Olga Forche - Vêtus De Pierre

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Vêtus De Pierre: краткое содержание, описание и аннотация

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1923, Nous sommes en Russie, un vieillard nous conte son histoire: Il va nous faire vivre le long et odieux chemin de sa trahison…Il nous emporte dans les salons frivoles qui faisaient rage dans les années 1860, ces salons plein d’esprit et de légèreté.Vêtus de pierre: l’incarcération de Mikhaïl, et d’une manière différente c’est aussi celle de Véra et de Serguéi, le narrateur. Serguéi, un vieillard enfermé dans ses remords et libéré par sa folie…Vêtus de pierre, c’est également une ode à tous ces jeunes révolutionnaires russes sacrifiés sur l’autel de leurs idéaux.J’ai adoré ce petit roman qui par son écriture ressemble à un petit bijou; et surtout j’ai été intriguée par son auteur Olga Forche

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Nous nous quittons bons amis, en nous serrant la main. La jeune fille a acheté à une marchande un petit pain et deux sucres d’orge, qu’elle m’offre en rougissant.

– Merci pour le pilotage, citoyen.

Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Le passé, enseveli il y a soixante et un ans, ressuscitait toujours…

Au lendemain de la mort tragique de Piotr, j’annonçai au commandant du régiment la disparition de mon ordonnance. Après de vaines recherches, on conclut qu’il s’était noyé en état d’ébriété. Pour plus de vraisemblance, je le prétendis porté à la boisson. Nous craignions que le violent désespoir de Marfa ne nous livrât. Ses propos incohérents sur l’évasion manquée auraient paru fort suspects à de fins limiers. De peur qu’elle ne se rendît à l’endroit fatal, nous la tenions enfermée, décidés à lui faire quitter la ville le plus tôt possible.

Véra, les yeux immenses, le regard éteint et fixe, semblait pétrifiée. Elle ne s’anima qu’à l’arrivée de Victoria, la sœur de Beidéman, venue de Bessarabie pour essayer d’adoucir le sort de son frère par l’intercession de parents haut placés.

Après ma promenade en barque autour de la forteresse avec la jeune fille et le soldat, je ne pouvais plus me retenir d’y pénétrer par terre ferme.

Le jour suivant, vers trois heures de l’après-midi, je me dirige vers la Place de la Trinité et gagne par le pont l’entrée de la forteresse Pierre et Paul, où un guide fait l’appel de son groupe de visiteurs.

Ce sont de jeunes ouvrières d’usine. Leur journée terminée, elles sont venues là sans passer à la maison et ont engagé un guide à leurs frais, dans l’espoir d’avoir des renseignements plus intimes; la plupart portent des écharpes à rayures, avec un pompon au bout. Quand on leur demande pourquoi ces écharpes sont toutes pareilles, elles déclarent: «Nous les avons achetées ensemble au magasin.»

Le guide nous conduit vers le portail.

– J’attire votre attention, camarades, sur le bas-relief de l’entrée. Il y a là un personnage qui a moins l’air de voler que de pendre la tête en bas, dans une pose indécente. Ce garçon, qui le montre de la main, a un bras si long qu’en le baissant il aurait touché son pied. L’ancien tsar Pierre, désireux d’honorer son patron, l’apôtre Pierre, a donné l’ordre de figurer un miracle accompli par ce dernier. C’est ce qu’on a fait en sculptant cet homme qui vole dans une pose peu convenable et qui n’est autre que le mage Simon, confondu par l’apôtre. Tout cela n’est qu’une légende, une fable à l’usage des naïfs et des illettrés.

– La religion est l’opium du peuple, disent deux jeunes filles aux écharpes.

Le guide indique les niches qui flanquent le portail.

– Ces statues représentent le dieu païen Mars et son épouse Vénus. Il ajoute, railleur: Mars, bien sûr, est à sa place, puisque c’est un établissement militaire: quant à Vénus on l’a mise avec lui parce que sous le régime bourgeois l’homme était enchaîné à la femme comme un forçat à sa brouette.

– En mythologie, c’est Vulcain qui est le mari de Vénus, tandis que Mars n’est que son ravisseur, dit un étudiant espiègle qui s’est joint à nous. Le tsar Pierre favorisait donc l’amour libre, et non l’amour conjugal.

Tout le monde rit, mais le guide se vexe.

– C’est discutable, dit-il avec dignité. Puis il éclate: Les resquilleurs sont priés de s’en aller!

