Halter,Marek - Marie
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- Название:Marie
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- Издательство:Alexandriz
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- Год:2006
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— Moi, je le dis, renchérit Zacharias avec le plus grand sérieux, c’est un ange de Dieu qui m’a poussé à faire cet enfant. Un ange qui m’a déclaré : « C’est la volonté de Dieu, tu seras père. » Et moi, plein d’orgueil, j’ai protesté, je lui ai répondu que c’était impossible. « Tu n’es pas si vieux, Zacharias. Et ton Elichéba est presque jeune si tu la compares à la Sarah d’Abraham. Ils étaient plus vieux que vous deux, beaucoup plus. »
— En vérité, je me suis moquée de son rêve. Je n’y croyais pas, pas du tout ! gloussa Elichéba. « Regarde-nous, mon pauvre vieux Zacharias, lui ai-je dit. Pour un rêve, c’est un rêve, et maintenant que tu as les yeux grands ouverts, tu vas l’oublier. » En effet, comment pouvais-je le croire encore capable d’une si belle œuvre ?
Le rire d’Élichéba résonna haut et fort.
Elle se reprit aussitôt, lorgnant vers Yossef et Joachim pour s’assurer que cette gaieté qu’elle ne parvenait pas à réprimer ne les choquait pas.
— Tu as raison d’être joyeuse, l’encouragea Joachim. Les jours de peine, un tel événement vous réjouit le cœur.
Elichéba caressait son ventre comme si déjà il était gonflé par le futur enfant. Ruth, qui était demeurée froide pendant ce moment d’excitation, l’observa avec suspicion :
— En es-tu sûre ?
— Une femme ne saurait pas quand elle attend un enfant ?
— Une femme se trompe plus d’une fois, et plus d’une fois prend ses rêves pour la réalité. Surtout pour ces choses-là.
— Je sais ce que Dieu m’a commandé ! s’indigna Zacharias.
Miryem, s’interposant avec douceur, posa la main sur l’épaule de Ruth.
— Bien sûr qu’elle est enceinte. Ruth rougit, embarrassée.
— Je suis sotte, pardonnez-moi. Je viens d’un endroit où les gens sont malades et pris par la folie. Si on les écoutait, le ciel serait un encombrement d’anges, et les prophètes pulluleraient sur la terre d’Israël. Cela a fini par me rendre un peu trop suspicieuse.
À un autre moment, Joachim et Yossef se seraient laissés aller à sourire.
Plus tard, Mariamne demanda à Miryem :
— Veux-tu que je reste près de toi quelque temps ? Bien que j’ignore tout des enfants, je peux me rendre utile. Je sais que ma mère ne refuserait pas. Nous renverrons Rekab avec un message pour elle. Elle comprendra.
— Pour les enfants, non, je n’ai pas besoin de toi. Mais pour mon moral et pour échanger des paroles que je ne saurais confier qu’à toi, oui, je le voudrais bien. Tu as des livres de la bibliothèque de Rachel avec toi. Il faudra me les lire.
Mariamne rougit de plaisir.
— Ton amie Halva était comme une sœur pour toi. Mais nous, nous le sommes aussi, n’est-ce pas ? Même si nous ne nous ressemblons plus comme avant, maintenant que tes cheveux sont courts.
Ainsi, la maison de Yossef renaquit à la vie. Chacun y trouva sa place dans la multitude des tâches quotidiennes, chacun avait de quoi s’occuper et se distraire de sa tristesse. La joie de Zacharias et d’Elichéba dans l’attente de leur enfant inclinait à la légèreté et des journées nouvelles commencèrent, semblables à une convalescence.
Après une lune, il se confirma qu’Élichéba était bien enceinte. Souvent, elle s’approchait de Miryem et lui confiait :
— Sais-tu que l’enfant dans mon ventre t’aime déjà ? Je le sens quand je viens près de toi : il s’agite et on croirait qu’il bat des mains.
Agacée, Ruth, incapable de se résoudre à cette naissance miraculeuse, lui faisait remarquer que son ventre était à peine gonflé. L’enfant ne devait être encore qu’une petite boule pas plus grosse qu’un poing.
Elichéba répliquait avec satisfaction :
— C’est bien ce que je sens. Un tout petit poing qui frappe quand je ne m’y attends pas.
