C’est bien beau de demander dans les contes de fées : « Qui est la plus féerique de toutes ? » Mais, dans la réalité, aucune magie, féerique ou humaine, ne peut être amenée à répondre à une question aussi imprécise.
Penlaw est le nom d’un lieu de Northumbrie où John Uskglass et son armée de fées apparurent pour la première fois en Angleterre.
« Fromage remarquablement mince et plat. » Cf. Les Joyeuses Épouses de Windsor , Shakespeare, Œuvres complètes , t. II, La Pléiade, éd. Gallimard (N.d.T.) .
Ce sont là les trois éléments habituels d’un sort d’évocation anglais traditionnel. L’émissaire trouve le personnage évoqué, le chemin l’amène jusqu’à l’évocateur et les étrennes (ou présent) le contraignent à venir.
« Florilegium », « épitomé » et « écrémage » sont des termes désignant des parties de sorts.
Au XIII eet au XIV esiècle, les fées d’Angleterre aimaient ajouter à leur magie des adjurations à des saints chrétiens choisis aux hasard. Si elles étaient déconcertées par la doctrine chrétienne, les fées étaient en effet grandement attirées par les saints, en qui elles voyaient de puissantes créatures surnaturelles dont il était utile d’obtenir la protection. Ces adjurations étaient appelées florilegia (littéralement, choix ou recueils de fleurs) et les fées les enseignaient à leurs maîtres chrétiens. Lorsque la religion protestante s’implanta en Angleterre et que les saints tombèrent en disgrâce, les florilegia dégénérèrent en suites inintelligibles de mots magiques et de fragments d’autres sorts, prononcées par le magicien dans l’espoir que certaines d’entre elles pourraient agir.
Un épitomé est une forme de sortilège hautement condensée, inséré dans un autre sort pour le renforcer ou étendre son champ d’application. Dans le cas présent, un épitomé de conservation et de libération est destiné à protéger le magicien du personnage évoqué. Un écrémage est un saupoudrage de mots ou de charmes (dans le texte skimmer , dérivé d’un mot dialectal de l’anglais du Nord signifiant « briller » ou « étinceler »). Un écrémage de supplication incite le personnage évoqué à aider le magicien.
Le dernier élément d’un sort d’évocation réussi est d’ordre temporel. Le magicien doit faire savoir au personnage évoqué quand il est censé se manifester, sinon (comme Strange l’avait jadis observé) celui-ci peut faire son apparition n’importe quand et ainsi croire qu’il a rempli ses obligations. Un bout de chandelle est un expédient très commode : le magicien ordonne au personnage évoqué d’apparaître quand la flamme s’éteint.
Cette tourmente de corbeaux est aussi décrite dans l’histoire de la fille du gantier de Newcastle racontée au chapitre XXXIX.
Un nombre étonnant de rois et de reines du royaume des fées ont été humains. John Uskglass, Stephen Black et Alessandro Simonelli en sont déjà trois. Les fées sont en général irrémédiablement indolentes. Bien qu’elles affectionnent les plus hautes dignités, les honneurs et les richesses, elles détestent le dur labeur du gouvernement.
Bien des années après, les habitants de Clun disaient que, par une pleine lune d’hiver, si l’on se dressait légèrement sur la pointe des pieds près d’un arbre particulier, et qu’on tendît le cou pour regarder entre les branchages d’un autre arbre, il était encore possible d’apercevoir Ashfair au loin. Sous la neige et le clair de lune, l’édifice paraissait surnaturel, perdu et solitaire. Avec le temps, cependant, les arbres poussèrent dans des sens différents et dissimulèrent Ashfair aux regards.
Ce phénomène n’est aucunement exceptionnel, ainsi que le montre le passage suivant, extrait du Magicien moderne (automne 1812) : « Où se trouve la demeure de Pale ? Celle de Stokesey ? Pourquoi personne ne les a-t-il jamais vues ? La maison de Pale se trouvait à Warwick, on connaissait la rue exacte. La maison de Stokesey était en face de la cathédrale à Exeter. Où est donc le château du roi Corbeau à Newcastle ? Tous ceux qui l’ont vu ont déclaré que cette maison était la première au monde, pour sa beauté et sa splendeur… Mais l’a-t-on revue depuis les Temps modernes ? Non. Est-il fait mention de sa destruction ? Non, elle a simplement disparu. Toutes ces demeures existent quelque part mais, quand le magicien part ou rend l’âme, elles disparaissent à la vue. Lui peut y entrer et en sortir à sa guise, nul autre ne peut les retrouver.
Nombre des nouveaux magiciens demandèrent à Lord Liverpool et aux ministres l’autorisation d’aller trouver Strange et Norrell. Certains gentlemen se montrèrent assez avisés pour joindre à leur requête des listes d’accessoires, magiques comme de ce monde, dont ils pensaient pouvoir avoir besoin – ils espéraient que le gouvernement aurait l’amabilité de les leur fournir. L’un deux, un certain Beech de Plymouth, sollicita même le prêt des dragons Inniskilling. [Célèbre régiment, compagnon des Scots Greys dans les charges de Waterloo (N.d.T.) .]
Strange ne fut complètement lavé de cette calomnie qu’au retour d’Arabella Strange en Angleterre, au début de juin 1817.
Il y a très peu de magiciens modernes qui ne se revendiquent pas strangistes ou norrellistes, la seule exception notable étant John Childermass. Chaque fois qu’on lui pose la question, il prétend en effet se situer quelque part entre les deux. Comme cela équivaut à prétendre être Whig et Tory à la fois, personne ne comprend ce qu’il entend par là.