Inutile résistance
La France a exercé une certaine résistance, avec ce qu’on a appelé un « militantisme anti- Wikipédia », mettant en doute la validité des sources. Un livre-choc a été par exemple écrit par cinq étudiants de Sciences-Po, sous la direction de Pierre Assouline, pour critiquer les conséquences des principes éditoriaux de l’Encyclopédie libre. Une information fantaisiste présentant Pierre Assouline comme champion de jeu de paume restera ainsi quelques semaines avant d’être contestée. Dans le même esprit, des actions en justice ont été intentées contre la Wikipedia Foundation, à la suite d’insertion d’informations sur la vie privée, informations fausses, mais les plaignants ont été déboutés par la justice le 29 octobre 2007, Wikipedia étant assimilé à un hébergeur, sans plus.
Le constat est simple : d’une part, un raz-de-marée d’informations. Gratuites. Et d’autre part, une question : qui, muni d’un ordinateur et d’Internet n’a jamais consulté Wikipédia ? Statistiquement personne.
Du côté rassurant : qui n’a pas été surpris par la qualité de tel ou tel article, de tel ou tel sujet ? Consultez l’article fromage … Très impressionnant et vivement déconseillé pour toute personne engagée dans un régime strict.
Du côté inquiétant : qui n’a pas été agacé par une information fausse sur un sujet qu’il connaît bien ? Consulter l’article Pierre Larousse, version 2013. Aucun doute, il est riche de mille bonnes informations. Et puis vient un passage sur le Nouveau Larousse illustré , « ouvrage prestigieux », « très recherché des collectionneurs » ayant « servi de modèle à la conception du Petit Larousse illustré », voilà qui sonne faux. L’ouvrage prestigieux, c’est le Grand Dictionnaire universel du XIX esiècle , pas si facile à dénicher avec ses deux Suppléments , pendant que le Nouveau Larousse illustré (1898–1907) fait partie des achats très accessibles conseillés aux apprentis-dicopathes, à l’orée d’une collection attachante. D’où vient par ailleurs l’idée de faire de ces 7 volumes un modèle du Petit Larousse illustré alors qu’il est tout droit issu du Nouveau Dictionnaire de la langue française en un volume ? Ce dernier-né en 1856, millésimé dès le départ, était déjà muni des célèbres locutions latines. Il serait illustré dans les années 1870 et aboutirait, bien avant la mise en route du Nouveau Larousse illustré au Dictionnaire complet illustré . Le modèle était là, avec ses légendaires pages roses gorgées de locutions latines, séparant l’univers des mots de la langue de celui des noms propres. Le Petit Larousse illustré n’est autre que le résultat très heureux d’une mue, en rien un abrégé du très gros.
Il faut l’avouer, devant la satisfaction éprouvée à obtenir des réponses sur des sujets dont on ignore tout, la prépondérance d’une réponse, quelle qu’elle soit, l’emporte sur la pertinence de la réponse que seul le spécialiste, celui-là même qui ne consultera pas l’article, peut évaluer. En somme qu’attend le lecteur sur un sujet qu’il interroge ? Une réponse immédiate, des éléments d’informations nombreux, des illustrations et des liens foisonnants. Cela, Wikipédia lui offre à profusion. Peu importe la véracité absolue que de toute façon il ne peut vérifier.
En définitive, la validité des informations n’est pas le sujet premier. C’est ici que s’insurgent les lexicographes professionnels, qui peuvent aussi se tromper mais ils y jouent leur place : leur maison d’édition a en effet pour mission de valider sans faille l’information en la vérifiant avec d’incontestables spécialistes. C’est pour cela que les Éditions Larousse, Le Robert, Hachette, Honoré Champion font référence, on peut les citer. Peut-on citer Wikipédia ? Pas encore. Peut-on s’en passer ? Pas vraiment… Peut-on lutter contre sa constante progression, qualitative et quantitative ? Assurément non, ce serait d’ailleurs stupide. Aux spécialistes d’aller corriger les scories. On ne résiste pas à « trois doubles v ».
