa sur place et reprit sa course folle. Derrière lui, Céline n’en pouvait plus.
Ils atteignirent enfin un énorme bloc de béton qui délimitait l’arrière d’un parking souterrain. Là, Vic força Céline à s’accroupir. Ils étaient épuisés.
18 h 08. Soudain, la terre se mit à trembler.
La déflagration souffla les vitres avec une puissance phénoménale. Des éclats de verre parvinrent jusqu’à leurs pieds.
Partout on entendait des cris, des hurlements, des claquements de portières, des coups de klaxons. Le hall de l’aéroport sombrait dans un gigantesque nuage de poussière et d’étincelles.
Son fils serré contre lui, Vic redressa lentement la tête. À ses côtés, Céline restait prostrée. Le jeune homme lui caressa délicatement la joue et se mit à pleurer.
Ça lui arrivait.
Il comprit alors pourquoi il avait été mêlé à toute cette histoire.
Il avait toujours été comme Stéphane. Et aujourd’hui, les fiashes se réveillaient.
Un don. Une malédiction.
Je tiens à remercier les éditions Le Passage pour leur soutien.
Merci à Yann qui a su s’immerger dans le texte et m’accompagner sur l’anneau.
Ce n’était pas chose aisée avec cette histoire.
Retrouvez Franck Thilliez sur son site Internet : www. auteursdunord.com