— Eh bien, soupirait Ruth en levant les yeux au ciel, s’il commence ainsi à une ou deux lunes, qu’est-ce que ce sera quand il tiendra debout !
*
* *
Bientôt, à l’aube, avant le lever des enfants, Miryem prit l’habitude de s’éloigner de la maison. Dans la lumière naissante entre nuit et jour, elle empruntait le chemin qui descendait vers Sepphoris à travers la forêt et errait au hasard.
Lorsque le soleil s’annonçait à l’horizon, elle était de retour. Elle traversait la cour, la mine pensive.
Mariamne et Ruth notèrent qu’elle devenait de plus en plus silencieuse et même un peu lointaine. Ce n’était qu’une fois les travaux de la journée accomplis qu’elle se montrait attentive aux bavardages des uns et des autres. Elle cessa peu à peu de s’intéresser à la lecture que lui faisait Mariamne à l’heure de la sieste des enfants, bien qu’elle l’eût elle-même réclamée.
Un soir, alors qu’elles achevaient ensemble de pétrir la pâte pour le pain du lendemain, Mariamne demanda :
— Cela ne te lasse pas de te promener le matin comme tu le fais ? Tu te lèves si tôt que tu vas finir par t’épuiser.
Miryem sourit et lui adressa un regard amusé.
— Non, cela ne me lasse pas ni ne me fatigue. Mais toi, cela t’intrigue. Tu voudrais bien savoir pourquoi je m’en vais ainsi presque chaque matin.
Mariamne rougit et baissa le front.
— Ne sois pas confuse. Il est bien normal d’être curieuse.
— Oui, je suis curieuse. Et de toi plus que de tout. Elles coupèrent la pâte en silence pour en faire des boules. Alors qu’elle formait la dernière, Miryem s’immobilisa.
— Quand je suis ainsi sur les chemins, murmura-t-elle, je sens la présence d’Abdias. Aussi proche que s’il était encore vivant. J’ai besoin de ses visites comme de respirer ou manger. Grâce à lui, tout s’allège. La vie n’est plus aussi pénible… Mariamne la dévisagea en silence.
— Tu me crois un peu folle ?
— Non.
— Parce que tu m’aimes. Ruth aussi déteste que je parle d’Abdias. Elle est convaincue que je perds la tête Mais comme elle m’aime, elle aussi, elle prétend le contraire.
— Non, je t’assure. Je ne te crois pas folle.
— Alors comment expliques-tu que je ne cesse de sentir la présence d’Abdias ?
— Je ne l’explique pas, fit Mariamne avec franchise. Je ne comprends pas. Et l’on ne peut pas expliquer ce que l’on ne comprend pas. Néanmoins, ce que l’on ne comprend pas existe tout de même. N’est-ce pas ce que nous avons appris à Magdala en lisant les Grecs qui plaisent tant à ma mère ?
Miryem tendit ses doigts pleins de farine pour frôler la joue de Mariamne.
— Tu vois pourquoi j’ai besoin que tu restes près de moi ? Pour que tu me dises des choses pareilles, qui m’apaisent. Parce que moi, souvent je me demande si je ne délire pas.
— Quand Zacharias affirme avoir vu un ange, nul ne se demande s’il est fou ! protesta Mariamne, en ajoutant avec malice : mais peut-être bien que, sans cet ange, nul ne croirait qu’il a fait un enfant à Elichéba.
— Mariamne !
Malgré son ton grondeur, Miryem s’amusait. Se masquant la bouche de ses mains blanches de farine, Mariamne fut prise d’un fou rire.
Cette fois, son rire espiègle entraîna celui de Miryem. Ruth apparut sur le seuil de la pièce, le petit Yehuda dans les bras.
— Ah ! s’exclama-t-elle, on entend enfin des rires dans cette maison où même les enfants sont sérieux ! Voilà qui fait du bien.
*
* *
Quelques jours plus tard, alors que Miryem cheminait à moins d’un mille de Nazareth, la silhouette de Barabbas surgit sous un grand sycomore.
Le soleil était à peine un disque incandescent. Miryem reconnut son corps élancé, son épaisse tunique de peau de chèvre, sa chevelure. Rien, dans la silhouette de Barabbas, n’avait changé. Elle l’aurait distinguée entre mille. Elle ralentit le pas et s’arrêta à bonne distance. Dans la lumière indécise de l’aube, elle discernait à peine ses traits.
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