Halter,Marek - Marie
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- Название:Marie
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- Издательство:Alexandriz
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- Год:2006
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— Dans toutes je répète cette vérité : que nous autres du sanhédrin, à Jérusalem, nous ne nous rendons pas assez souvent dans les villages d’Israël afin d’y respirer l’air de notre peuple. Et ainsi, ajouta-t-il avec un sourire, chacun peut voir que seul un souci ordinaire me conduit jusqu’en Galilée. C’est aussi la raison, mes amis, pour laquelle il me faut voyager avec un esclave et une mule, sinon, cela paraîtrait suspect. D’ailleurs, je ne vais pas rester longtemps chez toi ce soir, Yossef. J’ai promis au rabbin de Nazareth de dormir chez lui. Je vous retrouverai ici demain matin et nous pourrons parler autant que vous le désirez.
Il prit à peine le temps de boire un gobelet avant de reprendre le chemin du village. Ce qui, au fond, soulagea chacun. En particulier Halva et Miryem, qui craignaient, outre le nombre croissant de bouches à nourrir, de devoir affronter des manières dont elles ignoraient tout.
Toutefois, lorsque Nicodème, sa mule et son esclave eurent quitté la cour, un silence embarrassé s’installa. Matthias le rompit avec un petit grognement amusé.
— Si demain les mercenaires sont là pour nous prendre, nous saurons pourquoi.
Les autres le dévisagèrent, alarmés.
— J’ai toujours été opposé à sa venue, intervint Barabbas avec un regard de reproche à Joachim.
Le jeune rabbin Jonathan protesta :
— Vous avez tort de dire cela. Je connais Nicodème. Il est honnête et plus courageux que son apparence ne le laisse supposer. En outre, il n’est pas mauvais d’entendre l’opinion d’un homme qui connaît les coulisses du sanhédrin.
— Si tu le penses… soupira Barabbas.
*
* *
Au soir, alors que la nuit était bien avancée et qu’Halva et elle tombaient de fatigue après avoir rangé et lavé la maison dans la lumière chiche des lampes, Miryem, incapable de s’expliquer clairement son intuition, eut soudain la conviction que toutes les paroles qui seraient prononcées le lendemain n’aboutiraient à rien.
Allongée dans le noir près des enfants, dont le souffle régulier était comme une caresse, elle se reprocha durement cette pensée. Son père Joachim avait eu raison de convier ces hommes. Joseph d’Arimathie avait raison de soutenir la présence de Nicodème. Même la présence « du Guiora », comme le nommait Abdias, était une bonne chose. Barabbas se trompait. Plus les hommes étaient différents, plus ils devaient se parler.
Mais, de ces paroles, que feraient-ils ?
Ah ! Pourquoi toutes ces questions ? songeait-elle. Il était trop tôt pour se forger une opinion.
Elle se trouva bien prétentieuse de porter le moindre jugement sur des choses, pouvoir, politique ou justice, qui étaient depuis toujours l’affaire des hommes. D’où tenait-elle son assurance ? Certes, elle savait aussi bien réfléchir que son père ou que Barabbas. Mais de manière différente. Eux possédaient l’expérience. Elle n’avait que son intuition.
Elle devait se montrer modeste. D’ailleurs, douter en un pareil moment équivalait à trahir Barabbas et Joachim.
Elle s’endormit en se promettant de demeurer désormais à sa place, souriant dans le noir à la pensée que Guiora de Gamala saurait sans nul doute l’y contraindre.
7.
Les ablutions et les prières du matin achevées, Joachim considéra les visages levés vers lui.
— Loué soit l’Éternel Dieu, Roi du monde, qui nous a donné la vie, nous a maintenus en bonne santé et nous a permis d’atteindre ce temps-ci, déclara-t-il avec émotion.
— Amen ! répondirent les autres.
— Nous savons pourquoi nous sommes ici, reprit Joachim, mais Nicodème, levant sa main baguée d’or, l’interrompit.
— Je n’en suis pas certain, ami Joachim. Ta lettre ne disait rien de clair, sinon que tu voulais réunir quelques sages afin d’affronter l’avenir d’Israël. C’est bien vague. Il y a autour de cette table des visages que je découvre, d’autres qui me sont familiers. Pour ce qui est de mes frères esséniens, je connais un peu leurs pensées, et même leurs reproches à mon égard.
