Car il faut bien l’avouer, il y a des faussaires, des escrocs !
Il faut donc vérifier ! Il faut savoir si l’on n’est pas trompé, si l’on n’est pas volé ! C’est à cet instant précis que ces pièces vont devenir « des espèces sonnantes et trébuchantes ».
Reprenons chacun de ces deux mots. Les espèces deviennent sonnantes après une première vérification… Pour être sûr que ces pièces d’or et d’argent sont « de bon aloi », elles sont jetées sur le sol. Si le bruit qu’elles font en tombant sonne bien, ce sont des espèces « sonnantes » !
Voyons maintenant le second mot. Les espèces deviennent trébuchantes, après une seconde vérification. Cette fois, il s’agit de savoir si ces pièces ont un bon poids d’or ou d’argent. Rien de plus simple, il suffit de les peser avec une petite balance appelée un « trébuchet ». Si le poids est bon, les espèces sont « trébuchantes » ! Donc, après avoir jeté son argent et pesé le pour et le contre, on sait enfin si l’on possède oui ou non « des espèces sonnantes et trébuchantes »…
« Des mesures draconiennes » indiquent immédiatement une grande sévérité !
Mais les lois, les décisions et les conditions peuvent aussi être draconiennes ! Alors, quelle est l’origine de cet adjectif si rigoureux ?
Eh bien, derrière ce mot de la langue française se cache le nom d’un personnage de l’Antiquité qui n’a pas laissé que de bons souvenirs à ses contemporains !
Tout commence, il y a vingt-six siècles, en Grèce, à Athènes. À cette époque-là, la royauté avait été supprimée au profit d’un gouvernement dirigé par les membres de l’aristocratie terrienne. Parmi les neuf magistrats chargés de diriger l’État, il y a un dénommé Dracon, c’est notre homme !
Parmi les neuf magistrats chargés de diriger l’État, il y a un dénommé Dracon, c’est notre homme !
Il a été désigné par ses concitoyens pour mettre par écrit les principales règles de la justice athénienne ! Dracon se met au travail et rédige des lois d’une extrême sévérité.
Le plus souvent, c’est la peine de mort qui sanctionne les accusés… qu’ils soient coupables de meurtre ou qu’ils soient jugés pour un simple vol de pomme. Au XXI esiècle, ces lois de Dracon sont devenues des règlements draconiens ou « des mesures draconiennes »…
Une « éminence grise », voilà des mots qui forment une expression couramment utilisée pour désigner un conseiller discret, un homme ou une femme de l’ombre, que l’on voit peu, que l’on entend peu mais qui agit efficacement à l’abri des regards.
Éminence grise ! Deux mots qui n’ont pas été choisis par hasard, deux mots qui ont été accolés volontairement l’un à l’autre pour définir un personnage historique !
Toute cette histoire se déroule sous le règne du roi Louis XIII.
Toute cette histoire se déroule sous le règne du roi Louis XIII. Son Premier ministre le cardinal de Richelieu est assisté par un homme précieux qu’il connaît depuis longtemps, un certain François Joseph Le Clerc du Tremblay. Jeune homme doué et intelligent, promis à un grand avenir, il refuse le mariage que sa mère lui propose. Il a décidé d’entrer dans les ordres. Il est accueilli dans un monastère de Capucins, à Orléans. Non loin de là se trouve la ville de Luçon dont l’évêché est occupé par Richelieu. Les deux hommes se croisent, se rencontrent, s’apprécient et se comprennent parfaitement. Ils vont devenir inséparables… Ce collaborateur est très proche de Richelieu, il exécute ses ordres, il émet quelques idées, il remplit ses missions… bref, il est le double de Monsieur le Cardinal… D’un côté il y a Son Éminence, le Premier ministre, et dans l’ombre, il y a ce capucin vêtu de la robe grise de son ordre religieux. Pendant près de quinze ans, ces deux hommes dirigent la France : le puissant cardinal drapé dans sa robe rouge ET le discret moine capucin habillé de gris ; celui-là même qui est logiquement devenu pour l’Histoire « l’éminence grise »…
« En connaître un rayon » signifie que l’on est compétent dans sa partie et que l’on connaît parfaitement son sujet, au point d’être considéré comme LA référence en la matière !
Ah ! mais attention, car il y a « rayon » et « rayon »…
Il ne faut pas confondre le « rayon de lumière » et le « rayon d’une ruche ». Le premier « rayon », celui du soleil, nous éclaire, nous réchauffe et nous irradie, alors que le second « rayon », celui de la ruche, est composé d’alvéoles où se trouve le miel fabriqué par les abeilles. On est tenté de se dire que celui qui nous intéresse est le « rayon » de soleil, devenu symbole royal. Louis XIV est le Roi-Soleil, personnage rayonnant ! Et croyez-moi, c’était un souverain qui « en connaissait un rayon » pour diriger la France ! Eh bien non, l’expression « en connaître un rayon » nous vient du « rayon d’une ruche » fabriqué par ces infatigables travailleuses. Ces rayons parfaitement parallèles sont devenus nos étagères, nos rayonnages ! Ces petites planches horizontales s’installent dans les bibliothèques pour nos livres, dans les placards et les armoires pour nos affaires mais aussi dans les boutiques, comme présentoirs… Quand les grands magasins apparaissent au XIX esiècle, les rayons ne désignent plus de simples étagères mais des parties entières. Il faut alors parler du « rayon jouet », du « rayon chaussure » ou du « rayon cycle », ce qui est un comble ! Chacun de ces rayons à son « chef de rayon », capable de vous dire si l’article que vous demandez est en rayon. Ou si, tout simplement, c’est de son rayon ! Mais pour pouvoir donner de telles réponses il faut « en connaître un rayon »…
L’expression « en connaître un rayon » nous vient du « rayon d’une ruche ».
Entre la poire et le fromage
« Entre la poire et le fromage » désigne aujourd’hui un instant vague, un moment imprécis au cours duquel il est possible d’échanger quelques mots ou quelques idées !
Pourtant à l’origine, cette expression rassemblait, comme dans les anciennes tragédies, les trois unités de lieu, de temps et d’action !
Car c’est à table, après avoir mangé la poire et avant de déguster le fromage que se glissait cet instant de conversation…
Cette expression rassemblait, comme dans les anciennes tragédies, les trois unités de lieu, de temps et d’action !
Non, non il n’y a pas d’erreur… jadis, à la fin des repas, les fruits étaient bien servis AVANT le fromage et parmi les fruits les plus appréciés il y avait la pomme toute ronde, bien ferme et juteuse, et la poire oblongue, douce et fondante, si délicieuse !
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