Halter,Marek - Marie

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Marie: краткое содержание, описание и аннотация

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Après un bref instant d’hésitation chacun s’activa selon les ordres de Miryem. Lançant des imprécations, Gueouél disparut dans la maison.

La vieille femme fut plongée dans un baquet d’eau chaude, dans la cuisine du quartier des femmes. Miryem ne cessait de lui frotter la gorge et les joues avec du vinaigre allongé de camphre. Cependant tous commençaient à douter car, en vérité, la vieille femme ne montrait plus aucun signe de vie.

Au milieu du jour, Joseph fut de retour. Prévenu, il accourut. Après que Miryem lui eut expliqué ce qu’elle avait fait, il souleva les paupières de la femme et chercha les pulsations du sang dans le cou.

Il lui fallut un peu de temps pour les trouver. Il se releva en souriant.

— Elle vit. Tu as raison, elle vit. Mais à présent il faut plus d’eau chaude et lui faire boire quelque chose qui pourrait aussi bien la tuer que la réveiller.

Il disparut dans la maison et revint avec une potion huileuse et noire, à base de racines de gingembre et de différents venins de serpent.

Avec beaucoup de précautions, il en fit couler quelques gouttes dans la bouche édentée de la vieille.

Il fallut attendre jusqu’à la nuit, renouveler constamment l’eau brûlante du bain pour qu’enfin on l’entendît distinctement pousser un râle.

Les servantes comme ceux qui avaient transporté la blessée reculèrent, plus de terreur que de joie. Ils avaient bien voulu croire qu’elle était vivante alors qu’elle avait l’apparence d’une morte. Maintenant qu’ils avaient la preuve qu’elle était en vie, ils en étaient épouvantés. L’un d’eux cria :

— C’est un miracle !

Des servantes se mirent à pleurer, d’autres hurlèrent :

— C’est un miracle ! Un miracle.

Ils acclamèrent le Tout-Puissant, se précipitèrent dehors, s’égosillant pour annoncer le miracle.

Joseph, agacé autant qu’amusé, regarda Miryem.

— Voilà qui va plaire à Gueouél. Dans un moment, tout le village sera devant la porte à crier au miracle. Il serait étonnant que l’un d’eux n’improvise pas une prophétie.

Miryem ne parut pas l’entendre. Elle tenait les mains de la vieille, la considérant avec attention. Maintenant, sous ses paupières fripées on voyait ses yeux bouger. De sa gorge provenait le ronflement saccadé de sa respiration.

Miryem chercha les yeux de Joseph.

— Gueouél a raison. Il ne s’agit pas d’un miracle. C’est ton savoir et ta potion qui lui ont rendu la vie, n’est-ce pas ?

15.

La prévision de Joseph s’accomplit.

Il ne fallut guère de temps avant que le chemin de la maison de Beth Zabdaï ne s’emplisse d’une foule bigarrée marmonnant des prières du matin au soir. Parmi eux, quelques hommes dépenaillés chantaient et criaient plus fort que les autres. Sans une hésitation, ils se désignaient comme les prophètes des temps à venir. Certains se livraient aux pires excentricités, assurant qu’ils allaient accomplir de nouveaux miracles. D’autres haranguaient l’assemblée avec des descriptions de l’enfer si terribles et si précises qu’on eût cru qu’ils en revenaient. D’autres encore excitaient les malades en assurant que la main de Dieu s’était posée sur les esséniens et que ceux-ci détenaient désormais le pouvoir fabuleux de redonner vie aux morts, aussi bien qu’ils effaçaient les plaies et anéantissaient les douleurs.

Furieux devant ce chaos grandissant, les frères choisirent de préserver leurs prières et leurs études. Ils fermèrent hermétiquement les portes, cessèrent d’accueillir les malades. En désaccord avec cette décision, mais embarrassé d’être à l’origine de ce désordre, Joseph ne s’y opposa pas. Il laissa Gueouél se charger de cette clôture intempestive de la maison.

