Halter,Marek - Marie

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Marie: краткое содержание, описание и аннотация

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— C’est ce que tu crois ? Tu crois à une folie, l’interrompit Nicomède sans plus aucune rondeur dans la voix. On n’invente pas une armée ni une guerre. Des pauvres bougres ne deviennent pas des soldats capables de vaincre des mercenaires aguerris par des années de combat. Ta révolte nous couvrira de sang, et pour rien.

— Tu dis ça parce que tu hais les am-ha-aretz ! s’enflamma Barabbas. Comme tous les pharisiens, comme tous les nantis de Jérusalem et du Temple, vous n’avez au cœur que mépris pour les pauvres. Vous êtes des traîtres à votre peuple…

— Qu’elle est ta proposition, Nicodème ? demanda Joachim afin de modérer l’exaspération de Barabbas.

— Attendre.

Les cris de Matthias et de Barabbas, du sicaire et du zélote vrillèrent la chaleur qui commençait à cerner l’ombre où ils se tenaient.

Nicodème leva les mains avec autorité.

— Vous vouliez mon avis. Je suis venu jusqu’ici pour vous le donner. Vous pourriez au moins m’écouter.

De mauvaise grâce les autres lui accordèrent le silence qu’il réclamait.

— C’est le chaos dans la maison d’Hérode, tu as raison, Barabbas. Mais justement : pourquoi vouloir avancer l’œuvre de Dieu ? Pour verser le sang et répandre de la douleur sur la douleur, alors que le Tout-Puissant punit Hérode et sa famille ? Vous devez croire en la clairvoyance de l’Éternel. C’est Lui qui décide du Bien et du Mal. Pour ce qui est d’Hérode et de sa famille d’impies, Sa justice est déjà à l’œuvre. Bientôt, ils ne seront plus. Alors, il sera temps de faire pression sur le sanhédrin…

— Je te comprends, Nicodème, fit Joachim. Mais je crains qu’il ne s’agisse d’un rêve. Hérode mourra et un autre fou prendra sa place, voilà ce qui se passera…

— Que vous êtes ignorants ! grinça Guiora, le regard exalté et qui n’en pouvait plus de se retenir. Que vous êtes de mauvais Juifs ! Ignorez-vous qu’il n’en est qu’un qui vous sauvera ? Avez-vous oublié la parole de Yhwh ? Celui que vous attendez pour vous sauver, bande d’ignares, c’est le Messie ! Lui seul, vous m’entendez ? Lui seul sauvera le peuple d’Israël de la boue où il s’enfonce. Stupide Barabbas, ignores-tu que le Messie se moque de ton glaive ? Il veut ton obéissance et tes prières. Si tu veux la fin du tyran, viens donc avec nous dans le désert suivre l’enseignement du maître de Justice. Viens ajouter ta prière à nos prières pour hâter la venue du Messie. Voilà ton devoir.

— Le Messie, le Messie ! Toi et tes semblables, vous n’avez que ce mot à la bouche ! On dirait des bébés qui attendent le sein de leur mère. Le Messie ! Vous ne savez pas même s’il existe, votre messie. Pas même si vous le verrez un jour. Partout sur nos chemins on trouve des fous braillant qu’ils sont le Messie ! Le Messie ! Ce n’est qu’un mot qui dissimule votre peur et votre lâcheté.

— Barabbas, cette fois, tu passes les bornes ! s’insurgea Nicodème, les joues écarlates.

— Nicodème a raison, renchérit le rabbin Jonathan, déjà debout. Je ne suis pas venu ici pour subir ton impiété.

— Dieu a promis la venue du Messie, approuva Eléazar le zélote en pointant un doigt accusateur sur la poitrine de Barabbas. Guiora a raison. Notre pureté hâtera sa venue.

— Mais notre glaive aussi, car il s’abat sur l’impie comme une prière, ajouta Lévi le Sicaire.

Les cris retombèrent.

— Bon, j’ai compris, soupira Matthias, rabattant sa capuche sur son front et se dressant.

Comme tous l’observaient avec une soudaine inquiétude, il effleura l’épaule de Barabbas d’une tape amicale.

— Tu as réuni une assemblée de pleurnichards, mon ami. Hérode n’a pas tort de les mépriser. Avec ceux-là, il peut encore régner longtemps. Et moi, je n’ai plus rien à faire ici.