En tête, www, pour le meilleur
Et voici d’ailleurs un bouquet de www à humer si on aime la langue française, en passant par le sésame de la triple lettre. L’ordre alphabétique, derrière les www fait d’ailleurs bien les choses : l’Académie française vient en tête. Pas d’explication, le grand sorcier www répondra à tout. À charge de dénicher d’autres fleurs. Les trois doubles v en forme de réceptacle incitent à la cueillette buissonnière :
www.academie-francaise.fr
www.atilf.fr
www.cilf.org
www.cnrtl.fr
www.crisco.unicaen.fr
www.culture.fr/franceterme
www.granddictionnaire.com
www.langue-fr.net
www.languefrancaise.net
www.lexilogos.com
www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/bdl.html
www.orthonet.sdv.fr
www.parmotsetparvaux.fr
www.u-cergy.fr/dictionnaires
www.wikipedia.org
www.wiktionary.org
En somme, c’est comme un long poème, sur le principe de l’anaphore, qui commencerait toujours par les mêmes trois lettres magiques…
www. Où m’emmènes-tu ?
www. Dans l’impromptu.
www. Comme fétu ?
www. Comme laitue ?
www. Ou revêtu.
www. Du plus pointu.
www. C’est selon, vois-tu.
À vous de continuer si le cœur vous en dit. Avec l’aide de www.dicodesrimes.com?
X . Nous la faisons sonner K dans excès ; Z , dans dixaine ; S , dans soixante ; GZ , dans exempt, CS , dans extrême ; des deux manières dans Xerxès ; et point du tout dans dixme.
Qu’on donne après cela des règles de prononciations infaillibles aux jeunes gens.
Charles Nodier, Examen critique des dictionnaires de langue française, Article X, 1828.
X […] Adj. CIN. Calque de l’américain X rated, où x désigne la croix qu’on trace pour barrer (angl. cross out ). Pornographique, dont la diffusion est soumise à des restrictions. […] IXER, verbe, cn. Classer comme X. Le premier réalisateur de dessins animés « ixés » . (L’Express, 19 janvier 1980, p. 37, col. 3).
Extrait de l’article X, Trésor de la langue française, 1971–1994.
Renouvelé du Xi, l’ X excitant la rixe.
Laisse derrière lui l’ Y grec jugé prolixe.
Chevalier de Piis (1755–1832).
ksiou xi[ksi], nom masculin invariable. Quatorzième lettre de l’alphabet grec, correspondant à l’ x français.
Petit Larousse illustré, 2014
Combien de lettres ?
Dès le premier dictionnaire monolingue, en 1680, la lettre X se montre fugace. « Cette lettre a quelquefois le son de l’ s & quelquefois elle a celui de la double S . Ainsi, on prononce Xaintonge comme si ce mot étoit écrit Saintonge . On prononce le mot Luxembourg , comme s’il étoit écrit Lussembourg . »
De quoi laisser perplexe au XXI esiècle. On n’écrit plus en effet Xaintonge et on prononce depuis bien longtemps « luksembourg ». Richelet poursuit. « Cette lettre prend, de fois à autre, le son du z , par éxemple, on écrit sixième , & on prononce sizième , etc. »
Ici, on approuve la prononciation mais on peut en revanche tiquer sur l’accent aigu porté au-dessus de l’initiale du mot exemple , accent fautif aujourd’hui. Si bien parti dans la description de cette lettre, on attend alors de Richelet de copieux commentaires. Las ! Richelet jette l’éponge ! Il n’ira pas plus loin : « Il y a », déclare-t-il « quelques mots François qui commencent par la lettre x , mais, comme la plupart sont des noms propres de Vile, je les passe, à cause que je n’ai pas entrepris de faire un Dictionnaire de Géographie. »
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