Robert Wilson - Blind Lake

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Blind Lake: краткое содержание, описание и аннотация

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Utilisant une technologie quantique qu’ils ne comprennent pas totalement, les scientifiques des complexes de Crossbank et Blind Lake observent des planètes extraterrestres distantes de la Terre de plusieurs dizaines d’années-lumière. À Blind Lake, Minnesota, Marguerite Hauser s’intéresse tout particulièrement à un extraterrestre qu’elle appelle « le Sujet », mais que tout le monde surnomme « le homard », à cause de sa morphologie. Et voilà qu’un jour, personne ne sait pourquoi, le Sujet entreprend un pèlerinage qui pourrait bien lui être fatal. Au même moment, l’armée américaine boucle Blind Lake et instaure une quarantaine qui tourne à la tragédie quand un couple qui tentait de s’échapper en voiture est massacré par des drones de combat. Que se passe-t-il à Blind Lake ?

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Ils atteignirent la clinique de Blind Lake vingt minutes plus tard. Chris gara la voiture à l’abri d’un surplomb en béton, les roues côté passager sur le trottoir. Élaine Coster vint à leur rencontre dans l’entrée. Sébastian Vogel était là aussi, affalé sur une chaise, la tête entre les mains.

Élaine dévisagea Marguerite d’un regard intense. « Sue veut vous voir.

— Moi ?

— Sa blessure est plus ou moins superficielle. On lui a fait des points de suture et on l’a mise sous sédatifs. L’infirmière dit qu’elle devrait dormir, mais elle avait les yeux grands ouverts il y a tout juste quelques minutes, et quand je lui ai appris que vous veniez, Chris et vous, elle m’a dit : Je veux parler à Marguerite. »

Oh mon Dieu, songea Marguerite. « Si elle ne dort toujours pas, je suppose que…

— Je vous montre le chemin. »

Chris promit de veiller sur Tess qui, l’air endormie, s’intéressait plus ou moins aux jouets de la salle d’attente.

« Entrez, chérie, dit Sue. Je suis trop faible pour mordre. »

Marguerite se faufila à l’intérieur.

La chambre de Sue se trouvait tout près de celle où Adam Sandoval – l’homme tombé sur Blind Lake à bord d’un avion endommagé – reposait dans le coma. Sue n’était certes pas dans le même état, mais elle semblait terriblement faible. À demi allongée, une perfusion dans la saignée du bras, elle avait le visage blême et l’air bien plus vieille que ses quarante et quelques années. Elle réussit pourtant à sourire. « Promis, ce n’est pas aussi vilain que ça en a l’air. J’ai perdu du sang, mais le couteau n’a rien coupé de plus important que ce que le Dr Goldhar appelle du tissu adipeux. De la graisse, autrement dit. J’imagine que cela m’a sauvée d’avoir mangé autant de desserts dans ma vie. Comme dans les films où le type se serait pris une balle en plein cœur sans la bible dans sa poche. Il y a une chaise près du lit, Marguerite. Vous ne voulez pas vous asseoir ? Ça me fatigue de vous voir rester debout. »

Docile, Marguerite s’assit. « Vous devez beaucoup souffrir.

— Plus maintenant. Ils m’ont gavée de morphine. Ou de quelque chose dans le genre. L’infirmière dit qu’en général ça fait dormir les gens, mais que je fais une réaction idiosyncrasique. Ce qui signifie, je pense, que ça me donne envie de discuter. Vous ne croyez pas que c’est ce que ressentent les drogués ? Les bons jours ?

— Peut-être au début.

— Ça ne va pas durer, vous voulez dire. Vous avez sûrement raison. Ça me donne l’impression d’un château de cartes, de quelque chose qui ne peut durer éternellement. L’euphorie a un coût. Et je veux en profiter tant qu’elle dure. »

Cela pourrait se terminer n’importe quand, pensa Marguerite. « Comment vous dire à quel point je suis désolée ?

— Merci, mais inutile. Vraiment, j’apprécie que Chris et vous soyez venus malgré ce temps horrible.

— Quand j’ai appris que c’était Ray… que c’était lui qui vous avait blessée…

— Eh bien ?

— Je vous dois une excuse.

— Voilà ce que je craignais de vous entendre dire. Et pourquoi je voulais vous parler. » Elle fronça les sourcils, ce qui rendit son visage encore plus blafard. « Je ne vous connais pas beaucoup, Marguerite, mais on s’entend bien, non ?

— Je crois.