L’étudiant s’éloigne en sifflotant; moi, les jeunes filles me cachent parmi elles en me recommandant le silence.

Nous entrons dans la cathédrale, dont je n’ai jamais goûté le faste étranger: autel bas, orné de fioritures de style baroque, escalier doré avec chaire en surplomb, place du tsar abritée sous un lourd baldaquin, celle du métropolite au centre, drapée de rouge. Les colonnes étaient surchargées autrefois de couronnes mortuaires argentées, vestiges des funérailles impériales, qui scintillaient, telles de féeriques floraisons d’hiver. Tous les sarcophages des souverains sont en marbre gris, sauf celui d’Alexandre II, d’un rouge sanglant, symbolique.

Au temps de l’autocratie, les tsars jouaient volontiers dans ce sanctuaire une farce orientale, toujours la même. On faisait assister à une grande messe les starostes des cantons et des villages, venus à l’occasion du sacre. L’énorme lustre de cristal flamboyait, reflété par les feuilles brillantes des nombreuses couronnes, par les diamants des dames et l’or ciselé de l’iconostase. Des chœurs invisibles chantaient dans les cieux, les starostes tombaient à genoux, dans des nuages d’encens.

Le tsar et la tsarine leur demandaient chaque fois si l’office leur avait plu, et ils répondaient invariablement: «Votre majesté, on se croyait au paradis!»

Cette question et cette réponse étaient devenues presque rituelles.

Maintenant, la cathédrale n’est plus la même. On a transféré les couronnes dans un musée de Moscou. Les plus belles icônes manquent également. Les sarcophages paraissent plus abandonnés que les tombes des pauvres au cimetière rural. Seul, celui de l’empereur Paul jouit d’une étrange popularité. Le marbre disparaît sous des couronnes de bleuets, de soucis, de marguerites; une veilleuse y brûle en permanence, au milieu d’une foule de pèlerins de tout âge. Dès avant la révolution, le peuple considérait Paul comme un saint: les uns croyaient qu’il guérissait toutes les maladies, d’autres – seulement la rage des dents.

Absorbé dans ma rêverie, je me vois soudain isolé. Les autres ont vite fait le tour des sarcophages. Je constate que les hommes sont nu tête, comme jadis à l’église. Mais ils ont ôté leur couvre-chef dès l’entrée de la forteresse, précisément pour effacer la nuance de respect religieux. Je pense toutefois qu’ils n’auraient pas eu plaisir à garder leur chapeau.

Je rejoins le groupe sous un arbre géant. Tous sont assis dans l’herbe, le guide leur raconte que sous Pierre I erc’était la «place de danse» où on infligeait des tortures qui faisaient «danser»: chevauchées sur des montures de fer à dos tranchant, promenades à pied sur des pointes.

Enfin, le guide en vient au sujet qui m’intéresse. Il nous conduit par le chemin que suivaient dans un carrosse noir à rideaux verts, les détenus escortés de deux gendarmes et d’un officier.

C’est ainsi que Mikhaïl Beidéman est venu en 1861 murer à jamais sa jeunesse.

Je ne vois plus les visages des visiteuses et je n’entends les paroles du guide que dans la mesure où elles évoquent la réclusion de Mikhaïl.

J’ignore par où on l’a amené: le long de la courtine de Catherine, comme on devait le faire plus tard pour Polivanov, ou de l’autre côté, en passant près des casernes affaissées d’Anne Ioannovna.

Dans les deux cas, du reste, la procédure était identique. Le carrosse s’arrêtait devant la maison basse du commandant, l’officier sautait à terre pour aller faire son rapport, tandis que les gendarmes et le détenu gagnaient le portail gris dont la place est occupée aujourd’hui par un réverbère de guingois. Mais à droite, la Monnaie pointe toujours vers le ciel ses multiples cheminées.

Ici, on devine déjà les cellules humides, le cachot noir, les doubles murs, l’horreur sépulcrale de la prison. La massivité des bâtiments prête au ciel même l’aspect d’un lourd couvercle.

Un bon guide aurait dû couper court aux rires, aux plaisanteries, à l’impatience étourdie de voir les dessins vulgaires des gardes, très appréciés du public actuel…

Je dis à mes voisines:

– C’est pour vous permettre de rigoler après huit heures de travail, que des gens ont été murés ici pour la vie.

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