Il avait eu l’impression de recevoir une balle en plein cœur.
— Que la paix soit avec vous tous ! avait lancé le pape.
— Que la paix soit avec nous ! avait répondu l’assistance.
Jamais Ávila n’avait connu ça, la sensation d’être au milieu d’une mer de bonté et de bienveillance. Il avait scruté les regards des paroissiens et n’y avait trouvé nulle trace de fanatisme. Juste de l’espoir, de l’optimisme, et un amour vrai pour l’œuvre de Dieu… et c’était tout cela qui lui avait manqué.
Depuis ce jour, avec l’aide de Marco et de son nouveau groupe d’amis, Ávila avait entrepris sa longue remontée des abysses du désespoir. Il avait recommencé à entretenir son corps, à manger sainement et, plus important que tout, il avait retrouvé la foi.
Au bout de quelques mois, quand il fut totalement rétabli, Marco avait offert à Ávila une bible reliée de cuir où plusieurs passages étaient signalés.
ROMAINS 13 :4
Car ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée,
Étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance
et punir celui qui fait le mal.
PSAUMES 94 :1
Dieu des vengeances, Seigneur, Dieu des vengeances
Parais dans toute Ta splendeur !
2 TIMOTHÉE 2 :3
Souffre avec moi
Comme un bon soldat de Jésus-Christ.
— N’oubliez jamais, lui avait dit Marco avec un sourire, quand le mal apparaît dans le monde, Dieu œuvre en chacun de nous pour exercer Sa volonté sur terre. Le pardon n’est pas la seule voie du salut.

ConspiracyNet.com
FLASH SPÉCIAL
QUI QUE TU SOIS, DIS-NOUS-EN DAVANTAGE !
Ce soir, la sentinelle monte@iglesia.orga fourni à ConspiracyNet.com des informations capitales.
Mille fois merci !
Parce que les infos de « Monte » se sont révélées pour l’instant exceptionnellement fiables nous nous permettons de lui faire cette humble requête :
Monte, qui que tu sois, si tu as le moindre renseignement sur le contenu de la présentation avortée d’Edmond Kirsch — dis-le-nous !
#DoùVenonsNous
#OùAllonsNous
Merci
De la part de toute l’équipe ConspiracyNet.com
À mesure qu’il explorait les dernières sections de la bibliothèque, l’espoir de Langdon fondait comme neige au soleil. Au-dehors, les sirènes hurlantes de la police s’étaient brusquement éteintes au pied de la Casa Milà. Par les minuscules fenêtres, Langdon apercevait le clignotement des gyrophares.
Il leur fallait ce code !
Malheureusement, il n’avait encore trouvé aucun recueil de poésie.
Les rayonnages ici étaient plus profonds et contenaient des livres grand format. Les titres illustraient la passion d’Edmond pour l’art contemporain
SERRA… KOONs… HIRST… BRUGUERA… BASQUIAT… BANKSY… ABRAMOVIC…
Puis la collection laissait place à une série de livres plus petits.
De la poésie ?
Non. Fausse alerte.
Il s’agissait de critiques ou d’essais sur l’art abstrait. Langdon reconnut quelques titres qu’Edmond lui avait envoyés pour son édification :
WHAT ARE YOU LOOKING AT ?
WHY YOUR FIVE-YEAR-OLD COULD NOT HAVE DONE THAT*
HOW TO SURVIVE MODERN ART ?
Moi aussi, je veux survivre. Il passa sous une autre arche et explora la section suivante.
Encore des livres d’art… Au premier coup d’œil, il s’aperçut que cette partie était consacrée à une période plus ancienne.
Au moins, nous remontons dans le temps, vers une esthétique que je comprends.
Des biographies, des catalogues raisonnés concernant des peintres impressionnistes, cubistes, surréalistes qui avaient surpris leurs contemporains entre 1870 et 1960.