— Assez pour parler un peu de vie privée ? » Elle n’attendit pas la réponse. « J’ai l’impression d’avoir plus d’expérience que vous avec les hommes. Pas forcément une expérience positive, mais une expérience plus importante. Je ne dis pas que je sois une traînée ni vous une vierge, juste que vous et moi ne nous situons pas au même point sur la courbe de distribution, si vous voyez ce que je veux dire… Désolée, les médicaments me tournent un peu la tête. Un peu de patience. J’ai appris, entre autres choses, qu’on ne pouvait pas assumer la responsabilité des actes d’un homme. Surtout d’un connard qu’on a déjà foutu dehors. Alors je vous en prie, ne vous excusez pas de sa part. Ce n’est pas un pit-bull que vous auriez mieux dû tenir en laisse. Il est responsable à cent pour cent de la manière dont il s’est comporté pendant votre mariage. Et il l’est tout autant de ça. »

Elle montra le bandage qui soulevait le léger drap de la clinique.

Marguerite dit : « J’aurais aimé avoir pu faire quelque chose pour l’en empêcher.

— Moi aussi. Mais vous ne pouviez pas.

— Je n’arrête pas de me dire…

— Non, Marguerite. Non. Vraiment. Vous ne pouviez pas. »

Peut-être pas. Mais elle n’avait cessé de sous-estimer la folie de Ray. Elle avait sauté au-dessus de ce crotale cent fois, mille fois, sans autre protection que son innocence sans cervelle.

Elle aurait pu se faire tuer. Cela avait failli arriver à Sue.

« Eh bien… puis-je dire que je suis désolée que vous ayez été blessée ?

— Vous l’avez déjà dit. Et merci. Je veux parler à Chris, maintenant, mais, vous savez quoi, je commence peut-être bien à avoir sommeil, là. » Ses paupières se mirent en berne. « Je me sens soudain toute chaude et un peu… comment dire… oraculaire.

— Oraculaire ?

— Comme l’oracle de Delphes. La sagesse pour un sou, si je parviens à rester réveillée assez longtemps pour la dispenser. Je me sens très sage et j’ai l’impression que tout finira par aller bien. Ça doit être la morphine. Mais Chris est un type bien. Vous vous en sortirez bien avec lui. Il fait beaucoup d’efforts, que cela se voie ou non. Il a juste besoin d’une raison de ne plus se mépriser. Il a besoin de votre confiance, et de se montrer à la hauteur de cette confiance… mais cela repose en partie sur lui. »

Marguerite la regarda sans répondre.

« Maintenant », dit Sue, d’une pâleur spectaculaire sur le drap blanc cassé, « je crois qu’il faut vraiment que je dorme. »

Elle ferma les yeux.

Marguerite resta tranquillement assise tandis que la respiration de Sue se stabilisait. Puis elle sortit sur la pointe des pieds dans le couloir et referma la porte derrière elle.

Sue l’avait surprise, ce soir. Ray aussi, d’une manière bien plus terrifiante. Et si je n’arrive pas à comprendre ces gens-là, se dit-elle, comment puis-je même prétendre comprendre le Sujet ? Peut-être Ray avait-il eu raison sur ce point. Tous ses grands discours sur les récits : absurde, ridicule, rêve puéril.

Son serveur trilla dans sa poche : un message prioritaire expédié par l’Œil. Marguerite pressa la touche RÉPONSE en s’attendant à d’autres mauvaises nouvelles.

Il s’agissait d’un message textuel, une alerte des gens d’Acquisition de Données qui disait : Trouvez un écran le plus vite possible.

« À ce que je comprends, confia Sébastian Vogel à Chris, la blessure est moins grave qu’elle en avait l’air. En toute franchise, j’ai cru Sue en danger de mort. Mais pendant que je la conduisais ici, elle n’a presque pas arrêté de parler. »

Chris trouva que Sébastian avait l’air fragile, avec son corps rond serré dans la mesquine circonférence d’une chaise de salle d’attente. L’air quant à elle renfrognée, Élaine Coster restait assise à l’autre bout de la réception, tandis que Tess jouait sans conviction avec les jouets de la salle d’attente, destinés à des enfants bien plus jeunes qu’elle. Elle fit parcourir des montagnes russes en fil de fer à un train de perles de couleur. Les perles claquaient les unes contre les autres quand d’un pic elles glissaient dans une vallée.

« Elle tenait absolument à parler de mon livre, dit Sébastian. Vous imaginez ça ? Vu ce qu’elle souffrait ?

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