Il s’inclina avec un sourire amusé vers Guiora et Joseph d’Arimathie. Le charme de sa voix opérait. Chacun comprit que si Nicodème avait su se tailler une réputation face aux sadducéens de Jérusalem, c’était parce qu’il savait manier le langage.
Joachim eut du mal à cacher son embarras et, d’instinct, chercha l’aide de Joseph d’Arimathie. Barabbas, dont les yeux brillaient de colère, fut plus rapide.
— La raison de cette rencontre, je peux te la dire, car elle vient de ma volonté, annonça-t-il. Elle est simple. Nous autres, en Galilée, nous ne supportons plus la poigne d’Hérode sur nos vies. Nous ne supportons plus ses injustices ni la souillure que ses mercenaires infligent à Israël. Nous ne supportons plus que Rome soit son maître, et donc le nôtre. Cela dure depuis trop longtemps. Il faut y mettre fin. Dès maintenant.
Guiora émit un gloussement sarcastique, seul son troublant le parfait silence qui suivit les paroles de Barabbas. Maintenant, tous guettaient la réaction de Nicodème. Celui-ci hocha la tête, les doigts joints sous le menton.
— Et comment comptes-tu y mettre fin, cher Barabbas ?
— Par les armes. Par la mort d’Hérode. Par le soulèvement du peuple qui souffre. Par une révolte qui emporte tout. Voilà comment. Je n’étais pas favorable à ta venue. Mais, à présent, tu sais tout. Tu peux nous dénoncer ou te joindre à nous.
En prononçant cette dernière phrase Barabbas avait posé la main sur l’épaule de Joachim, qui s’en trouva gêné. Non pas à cause de cette manifestation d’amitié, mais parce que Barabbas lui semblait aller trop vite et trop loin. La brutalité est une mauvaise stratégie. Ce n’était sûrement pas ainsi qu’il fallait s’y prendre pour convaincre Nicodème, ni même peut-être les autres.
D’ailleurs, il en voyait déjà le résultat. Si Lévi le Sicaire et Matthias approuvaient Barabbas avec des grognements enthousiastes, les autres baissaient prudemment les yeux. A l’exception de Joseph d’Arimathie, qui demeurait calme et attentif.
Quant à Guiora et à Nicodème, ils s’accordaient dans une même moue dédaigneuse.
Joachim en craignit l’effet sur Barabbas et s’empressa d’intervenir.
— Barabbas dit cela à sa manière. Elle n’est pas fausse. Je lui dois beaucoup, à cette manière. Je lui dois la vie…
Un grincement aigu l’interrompit, faisant sursauter le jeune rabbin Jonathan.
— Ah, certainement pas !
Guiora pointa un doigt sec vers la poitrine de Joachim.
— Certainement pas ! Tu ne dois la vie qu’à la volonté de Yhwh. Je connais ton histoire de Tarichée. Ta violence, ici, à Nazareth, et ton séjour sur la croix. Tu es descendu de cette croix non parce qu’un gamin t’en a décroché, mais parce que Yhwh l’a voulu ! Sans Sa volonté, tu y pourrirais.
Le doigt pointé et le regard incendiaire de Guiora se posèrent sur Barabbas comme une menace.
— Pas de quoi être fier de tes exploits, brigand que tu es. Tu n’as été que l’instrument de l’Éternel ! Ainsi sont nos destins : la volonté de Dieu !
Écarlate, Barabbas se dressa.
— Veux-tu dire que Dieu souhaite la folie d’Hérode et son emprise sur la Galilée ? Sur Israël ? Qu’il souhaite que ses mercenaires nous humilient et nous tuent ? Qu’il souhaite que les précepteurs du Temple nous volent et nous traînent dans la boue ? Qu’il souhaite toutes ces croix où pourrissent des Juifs comme toi ? Si c’est le cas, Guiora, gronda Barabbas, je te le dis bien en face : ton Yhwh, tu peux te le garder. Et même : je le combattrai autant qu’Hérode et les Romains !
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