Halter,Marek - Marie

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Marie: краткое содержание, описание и аннотация

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Les cris firent trembler les feuillages des platanes au-dessus de leurs têtes.

— Ne blasphème pas ! s’interposa Nicodème. Ou je devrais m’en aller. Guiora exagère. Ses mots dépassent sa pensée. Dieu n’est pour rien dans nos malheurs…

— Si ! glapit Guiora. Mes paroles sont justes, et tu m’as très bien compris, pharisien ! Vous gémissez tous : Hérode ! Hérode ! Tout est la faute d’Hérode ! Que non. Tout serait la faute du peuple à la nuque raide. C’est ce que disait Moïse, et il avait raison. Peuple à la nuque raide qui erre dans le désert car il ne mérite pas Canaan. Douleur et honte. Voilà où nous en sommes !

Les protestations enflèrent de nouveau, mais sans impressionner Guiora, dont la voix sèche s’imposa.

— Qui, en ce pays, suit les lois de Moïse, comme le réclame le Livre ? Qui prie et se purifie comme le prescrit la Loi ? Qui lit et apprend la parole du Livre pour bâtir le Temple dans son cœur, ainsi que l’a ordonné le prophète Ezra ? Personne. Les Juifs d’aujourd’hui singent leur amour de Dieu. Ce qui leur plaît, c’est d’assister à des courses de chevaux, comme des Romains, d’aller voir jouer des pièces de théâtre, comme des Grecs ! Ils couvrent d’images les murs de leurs maisons. Sacrilège des sacrilèges, ils s’activent désormais les jours de shabbat ! Et jusque dans le sein du sanhédrin, où le commerce surpasse la foi.

Guiora conclut avec fureur :

— Ce peuple est impie. Il mérite cent fois sa punition. Hérode n’est pas la cause de vos malheurs : il est la conséquence de vos fautes !

S’ensuivit un bref silence accablé, que rompit une voix profonde. Celle d’Éléazar, le zélote de Jotapata.

— Je te le dis du fond du cœur, sage de Gamala : tu te trompes. Dieu désire le bien de Son peuple. Il nous a élus dans Son cœur. Nous, et nul autre. Je respecte tes prières, mais je suis aussi pieux que n’importe quel essénien. S’il en est un qui blasphème, ici, je crains que ce ne soit toi.

— Tu n’es qu’un pharisien, comme l’autre ! s’obstina Guiora, la barbe hérissée de fureur. Vous, les zélotes, vous voulez qu’on vous estime supérieurs parce que vous assassinez des Romains. Mais par la pensée, vous n’êtes que des pharisiens…

— Serait-ce une insulte d’être pharisien ? s’offusqua Nicodème, perdant son calme.

Avant que Guiora ne réplique, Joseph d’Arimathie, qui n’avait encore rien dit, lui posa une main très ferme sur le bras et déclara avec une autorité qui surprit tout le monde :

— Cette dispute est vaine. Nous connaissons nos divergences. À quoi bon les creuser ? Essayons de parler avec amitié.

Le zélote le remercia d’un signe de tête.

— Nul plus qu’un zélote n’est soumis aux lois de Moïse. Pour nous aussi, le comportement d’Hérode est une souillure. L’aigle d’or des Romains qu’il a permis de dresser sur le temple de Jérusalem brûle nos yeux de honte. Nous aussi, nous reprochons au peuple de n’être ni sage ni pieux, comme le veut Yhwh. Mais je te le répète, Guiora, l’Éternel Tout-Puissant ne peut vouloir le malheur de Son peuple. Barabbas et Joachim ont raison : le peuple souffre et ne peut endurer plus. Voilà la vérité. Nos fils sont crucifiés, nos frères expédiés dans les arènes, et nos sœurs vendues comme esclaves. Jusqu’à quand allons-nous le supporter ?

— Je ne suis pas loin de ta pensée, ami Eléazar, fit Nicodème en ignorant les protestations de Guiora. Mais cela signifie-t-il qu’il nous faille répliquer par les armes et le sang ? Vous, les zélotes, combien de fois avez-vous affronté les Romains ou les mercenaires d’Hérode ?

