Halter,Marek - Marie

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Marie: краткое содержание, описание и аннотация

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Joseph accompagna Miryem jusqu’à la tombe d’Abdias. Elle tenait à lui dire adieu avant de rejoindre Ruth et Mariamne. Elle s’agenouilla dans la boue. Joseph, qui s’attendait à l’entendre prier, fut surpris de voir bouger ses lèvres sans qu’aucun son n’en sorte. Quand elle se redressa, s’aidant de la main qu’il lui tendait, elle murmura avec un contentement qu’elle ne pouvait pas masquer :

— Abdias me parle toujours. Il vient vers moi et je le vois. Toujours comme dans un rêve, alors que je ne dors pas et que mes yeux sont bien ouverts.

— Et que te dit-il ? demanda Joseph sans cacher son trouble.

Miryem rougit.

— Qu’il ne m’abandonne pas. Qu’il m’accompagne où je vais, et qu’il est toujours mon petit époux.

16.

Ils arrivèrent en vue des toits de Nazareth. C’était deux jours avant le mois de nisan. Le ciel possédait cette belle lumière annonciatrice du printemps qui permettait d’oublier les aigreurs de l’hiver. Tout au long de la route depuis Sepphoris, le soleil joua entre les futaies de cèdres et de mélèzes et, à l’approche de Nazareth, il creusait des ombres pures sous les haies qui bordaient le chemin. A Ruth et à Mariamne, qui ne connaissaient encore rien de ces collines, Miryem montrait les chemins et les champs qui avaient connu ses joies d’enfant. Elle était si impatiente de revoir son père, Halva et Yossef, que la pensée de sa mère s’estompait dans ce bonheur.

Quand ils furent en vue de la maison de Yossef, elle n’y tint plus. Les mules fatiguées tiraient le char trop lentement. Elle sauta sur le chemin et s’élança vers la grande cour ombrée.

Joachim guettait sans doute son arrivée. Il fut le premier à apparaître et lui ouvrit les bras. Ils s’enlacèrent, les larmes aux yeux, les lèvres tremblantes, joie et tristesse se mêlant.

Joachim répétait sans fin :

— Ah, tu es là ! tu es là…

Miryem lui caressa la joue et la nuque. Elle remarqua ses rides plus creusées et le blanc qui avait envahi sa chevelure.

— Dès que j’ai reçu ta lettre, je suis venue !

— Mais tes cheveux ? Qu’as-tu fait de tes beaux cheveux ? Que s’est-il passé en chemin ? C’est si loin, pour une fille…

Elle désigna le char qui approchait de la cour.

— Non, n’aie crainte. Je n’ai pas fait cette route sans compagnie.

Il y eut un moment de confusion car, à l’instant où elle lui présentait Rekab, Mariamne et Ruth, sortant de la maison de Yossef apparut un couple d’âge mûr.

Lui avait la longue barbe des prêtres, les yeux intenses et un peu fixes, tandis qu’elle était une petite femme ronde, gracieuse, d’environ quarante ans. Elle serrait un nouveau-né contre sa poitrine, un bébé de quelques jours, tandis que, derrière elle, dans son ombre, venait une marmaille pareille à une grappe de petits visages. Miryem reconnut les enfants d’Halva : Yakov, Yossef, Shimon, Libna et sa petite sœur.

Elle les appela, tendit les bras. Mais seule Libna s’approcha avec un sourire timide. Miryem l’attrapa, la hissant dans ses bras en demandant aux autres :

— Eh quoi ? Vous ne me reconnaissez plus ? C’est moi, Miryem…

Avant que les enfants ne répondent, un peu brusquement, encore submergé par l’émotion de ces retrouvailles, Joachim dit en désignant la femme ronde et le prêtre :

— Voici Zacharias, mon cousin chez qui nous étions avec ta pauvre mère, bénie soit sa mémoire ! Et voici la douce Elichéba, son épouse. Elle tient dans les bras Yehuda, le dernier-né de Yossef ! Que le Tout-Puissant le garde en Sa sauvegarde…

— Ah ! C’est ainsi ! s’exclama Miryem, rieuse. Toute malingre qu’elle soit, Halva n’a pas pu s’empêcher de faire un autre enfant. Mais où est-elle ? Encore couchée ? Et Yossef ?