Il tourna les talons. Nul n’entendit les crissements des grillons et des cigales qui embrasaient l’air, seulement le frottement de ses sandales tandis qu’il quittait la cour de Yossef sans autre salut.

Dans la fraîcheur de la cuisine, Miryem et Halva guettaient les moindres bruits provenant de l’extérieur. Après le départ de Matthias et le long silence qui s’ensuivit, les hommes reprirent leur discussion. Cette fois avec tant de retenue qu’on eût cru qu’ils s’effrayaient de leurs propres mots.

Miryem s’approcha de la porte. Elle perçut la voix de Joseph d’Arimathie, calme mais si basse qu’elle dut faire un effort pour le comprendre. Lui aussi croyait à la venue du Messie, disait-il. Barabbas se trompait en voyant dans cette foi une faiblesse. Le Messie était une promesse de vie, et seule la vie engendrait la vie, tout à l’opposé d’Hérode, qui engendrait la mort et la souffrance.

— Croire à la venue du Messie, c’est être certain que Dieu ne nous abandonne pas. Que nous méritons Son attention et que nous sommes assez forts pour supporter et défendre Sa parole. Pourquoi voudrais-tu ôter cet espoir et cette force à notre peuple, Barabbas ?

Barabbas faisait la moue, mais les propos de Joseph d’Arimathie portaient et chacun autour de la table approuvait.

— Cependant, tu as raison sur un point, ajouta le sage de Damas. On ne peut pas demeurer les bras croisés devant la souffrance. Il faut repousser le mal que répand Hérode. Il faut faire en sorte que le bien devienne notre Loi, accomplir tout ce que l’on peut, nous, les hommes, pour rendre la vie plus juste. C’est cela, et pas uniquement la prière, comme le croit Guiora, qui permettra la venue du Messie. Oui, nous devons nous unir contre le mal…

— Il parle bien, murmura Halva en serrant le bras de Miryem. Mieux encore que ton Barabbas.

Miryem faillit répliquer que Barabbas n’était pas « son » Barabbas, mais, en se tournant vers Halva, elle découvrit des larmes dans ses yeux.

— Mon Yossef n’a pas ouvert la bouche, le pauvre. Mais peut-être est-ce lui qui a raison, ajouta-t-elle avec un triste sourire. Toutes ces belles phrases ne servent à rien, n’est-ce pas ?

L’angoisse étreignit Miryem. Halva avait raison. Mille fois raison. Et c’était effrayant. Elle assistait à l’odieuse folie des hommes.

Son père comme Barabbas, elle le savait, étaient bons et forts. Barabbas parlait bien, savait convaincre et conduire les hommes. Joseph d’Arimathie était sans doute le plus sage de tous, et les autres, même Guiora, n’avaient d’autre désir que de faire le bien et de se comporter en honnêtes hommes. Ils faisaient étalage de leur savoir et de leur pouvoir, mais c’est leur impuissance qui les dressait les uns contre les autres dans un spectacle insupportable…

— Bon sang, il est parti pour de bon !

C’était Abdias. Il revenait tout essoufflé d’avoir couru derrière Matthias.

— Je l’ai appelé. Je lui ai demandé de revenir, mais il a seulement levé la main pour me dire adieu.

Lui aussi avait la gorge serrée et les larmes aux yeux. Lui aussi découvrait l’impuissance de ceux qu’il admirait, et la honte lui empoignait le cœur.

Là-bas, Nicodème, avec un peu d’aigreur, demandait à Joseph d’Arimathie s’il avait perdu la tête. Voulait-il lui aussi prendre les armes ? L’essénien répondait que non, que la violence ne lui semblait jamais la bonne solution. Des mots qui, à nouveau, entraînèrent des propos sanglants de Barabbas. Guiora intervint, reprenant de sa voix aigre sa litanie sur la prière et la pureté, et criant que la seule violence valide était celle voulue par Dieu.

— Vont-ils recommencer ? soupira Halva.

— S’ils se disputent encore, pronostiqua Abdias, accablé, Barabbas s’en ira. Je le connais. Je me demande comment il a pu supporter aussi longtemps Guiora et le gros du sanhédrin.

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