Halter,Marek - Marie

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Marie: краткое содержание, описание и аннотация

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— Si je le fais moi-même, ce sera pire, déclara-t-elle en tendant les cheveux coupés à Ruth.

Et comme Ruth poussait un cri d’horreur, elle se moqua avec beaucoup de gaieté.

Et c’est ainsi qu’elle reparut aux yeux de tous dès le lendemain : les cheveux si courts qu’elle en était méconnaissable. Cela lui faisait une étrange tête de garçon et de fille en même temps. Son regard en était encore plus présent, plus vif. Ses pommettes et le nez marqués possédaient une virilité que démentait sa bouche, ourlée de la tendresse et du sourire d’une femme. Comme elle serrait sa tunique autour de sa taille à la manière des hommes, voilant sa poitrine sous un court cafetan, l’illusion était troublante.

Joseph ne la reconnut pas immédiatement. Il leva les sourcils tandis que Gueouél les fronçait. Ce fut à lui que Miryem s’adressa, rompant la règle qui voulait qu’une femme ne prenne pas la parole la première.

— J’espère ne plus jamais t’imposer ma corruption de femme, frère Gueouél. Nul ne peut défaire ce que le Tout-Puissant a fait. Femme je suis née, femme je mourrai. Mais le temps de ma présence ici, je peux gommer l’apparence de ma féminité pour que ton regard ne souffre plus de corruption.

Elle dit cela avec un sourire dénué de la moindre ironie.

Il y eut un temps de silence. Le rire de Joseph, bientôt rejoint par celui des autres frères présents, résonna si fort dans la cour que même les malades qui souffraient s’en amusèrent.

*

* *

Durant des semaines, puis des mois, il n’y eut plus d’autres incidents. Frères, servantes, malades, tous s’habituèrent au visage de Miryem.

Il n’était guère de jour sans qu’elle apprenne à mieux soigner et à mieux soulager les douleurs, même s’il existait quantité de maladies dont la guérison demeurait, même pour Joseph, une énigme.

De temps à autre, et toujours brièvement, profitant de la discrétion d’un moment, d’une rare intimité, il échangeait quelques phrases avec elle.

Une fois, il lui dit :

— Chacun de nous doit lutter contre les démons qui s’acharnent à le détourner du chemin qui l’attend. Certains portent beaucoup de ces démons agrippés en cachette à leur tunique. Ils ont peu de chance de leur échapper. Certains thérapeutes pensent que les maladies que nous ne sommes pas capables de comprendre ni de guérir sont leur œuvre. Je ne le crois pas. Pour moi, les démons sont une engeance bien visible. Et quand je te vois, fille de Joachim, je sais que tu ne luttes que contre un seul démon, mais très puissant. Celui de la colère.

Il dit cela de son habituel ton calme, persuasif. La bienveillance animait son regard.

Miryem ne répondit pas, elle hocha simplement la tête en signe d’assentiment.

— Nous avons de nombreuses raisons d’éprouver de la colère, reprit Joseph. Plus que nous ne pouvons en supporter. C’est pourquoi la colère ne peut rien engendrer de bon. A la longue, elle agit comme un venin : elle nous empêche d’accueillir l’aide de Yhwh.

Une autre fois, il déclara en riant :

— J’ai appris que les servantes de la maison ne pensent qu’à t’imiter. Gueouél s’inquiète et se demande si, un matin, on va toutes vous trouver avec des cheveux courts. Je lui ai répondu qu’il risquait plutôt de se réveiller un beau matin sans une seule servante dans la maison, car tu les aurais emmenées loin d’ici afin de fonder une maison de femmes…

Miryem rit avec lui. Joseph passa sa paume sur son crâne chauve. Toute son attitude exprimait qu’il plaisantait tout en étant profondément sérieux.

— Ce ne serait pas impossible, tu en sais déjà beaucoup.

