— PEUT-ÊTRE QUE NON. LE TEMPS S’ÉCOULE DIFFÉREMMENT, ICI. IL EST… PLUS PERSONNEL.
— Ah. Vous voulez dire qu’un siècle peut passer aussi vite que quelques secondes ?
— UN SIÈCLE PEUT PASSER AUSSI VITE QUE L’ÉTERNITÉ. »
Les yeux noirs sur fond noir fixaient d’un air implorant Frangin, qui tendit machinalement la main, sans réfléchir… puis hésita.
« C’ÉTAIT UN MEURTRIER, dit la Mort. ET UN GÉNÉRATEUR DE MEURTRIERS. UN TORTIONNAIRE. DÉNUÉ DE PASSION. CRUEL. SANS CŒUR. SANS PITIÉ.
— Oui, je sais. C’est Vorbis », dit Frangin. Vorbis transformait les gens. Parfois il les transformait en cadavres. Mais il les transformait toujours. C’était son titre de gloire.
Il soupira.
« Mais moi, je suis moi », fit-il.
Vorbis se mit debout, l’air incertain, et suivit Frangin dans le désert.
La Mort les regarda s’éloigner.
AINSI PREND FIN « LES PETITS DIEUX »,
TREIZIÈME LIVRE DES ANNALES DU DISQUE-MONDE
Ou, pour les pratiquants de l’omnianisme, le Pôle.
Du genre brodequins taille universelle à vis réglables.
Ou plutôt il aurait haussé les épaules. S’il avait été présent. Mais il ne l’était pas. Il ne pouvait donc pas les hausser.
Il faut quarante hommes aux pieds sur terre pour subvenir aux besoins d’un homme à la tête en l’air.
Au cas où ce masculin heurterait encore des sensibilités, le traducteur et l’éditeur recommandent vivement la lecture des douze premiers livres des Annales du Disque-monde.
Les mots sont le papier de tournesol de l’esprit. Si vous vous trouvez au pouvoir de quelqu’un qui emploie le mot «procédez» de sang-froid, sauvez-vous en vitesse. Mais s’il dit «introduisez», ne prenez même pas le temps de boucler vos bagages.
Pourvu qu’il ne soit ni pauvre, ni étranger, ni déclaré inapte pour cause de folie, de frivolité ou parce qu’il était une femme.
C’est-à-dire avant que les habitants laissent les chèvres brouter partout. Rien de tel qu’une chèvre pour produire un désert.
Mais trop espacés.
Comme beaucoup de penseurs antiques, les Ephébiens tenaient le cœur pour le siège de la pensée et le cerveau pour un simple système de refroidissement du sang.
Le peuple de Fissa Benj ne disposait d’aucun mot pour «guerre», vu qu’il n’avait personne contre qui se battre et que la vie était bien assez dure comme ça. P’tang-p’tang avait donné l’explication suivante: «Tu te souviens quand Pacha Moj a cogné sur son oncle avec un gros caillou? C’est pareil, mais encore pire.»