VAN GOGH… SEURAT… PICASSO… MUNCH… MATISSE… MAGRITTE… KLIMT… KANDINSKY… JOHNS… HOCKNEY… GAUGUIN… DUCHAMP… DEGAS… CHAGALL… CÉZANNE… CASSATT… BRAQUE… ARP… ALBERS…
Il ne restait qu’une arche à passer. Langdon se retrouva devant la dernière section de la bibliothèque.
Et en terrain connu :
VERMEER… VELÁSQUEZ… TITIEN… LE TINTORET… RUBENS… REMBRANDT… RAPHAËL… POUSSIN… MICHEL-ANGE… LIPPI… GOYA… GIOTTO… GHIRLANDAIO… LE GRECO… DÜRER… DE VINCI… COROT… LE CARAVAGE… BOTTICELLI… BOSCH…
Pour clore cette dernière partie, tel un point d’orgue, se dressait une grande vitrine. Langdon colla son nez à la vitre. À l’intérieur, il y avait une sorte de coffret en cuir — une boîte qui renfermait un livre ancien. Les caractères gravés sur le couvercle étaient à peine lisibles, mais Langdon parvint à les déchiffrer.
Seigneur, ça valait une fortune ! Les éditions anciennes de cet artiste étaient très rares. Voilà pourquoi celle-ci était protégée derrière cet écrin de verre.
Il n’était pas surpris que son ami ait craqué. Il lui avait dit un jour que cet artiste britannique était à ses yeux « le seul pré-romantique ayant de l’imagination ». Si Langdon pouvait lui fournir dix autres exemples, il comprenait néanmoins son affection particulière. Ils étaient tous les deux taillés dans la même étoffe.
Langdon s’accroupit pour observer de plus près l’inscription dorée.
Les Œuvres complètes de William Blake.
William Blake. Le Edmond Kirsch de la fin du XVIII e siècle, songea Langdon.
En son temps, Blake avait été un électron libre, un génie dont les dessins et peintures étaient si étranges et novateurs que certains prétendaient qu’il entrevoyait l’avenir. Ses illustrations, lardées de symboles, montraient des anges, des démons, des créatures mythologiques, et toutes sortes de divinités qu’il avait vues en hallucinations.
Et comme Kirsch, Blake aimait défier l’Église.
Langdon se redressa d’un coup.
Blake !
Voir cet illustrateur au milieu de tant d’autres artistes peintres lui avait fait oublier une caractéristique cruciale de ce génie.
Blake était poète !
Son pouls s’accéléra. Les poésies de William Blake abordaient des thèmes si révolutionnaires pour l’époque qu’elles rencontraient forcément un écho particulier chez Edmond. Certains de ses pamphlets célèbres, que l’on trouve dans ses œuvres « sataniques » comme Le Mariage du Ciel et de l’Enfer , auraient pu être écrits par Kirsch lui-même.
TOUTES LES RELIGIONS SONT UNE
IL N’Y A PAS DE RELIGION NATURELLE
Edmond avait dit à Ambra que le vers était une « prophétie ». Quel autre poète pouvait être considéré comme le maître de la prophétie ? À la fin du XVIII e siècle, Blake avait écrit deux poèmes sombres et inquiétants :
AMÉRIQUE : UNE PROPHÉTIE
EUROPE : UNE PROPHÉTIE
Langdon avait ces deux œuvres chez lui, des fac-similés des poèmes manuscrits accompagnés d’illustrations.
Il contempla le coffret de cuir dans la vitrine.
Les premières éditions des « prophéties » de Blake devaient être des versions grand format enluminées…
Le vers qu’ils cherchaient se trouvait là, à portée de main. Leur sésame de quarante-sept caractères ! Restait à espérer qu’Edmond aurait d’une manière ou d’une autre marqué la page.
Il tenta d’ouvrir la porte.
Fermée à clé. Évidemment.
Il jeta un œil vers l’escalier. Que faire ? Foncer là-haut, et demander à Winston de chercher pour lui dans les poèmes de Blake ? Il entendit le rotor d’un hélicoptère. Des voix résonnaient sur le palier.
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