— Non, j’ai encore trop à apprendre, répliqua Miryem avec la même expression à la fois sereine et sévère. Et ce n’est pas une maison de femmes qu’il faudrait ouvrir, mais une maison pour tous. Femmes ou hommes, am-ha-aretz ou sadducéens, riches, pauvres, Galiléens, Samaritains, Juifs et ceux qui ne le sont pas. Une maison où l’on s’unisse comme la vie nous unit et nous mêle. Et non des murs derrière lesquels on se retranche des autres.

Joseph ne répondit pas, interloqué et pensif.

*

* *

Les premières pluies d’hiver firent tomber les feuilles des arbres, rendant les chemins impraticables. Il y eut moins de malades. L’air sentait le feu des foyers. Les frères se mirent à arpenter la campagne autour de la maison, car c’était l’un des meilleurs moments pour récolter les herbes nécessaires aux onguents, pommades et breuvages. Miryem prit l’habitude de les suivre à distance pour repérer leur cueillette.

Un matin, Joseph la trouva qui attendait au bord d’un chemin, assise sur une roche. Comme il était en avance sur les autres, elle lui confia :

— Sais-tu qu’Abdias vient souvent me visiter ? Pas en rêve, mais de jour et quand j’ai les yeux bien ouverts. Il me parle, il est heureux de me voir. Et moi plus encore.

Elle rit et ajouta :

— Je l’appelle mon petit époux !

Joseph fronça les sourcils, demanda d’une voix encore plus douce que d’ordinaire :

— Et que te dit-il ?

Miryem posa un doigt sur ses lèvres et secoua la tête.

— Crois-tu que je sois folle ? demanda-t-elle, amusée par l’inquiétude qu’elle devinait chez Joseph. Ruth, elle, en est convaincue !

Joseph n’eut pas la possibilité de répondre : les frères les rejoignaient et les observaient avec insistance.

Par la suite, Joseph ne se montra jamais curieux de ces visites d’Abdias. Peut-être attendait-il, selon sa manière, que Miryem elle-même lui en reparle. Elle ne le fit pas. Pas plus qu’elle ne répondait à Ruth qui, de temps à autre, un peu moqueuse, ne pouvait retenir sa langue et lui demandait des nouvelles de son am-ha-aretz.

*

* *

Il neigeait quand, un matin, un groupe de personnes arriva à la maison en braillant. Elles transportaient une très vieille femme. Le toit de sa maison, miné par l’humidité, s’était écroulé sur elle.

Joseph était dehors, cueillant des herbes malgré le mauvais temps, et c’est Gueouél qui se présenta dans la cour pour ausculter la femme. Miryem était déjà penchée sur elle.

Devinant Gueouél dans son dos, elle s’écarta vivement. Gueouél examina le visage de la femme, les plaies nombreuses mais peu profondes de ses jambes et de ses mains.

Au bout d’un moment, il se redressa et déclara que la femme était morte et qu’il n’y avait plus rien à faire. Le cri de Miryem le fit sursauter.

— Non ! Bien sûr que non ! Elle n’est pas morte ! Gueouél la foudroya du regard.

— Elle n’est pas morte, insista Miryem.

— Le saurais-tu mieux moi ?

— Je sens son souffle ! Le sang passe dans son cœur ! Son corps est chaud.

Gueouél fit un grand effort pour contrôler sa rage. Il prit les mains de la vieille et les croisa sur sa tunique déchirée et couverte de poussière. Il se tourna vers ceux qui les entouraient et leur dit :

— Cette femme est morte. Vous pouvez préparer sa sépulture.

— Non !

Cette fois, Miryem le bouscula sans ménagement. Elle plongea un linge dans un broc de vinaigre et commença à frotter les joues de la vieille.

— Ah ! ricana Gueouél, tu tiens absolument à ton miracle !

Ne lui accordant aucune attention, Miryem réclama davantage de linges pour laver le corps de la vieille, demanda que l’on fasse chauffer de l’eau pour un bain.

— Ne vois-tu pas que Yhwh lui a retiré la vie ? Ce que tu fais sur le corps d’une morte est sacrilège ! s’indigna Gueouél. Et vous tous qui l’aidez, vous aussi êtes sacrilèges !

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