Il y eut un bref silence. Joachim ouvrit la bouche sans prononcer un mot. Zacharias, le prêtre, chercha le regard de son épouse, qui baisait avec ferveur le front du bébé endormi.

— Eh bien, que se passe-t-il ? insista Miryem d’une voix moins assurée. Où sont-ils ?

— Je suis ici.

La voix de Yossef la surprit, provenant de l’atelier derrière elle. Elle se retourna vivement. Avec une exclamation de joie, elle déposa Libna au sol pour l’accueillir entre ses bras. Puis elle remarqua ses yeux rouges alors qu’il passait entre Ruth et Mariamne sans leur accorder d’attention.

— Yossef ! balbutia-t-elle, la poitrine serrée, devinant déjà. Où est Halva ?

Les derniers pas, Yossef les fit en chancelant. Il agrippa Miryem par les épaules, la serra contre lui pour étouffer les sanglots qui cognaient dans sa poitrine.

— Yossef ! répéta Miryem.

— Morte en donnant naissance à l’enfant.

— Oh non !

— Il y a sept jours aujourd’hui.

— Non ! Non ! Non !

Les cris de Miryem furent si violents que tous baissèrent la tête, comme s’ils recevaient des coups.

— Elle était si heureuse à la pensée que tu allais arriver, murmura Yossef en hochant la tête. Seigneur Tout-Puissant, comme elle s’en faisait une joie ! Elle prononçait ton nom à tout bout de champ. « Miryem est comme ma sœur… Miryem me manque… Miryem enfin de retour. » Et puis…

— Non ! gronda Miryem en reculant, le visage levé vers le ciel. Oh, Dieu, non ! Pourquoi Halva ? Pourquoi ma mère ? Tu ne peux pas faire ça.

Elle agita les poings, se frappa le ventre comme pour arracher la douleur qui l’empoignait. Puis, soudainement, elle cogna Yossef à la poitrine.

— Et toi ? Pourquoi lui as-tu fait cet enfant ? cria-t-elle. Tu savais qu’elle n’était pas assez forte ! Tu le savais !

Yossef ne tenta même pas d’esquiver les coups. Il opina de la tête, les larmes roulant jusqu’à ses lèvres. Mariamne et Ruth se précipitèrent d’un même mouvement pour écarter Miryem, tandis que Zacharias et Joachim tiraient Yossef par les bras.

— Allons ! Allons, fille, fit Zacharias, choqué.

— Elle a raison, marmonna Yossef. Ce qu’elle dit, je me le répète à chaque instant.

Elichéba avait reculé, protégeant les enfants de la colère de Miryem. Entre ses bras le bébé s’était réveillé. Elle dit avec reproche :

— Nul n’est à blâmer. Tu sais qu’il en va ainsi pour les femmes plus souvent qu’à leur tour. Telle est la décision de Dieu.

— Non ! gronda encore Miryem en se dégageant des mains de Ruth. Ça n’a pas à être ainsi ! Il n’est pas une mort à laquelle on doit s’accoutumer, surtout pas celle d’une femme qui donne la vie !

Cette fois, le nourrisson se mit à pleurer. Elichéba, le berçant contre sa poitrine, alla se réfugier sur le perron de la maison. Libna et Shimon pleuraient en se cramponnant à sa tunique, tandis que Yakov, l’aîné, tenait fermement ses cadets et contemplait Miryem avec de grands yeux. Brisé par un sanglot qui l’étouffa, Yossef s’accroupit, la tête entre les bras.

Zacharias posa une main sur son épaule et se tourna vers Miryem.

— Tes mots n’ont pas de sens, ma fille. Yhwh sait ce qu’il fait, déclara-t-il sans masquer le blâme qui durcissait son ton. Il juge, Il prend, Il donne. Il est le Tout-Puissant, Créateur de toute chose. Nous, nous devons obéir.

Miryem sembla ne pas l’entendre.

— Où est-elle ? Où est Halva ?

— Près de ta mère, murmura Joachim. Presque dans la même terre.

*

* *

Quand Miryem s’élança vers le cimetière de Nazareth, ils hésitèrent à la suivre. Les traits tirés par le chagrin, Yossef la regarda disparaître dans l’ombre du sentier. Sans un mot, il alla se cloîtrer dans son atelier. Au même instant, Elichéba poussa les enfants dans la maison en tentant de calmer le petit Yehuda.

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