Halter,Marek - Marie
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- Название:Marie
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- Издательство:Alexandriz
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- Год:2006
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— Il faut vite le faire entrer.
— Et comment ? Les frères ne vont certainement pas lui ouvrir la porte ! Si seulement on pouvait sortir de la maison…
Mais Miryem se précipitait déjà dans la cour principale. Elle tempêta si bien devant les portiers que Gueouél apparut. Il refusa tout net l’ouverture des huis.
— Tu ne sais pas ce que tu dis, fille ! Entrouvre cette porte et le flot de la folie nous submergera !
La dispute devint si véhémente qu’un frère courut chercher Joseph.
— Rekab est de l’autre côté ! s’écria Miryem pour seule explication.
Joseph comprit sur-le-champ.
— Il n’est sûrement pas venu pour rien. On ne peut le laisser dans ce froid et cette pluie.
— Ils sont des centaines là, derrière, dans le froid et la pluie, et ça ne les décourage pas pour autant, protesta aigrement Gueouél. Les malades s’en trouvent même mieux, à ce qu’il paraît. Voilà peut-être le vrai miracle !
— Cela suffit, Gueouél ! gronda Joseph avec une autorité inhabituelle.
L’effet en fut d’autant plus saisissant. Chacun, transi, le visage ruisselant, se figea en les observant, pareils à deux fauves prêts à s’écharper.
— Nous nous terrons ici comme des rats, reprit Joseph d’une voix coupante. Telle n’est pas la vocation de cette maison. Cette clôture n’a pas de sens. Ou, si elle en possède un, il est mauvais. Ne nous sommes-nous pas réunis en communauté pour trouver la voie du Bien et apaiser la souffrance de ce monde ? Ne sommes-nous pas des thérapeutes ?
Ses joues vibraient sous la colère. Son visage rougissait jusqu’au sommet de son crâne chauve. Avant que Gueouél ou un autre frère ne riposte, il pointa l’index vers les portiers. L’ordre claqua, sans réplique :
— Ouvrez cette porte. Ouvrez-la en grand.
Dès que les gonds grincèrent, le brouhaha qui régnait de l’autre côté cessa. Il y eut un instant de stupeur. Les pieds dans la boue, le visage creusé par la fatigue, ceux qui attendaient depuis des jours se figèrent, semblables à un rassemblement de statues de glaise, ruisselantes et aux expressions ahuries.
Puis un cri jaillit, premier de dizaines d’autres. En un instant la confusion fut à son comble. Hommes, femmes, enfants, vieux et jeunes, malades et valides, se ruèrent dans la cour pour s’agenouiller aux pieds de Joseph d’Arimathie.
Miryem vit alors Rekab, debout dans le char, tenant fermement les rênes des mules effrayées. Elle reconnut aussitôt la silhouette près de lui.
— Mariamne !
*
* *
— Tes cheveux ! s’exclama Mariamne. Pourquoi les avoir coupés…
Rekab, les yeux brillants, contemplait Miryem, à la fois ému et ébahi, tandis que, derrière eux, Joseph et les frères tentaient d’apaiser la foule, assurant sans relâche qu’ils reprenaient les soins.
— Comme tu as maigri ! s’étonna Mariamne en serrant Miryem contre elle. Je sens tes os à travers la tunique… Que se passe-t-il ici ? Ne te donnent-ils pas à manger ?
Miryem rit. Elle les entraîna rapidement dans la cour des femmes, où Ruth les attendait sous le préau, les sourcils froncés et les poings sur les hanches. Elle fit un signe à Rekab, l’invitant à venir se restaurer dans la cuisine des servantes.
— Profites-en avant que ces fous ne pillent nos réserves, bougonna-t-elle.
Dans la cour principale, la foule se calmait avec peine. La voix de Gueouél, relayée par d’autres, réclamait sans douceur de l’ordre et de la patience.
— Le vrai miracle serait que Dieu mette un peu de bon sens dans la cervelle de tous ces bonshommes, grogna Ruth. Mais la tâche doit être bien grande, car, depuis Adam, l’Éternel hésite à s’y atteler !
Elle tourna brutalement les talons et pénétra dans la maison. Rekab, embarrassé, se retourna vers Miryem. Elle lui fit signe de suivre la vieille servante sans se soucier de ses humeurs.