— Un bon millier, tu peux en être sûr ! rigola Lévi le Sicaire en soulevant son poignard. Et tu peux dire qu’il leur en cuit encore…

— Que vous croyez ! objecta froidement Nicodème. Moi, je ne m’en aperçois guère. Rome est toujours le maître d’Hérode. Allons, un peu de jugeote. Une révolte ne vous mènera à rien. Si jamais vous vous montrez capables de la mener !

Il secoua la tête en signe de doute.

— Et pourquoi es-tu si sûr de toi ? interrogea Matthias avec un soupçon de mépris. Ce n’est pas au sanhédrin qu’on peut juger de ce qui peut se faire avec des lances et des épées.

Il repoussa son capuchon, découvrant son visage qu’un sourire rendait encore plus terrifiant.

— Des gueules comme la mienne ne s’y promènent pas. Pourtant, regarde-la bien, parce qu’elle dit qu’on peut se battre contre les Romains et les mercenaires et… les vaincre.

Il scruta les uns et les autres, jouissant de son effet.

— Pour moi, c’est bon, reprit-il. Si Barabbas part en guerre contre Hérode, nous autres, nous sommes prêts.

— Prêts à vous faire tailler en pièces, comme l’an dernier, quand vous avez tenté de prendre Tarichée, intervint le jeune rabbin Jonathan.

— Aujourd’hui n’est pas hier, rabbin. Nous manquions d’armes. La leçon nous a servi. Pas plus tard qu’il y a une lune, dans la baie du Carmel, près de Ptolémaïs, nous avons saisi deux barques romaines chargées de lances, de dagues et même d’une machine de siège. Désormais, si le peuple en a le courage, nous pouvons armer douze mille hommes.

Barabbas approuva d’un grognement volontaire.

— Il y a un temps pour la paix et un temps pour la guerre. Le temps de la guerre est venu.

— Tu veux dire : le temps pour toi de mourir ? insista Nicodème, alors que Guiora l’approuvait bruyamment.

Matthias et Barabbas eurent le même geste d’exaspération.

— S’il faut mourir, nous mourrons ! Cela vaut mieux que de vivre à genoux.

— Sornettes et sornettes ! grommela Lévi le Sicaire. La question n’est pas de mourir. Je n’ai pas peur de mourir au nom de l’Éternel, al kiddouch ha-Chem. La question est : pouvons-nous abattre Hérode, puis vaincre Rome ? Car voici comment les choses vont se passer : si nous affaiblissons ce fou, il appellera Augustus le Romain à son secours. Et là, il faut bien l’admettre, une autre histoire commencera.

— Le Romain se moque d’Hérode ! s’énerva Barabbas. Les marchands racontent que toutes les légions de l’empire se pressent aux frontières du nord, où les Barbares les attaquent sans cesse. On dit même qu’à Damas le gouverneur Varron a dû se défaire d’une légion…

Barabbas guetta l’accord de Joseph d’Arimathie. Celui-ci approuva du bout des lèvres :

— C’est ce que l’on raconte, oui. Barabbas frappa la table du poing.

— Alors, je vous le dis : jamais il n’y a eu de meilleur moment pour abattre Hérode. Il est vieux et malade. Ses fils, ses filles, son épouse, toute sa clique se disputent et ne rêvent que de le trahir pour lui dérober le pouvoir ! Dès que sa maladie lui laisse un peu de répit, Hérode en empoisonne quelques-uns pour se rassurer. Dans son palais, tout le monde a peur. Depuis les cuisiniers jusqu’aux filles de putasserie. Même les officiers romains ne savent plus auprès de qui prendre leurs ordres. Les mercenaires ont peur de ne plus être payés… Je vous le répète : c’est le chaos chez Hérode ! A nous d’en profiter. L’occasion ne se représentera pas de sitôt. Le peuple de Galilée n’a à perdre que ses peurs et sa timidité. Matthias et moi pouvons entraîner des milliers d’am-ha-aretz avec nous. Vous, les zélotes, vous avez vos partisans. Votre influence dans les villages galiléens est grande. On vous admire pour les coups que vous portez au tyran. Si vous le proposez, on vous suivra. Et toi, Nicodème, tu pourrais réunir à Jérusalem des gens qui nous sont favorables. Si la Judée se soulève en même temps que nous, tout est possible. Le peuple d’Israël n’attend que notre détermination pour rassembler son courage et nous suivre…

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