Une influence que l’enseignante tente constamment de minimiser. Sur Canal+, dans le reportage du « Supplément », elle dément ainsi être « un aiguillon pour lui ». « Pas du tout. Il sait faire, il n’a besoin de personne », répond-elle. Avant de se reprendre, et de désigner les collaborateurs autour de la table : « Si, il a besoin d’eux. » Mieux vaut ne froisser personne ! Aujourd’hui encore, elle assure qu’il n’écoute pas toujours les idées qu’elle lui donne. Sauf que, depuis vingt ans, elle est celle qu’il consulte constamment. « Il ne fait rien sans lui demander son avis. Du recrutement d’un collaborateur au choix d’un costume ou d’une coupe de cheveux [5] L’Obs , « Les Macron, mari, femme et associés », op. cit.
», analyse un proche. Et leur entourage se plaît à souligner le rapport intellectuel qui lie ce couple fusionnel, « en osmose ». On cite même Brigitte comme l’un des « maîtres à penser » d’Emmanuel Macron, au même titre que l’ont été le philosophe Paul Ricœur puis Michel Rocard… Un alter ego chez qui il trouve, finalement, autant d’écoute que d’exigence.
Car Brigitte est aussi la seule à pouvoir lui remettre les pendules à l’heure. Emmanuel Macron ne s’étant pas encore autoproclamé « maître des horloges », cela peut être utile. Surtout au sein d’une équipe où il suscite une admiration aussi enthousiaste – en atteste le nombre de collaborateurs de Bercy qui le suivront dans l’aventure En Marche !. « Elle est l’une des seules à lui dire quand il se plante. Ça le change des flatteurs qui lui serinent toute la journée qu’il est formidable [6] François-Xavier Bourmaud, Emmanuel Macron, le banquier qui voulait être roi , L’Archipel, 2016.
», résume crûment un proche. Il la malmène dans une réunion ? « Tu ne me parles pas comme ça ! », n’hésite-t-elle pas à lui opposer. Il compare, dans le Wall Street Journal , son ancien métier de banquier d’affaires à celui de prostituée, puisque « le boulot, c’est de séduire [7] « Hollande scelle son destin avec l’ex-banquier Macron », le 8 mars 2015.
» ? Son épouse ne se prive pas de le contredire. « Ce n’est pas très aimable pour les prostituées », lui lâche-t-elle, lors d’un dîner entre amis. Ces « échanges musclés », elle-même les revendique.
Au-delà du couple, les Macron forment donc une équipe dont on reconnaît l’unité au ministère… Mais aussi hors de ses murs. Le 2 juin 2015, Brigitte Macron a ainsi fait une première sortie publique extrêmement remarquée. Quelques semaines plus tôt, elle a annoncé son départ de Franklin. Et elle est libre de s’afficher au bras de son mari, délivrée du regard de ses élèves et de son « obligation » de discrétion. Un dîner d’État avec Felipe et Letizia d’Espagne est justement organisé à l’Élysée : ça tombe à pic. Robe noire courte et hauts talons pour elle, costume et mine ravie pour lui… Ce soir-là, le couple s’avance main dans la main et pose sur le perron du palais. Pour un premier cliché officiel, c’est royal ! Voire présidentiel, dans une France qui n’a plus de First Lady depuis un an et demi, et la fracassante éviction de Valérie Trierweiler. Un mois plus tard, les Macron remettent ça à la garden-party élyséenne du 14 Juillet où elle apparaît en robe, escarpins et sac Louis Vuitton. Un total look que certains trouveront « too much ». « On m’a appris à porter de belles robes quand je suis invitée », a-t-elle pour habitude de répliquer aux remarques sur ses choix vestimentaires.
Le 9 octobre, elle est aussi là pour voir Michel Rocard être élevé au rang de grand-croix de la Légion d’honneur. Le 21 novembre, elle est au bras de son mari pour rendre hommage place de la République aux victimes des attentats. En mars suivant, c’est au dîner d’État en l’honneur de Willem-Alexander et Máxima des Pays-Bas qu’elle fait sensation dans sa robe en dentelle blanche… Désormais, elle assiste à chaque événement officiel et agite la presse, qui raconte son histoire et analyse ses tenues. « Brigitte, l’autre Macron », titre L’Express dès le mois d’octobre 2015. Consacrant trois pages à son parcours ! Depuis sa deuxième année à Bercy, le ministre n’est donc plus la seule star de son couple… Éclipsé par une épouse à l’indéniable aura people.