Lorsque Ruth l’apprit à Miryem, celle-ci se contenta d’une moue indifférente. Seuls l’intéressaient les soins qu’elle prodiguait à la vieille femme. Chaque jour marquait un progrès. Celle qui avait paru si longtemps à bout de souffle respirait mieux. Elle se nourrissait et la conscience lui revenait doucement.

Discret, Joseph d’Arimathie venait l’ausculter chaque jour. Ses visites ressemblaient à un rituel. Tout d’abord, il observait la vieille femme en silence. Puis il inclinait la tête et, à travers un linge, écoutait les bruits de sa poitrine. Il voulait alors savoir ce qu’elle avait bu, mangé et tout autant ce qu’elle avait évacué. Enfin, il priait Miryem de lui palper les membres, le bassin et les côtes. Il surveillait les réactions de douleur sur le visage de la convalescente tout en guidant les doigts de Miryem. Ainsi, il lui apprenait à reconnaître, sous les chairs, les os, les muscles et leurs éventuelles brisures et contusions.

Cinq jours après que, grâce à lui, se fut desserrée l’emprise de la mort, il déclara :

— Il est trop tôt pour savoir si les os de son dos et de ses hanches sont intacts et si elle pourra remarcher. Néanmoins, je doute qu’ils soient atteints. Pour l’instant, si tes doigts disent juste, elle n’a qu’une côte cassée. Cela lui fera mal longtemps, mais elle le supportera. Le pire, c’est lorsque les os de la poitrine se brisent et déchirent les poumons. Alors, nous ne pouvons rien faire, sinon assister à une effroyable agonie.

Miryem lui demanda comment il pouvait être certain que ce n’était pas le cas de cette femme. Joseph secoua la tête en grimaçant.

— Quand cela arrive, tu n’as aucun doute ! Respirer est un supplice. Il se forme sur les lèvres des bulles teintées de sang. À l’expiration comme à l’inspiration, la poitrine produit un grondement pareil à celui d’un orage diluvien !

— Mais alors, si elle n’a rien de cassé, s’étonna Miryem, pourquoi cette femme était-elle comme morte ?

— Parce qu’elle a manqué d’air sous les décombres qui l’enterraient. Dans l’effort qu’elle a fait pour survivre, son cœur a faibli. Il n’a pas vraiment cessé de battre, mais ses pulsations étaient ralenties, ne la maintenant en vie que grâce à un tout petit flux de sang. Car c’est d’abord cela, la vie : un cœur qui bat et puise le sang dans tout le corps.

— Donc, avec tes potions, tu as redonné force à son cœur ?

Joseph opina avec un air de satisfaction.

— Rien d’autre. Juste un coup de pouce à la volonté de Dieu. Certes, Lui décide, mais ainsi va notre Alliance depuis Abraham : nous pouvons accomplir notre part de travail afin de soutenir la vie sur cette terre.

Ses propos contenaient un brin d’ironie, car Joseph ne voulait surtout pas paraître présomptueux. Cependant, Miryem savait qu’il était sincère. L’homme ne naissait pas au monde ainsi qu’une pierre qu’on lâche au-dessus d’un puits. Il tenait son destin entre ses mains.

Ils se turent un instant, observant la vieille femme. Ride après ride, comme s’accumulent dans les troncs des arbres les cercles indélébiles des saisons, s’offrait le visage de toute une existence. On y devinait encore l’ancienne beauté de la jeune fille, l’innocence qui avait façonné ses traits avant que la maturité, les enfants, les joies et les peines ne les figent. Aujourd’hui, la longue usure des épreuves et du labeur les rongeait, les dissolvant dans le masque chaotique de la vieillesse. Pourtant ce visage célébrait la vie, la puissance de la vie, et tout le désir que les humains en avaient.

Rompant le silence, malgré l’épaisseur des murs, parvinrent les cris de l’un ou l’autre des « prophètes » qui sermonnaient la foule des nouveaux venus. Parmi les vociférations aux intonations menaçantes, ils distinguèrent les mots « promesses, foudre, grand enlèvement, sauveur, de glace, du feu ». L’homme les hurlait tour à tour en araméen, en hébreu, en grec.

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