— Toi aussi, tu veux sans doute te restaurer ? demanda-t-elle à Mariamne. Et changer de tunique, après cette nuit sous la pluie. Viens donc te réchauffer…
Mariamne la suivit, mais n’accepta qu’un bol de bouillon chaud.
— Le char de voyage est assez confortable, on y oublie le froid et la pluie. En outre, ma tunique est de laine. Raconte moi plutôt pourquoi tu t’es coupé les cheveux de façon si vilaine et ce qu’il se passe dans cette maison. D’où viennent ces gens qui s’agglutinent autour de Joseph ? As-tu remarqué qu’il n’a pas paru me reconnaître. Lui qui est venu tant de fois à Magdala…
— Ne lui en veux pas. Ce soir il te verra…
En quelques mots, Miryem raconta comment vivaient les frères esséniens, comment ils soignaient et comment la survie de la vieille femme, ces dernières semaines, avait passé pour un miracle, attirant une foule de désespérés à Beth Zabdaï.
— Ces pauvres gens veulent croire que Joseph possède le don de la résurrection. À cette seule pensée, ils perdent la raison.
Mariamne avait retrouvé son sourire moqueur.
— Ce qui est bien étrange et contradictoire si l’on y songe, fit-elle. Aucun n’aime la vie qu’il mène, et pourtant tous espèrent que, grâce au miracle de la résurrection, ils vivront éternellement.
— Tu te trompes, objecta Miryem avec assurance. Ce qu’ils espèrent, c’est un signe de Dieu. L’assurance que le Tout-Puissant est à leur côté. Et qu’B le restera après leur mort. Ne sommes-nous pas tous ainsi ? Hélas, Joseph ne possède pas le don de résurrection. Il n’a pu sauver Abdias.
Mariamne hocha la tête :
— Je sais qu’il est mort. Rekab nous l’a dit à son retour. Des questions subsistaient pourtant, que Mariamne brûlait de poser, sans l’oser. Miryem ne céda pas aux requêtes silencieuses de sa compagne.
Sans doute Rekab avait-il évoqué son état et les attentions qu’avait déployées Joseph d’Arimathie pour la maintenir saine d’esprit. Mais elle n’avait pas envie d’en parler à Mariamne. Pas encore. Mariamne et elle ne s’étaient pas entretenues depuis des mois. Bien des événements étaient advenus, qui les rendaient un peu étrangères l’une à l’autre, comme en témoignaient si bien ces cheveux courts qui désespéraient Mariamne.
Cependant Miryem ne voulait pas peiner sa jeune amie.
— Tu es plus belle que jamais. À croire que le Tout-Puissant t’a accordé toute la beauté qu’il pouvait réunir chez une femme !
Mariamne rougit. Elle agrippa les mains de Miryem pour lui baiser les doigts, en un geste de tendresse qui lui était familier à Magdala. Ici, dans la maison de Beth Zabdaï, il parut à Miryem excessif. Toutefois, elle ne laissa rien paraître. Elle devait se réhabituer aux enthousiasmes légers de la fille de Rachel.
— Tu m’as manqué, murmurait Mariamne. Beaucoup, beaucoup ! Chaque jour j’ai eu une pensée pour toi. J’étais inquiète. Mais ma mère a refusé que je vienne près de toi. Tu sais comment elle est. Elle m’a assuré que tu étais en train d’apprendre à soigner auprès de Joseph d’Arimathie et qu’il ne fallait pas te déranger.
— Rachel a toujours raison. C’est en effet ce que j’ai fait.
— Bien sûr qu’elle a toujours raison. Ce qui est horripilant. Elle m’avait assuré que j’aimerais étudier la langue grecque. Croiras-tu que je la pratique aujourd’hui mieux qu’elle ? Et que j’y prends un immense plaisir ?
Elles rirent toutes les deux. Puis le rire de Mariamne se brisa bizarrement. Elle eut une brève hésitation, son regard glissa vers la cuisine, vers Rekab et Ruth qui les observaient, et revint à Miryem.
— Si ma mère m’a permis de venir jusqu’ici aujourd’hui, c’est pour t’apporter une mauvaise nouvelle.
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