S’y sont succédé une chanteuse et mannequin connue dans le monde entier, une journaliste connectée au Tout-Paris et une actrice régnant sur le septième art… Pourtant, à l’Élysée, c’est l’ère Brigitte Macron qui pourrait être la plus people. Car en trois ans, le carnet d’adresses de la prof de lettres s’est mué en Who’s Who du show-biz français. Et très vite, aucun carré VIP ne lui a plus été interdit. On la verra occuper le premier rang des défilés Louis Vuitton, copiner avec Michel Boujenah ou Pierre Arditi aux premières de théâtre… Surgir, même, sur l’Instagram très étoilé de Laeticia Hallyday ! Le 6 juillet 2016, l’épouse de Johnny poste en effet une photo inattendue : au centre, Line Renaud souffle ses quatre-vingt-huit bougies, entourée des Hallyday, du producteur Jean-Claude Camus, de l’icône Vanessa Paradis… Et, tout sourires entre Muriel Robin et Stéphane Bern, du couple Macron. Un cliché qui sera évidemment très commenté et repris par tous les sites d’info, y compris politiques. « Emmanuel Macron au milieu de stars à l’anniversaire de Line Renaud », titre celui de BFM. « Quand Emmanuel Macron fête l’anniversaire de Line Renaud avec Johnny Hallyday et Stéphane Bern », s’étonne RTL. Le ministre de l’Économie serait-il un people comme les autres ? Le mélange des genres fait en tout cas parler. Mais depuis des mois, le couple a tissé des liens avec nombre de célébrités, au fil des sorties culturelles orchestrées par Brigitte. Au terme de chaque spectacle, ils ne manquent désormais jamais de saluer les artistes. François Berléand ? Ils le rencontrent dans sa loge après une représentation de Momo . Chantal Ladesou ? C’est à la fin de Peau de vache . « Lui, on ne comprend pas ce qu’il raconte », se souviendra la comédienne dans « Les Grosses Têtes », en novembre 2016. « C’est un cours de l’ENA. Et elle, elle traduit. Elle vulgarise son propos. Ils font un bon tandem ! »
Avec Fabrice Luchini, le coup de cœur est d’abord virtuel. À l’automne 2014, Brigitte Macron emmène son mari voir au cinéma Gemma Bovery . Le verdict du ministre en fin de séance est enthousiaste : il a envie de rencontrer l’acteur. Quelques jours plus tard, l’enseignante invite donc l’ami de François Hollande à dîner à Bercy. « Quand il est entré dans le bureau, il a lancé son blouson et a dit : “Bon, ça va aller !”, raconte-t-elle. Il a commencé à parler de Furet et de Rimbaud avec Emmanuel. Comme s’ils étaient amis depuis longtemps [1] Anne Fulda, op. cit.
. » S’engage alors entre eux un vrai rituel : dès que possible, le comédien vient au ministère pour un déjeuner, et la lecture d’un grand texte. De quoi donner une idée à l’enseignante. Le tête-à-tête littéraire, c’est bien gentil, mais ce serait encore mieux de le partager avec ses classes ! Au printemps 2015, une centaine d’élèves de son lycée Franklin est donc conviée à Bercy, pour une rencontre avec Emmanuel Macron et Fabrice Luchini. Le procédé peut légèrement surprendre : on n’est ni au ministère de l’Éducation nationale, ni à celui de la Culture. Mais ce jour-là, tous semblent ravis. Un élève nous explique avoir vécu « un moment extraordinaire ». « Un immense souvenir, commente de son côté l’acteur. J’ai trouvé ça passionnant. On était interrogés sur Rimbaud, sur Nietzsche, sur Flaubert. J’ai trouvé cette femme complètement harmonisée, à sa place, dense, précise, une solidité intérieure. Elle a mené ça de main de maître [2] L’Obs , « Les Macron, mari, femme et associés », op. cit.
. » Preuve de son affection, il prêtera au couple sa maison de l’île de Ré à l’été 2016, le tout « entièrement gratos » comme il le précise sur tous les plateaux.
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