— Merci ! répondit gaiement Zeke. Je n’oublierai pas, ne vous inquiétez pas. Vous êtes un champion, mec !
— Tu l’as dit, répondit-il.
Mais Zeke était déjà dans le couloir, à une allure à mi-chemin entre la petite foulée et le sprint. Il trouva l’escalier quelques instants après et grimpa avec un tout nouveau sens de l’orientation. Il y avait peut-être du grabuge en haut, mais il y avait peut-être aussi des gens avec des masques à gaz. Peu importait le type, et peu importait à qui il allait devoir le voler, Zeke comptait bien en récupérer un, coûte que coûte.
L’escalier était plongé dans le noir, et il ne trouva aucun moyen de l’éclairer, mais il n’y avait qu’un seul étage à monter et il pouvait se guider au bruit qu’il entendait au-dessus.
On aurait dit des hommes qui couraient dans tous les sens. Des cris venaient renforcer le chaos et, pendant qu’il grimpait dans le noir, trébuchant à chaque marche, une explosion secoua le sol.
Zeke perdit l’équilibre et chercha à attraper une rambarde ou un appui, mais n’en trouva pas. Il tomba sur les mains et les genoux.
Les vibrations s’évanouirent et il se remit debout. Il se frotta les mains sur son pantalon et longea le mur jusqu’à ce qu’une ligne blanche au sol révèle le bas d’une porte donnant sur un endroit éclairé. Mais s’il y avait une poignée, il ne la trouva pas. Alors qu’il s’appuyait contre le battant et essayait frénétiquement de l’ouvrir, l’agitation à l’extérieur augmenta, et il se demanda si c’était vraiment par là qu’il voulait aller.
Le bruit caractéristique de coups de feu s’ajouta aux cris et aux bruits de course.
Zeke cessa de chercher une sortie et s’immobilisa, impressionné par les tirs. Il fut sur le point de changer d’avis. En haut, c’était comme s’il y avait la guerre, ce qui contrastait avec l’environnement calme, riche et silencieux de l’étage qu’il venait de quitter. Est-ce que c’était ce que Lester avait murmuré à l’oreille de Minnericht ?
Il n’avait encore jamais vu un Pourri de près, pas un vrai, pas un affamé… et il n’avait certainement jamais vu une meute complète.
Une curiosité irrationnelle le poussa à chercher à nouveau la poignée.
Ses doigts rencontrèrent quelque chose qui aurait pu être un levier, mais situé un peu plus haut qu’un loquet ordinaire. Il l’attrapa et tira, mais rien ne se produisit. Il poussa encore, appuyant de tout son poids pour enfoncer la chose, mais la porte ne bougea pas.
Mais soudain, quelque chose cogna de l’autre côté.
Quelque chose de gros et de lourd s’écrasa contre elle, la projetant vers l’intérieur et coinçant violemment Zeke entre le battant et le mur. Le choc lui coupa le souffle. Il se recroquevilla au sol en tenant sa tête blessée, même s’il était trop tard pour la protéger. Il hoqueta et inspira quelques bouffées d’un air qui puait la poudre et le résidu de Fléau. L’air collait au fond de sa gorge, et Zeke laissa échapper un petit son que personne n’aurait dû entendre au-dessus de la clameur de l’autre côté de la porte.
Sauf que quelqu’un l’entendit.
La personne écarta la porte pour regarder ce qui se trouvait derrière et découvrit Zeke, meurtri et roulé en boule, qui essayait de se couvrir la tête et le visage. Cette même personne projetait une ombre très large et, même en regardant entre ses doigts, l’adolescent pouvait voir la forme qui bouchait le passage.
— Hé, toi. Qu’est-ce que tu fais là ? Lève-toi, dit un homme à travers un dispositif qui donnait à sa voix une tonalité mécanique.
C’était comme si tous ses mots étaient filtrés à travers un tamis en métal.
— Je… hum… Ça ne vous ennuie pas de fermer la porte ?
Zeke était troublé et effrayé, et d’autres coups de feu résonnaient d’un mur à l’autre, tirés d’un endroit à proximité. Il bougea les mains et écarquilla les yeux, observant le mastodonte à contre-jour et ne voyant rien d’autre qu’une silhouette pas tout à fait humaine. C’était celle d’un homme portant une armure, ou du moins un costume en acier, avec un masque en forme de tête de bœuf.
Pendant quelques secondes, l’homme resta silencieux tandis que les balles sifflaient et retentissaient, ricochant sur ses épaules. Puis il dit :
— Ce n’est pas un endroit sûr pour un garçon. Qu’est-ce que tu fais là ?
Il avait posé la question lentement, comme si la réponse était très importante.
— J’essaie de sortir d’ici, lança Zeke. Ils m’ont enlevé mon masque, en bas ! Je pensais…
Ses pensées furent interrompues par quelque chose de plus fort et plus long qu’un simple tir de revolver dans la pénombre, de l’autre côté de l’homme en armure.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Zeke, à deux doigts de se mettre à hurler.
L’homme trembla sous le coup de l’explosion dans son dos, il s’appuya contre le chambranle, ses bras épais et larges s’étirant pour l’aider à se retenir. Il répondit :
— C’est le canon à rafales soniques du Dr. Minnericht. Il envoie du son aux gens, comme un canon. (Pendant un moment, il eut l’air d’être sur le point de rajouter quelque chose, mais se ravisa). Sortir est une bonne idée, mais pas par-là, il ne vaut mieux pas.
Puis, il ajouta :
— Ezekiel, c’est toi, n’est-ce pas ?
— Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?
— Je connais quelqu’un qui te cherche, répondit-il.
Mais cela n’était pas très rassurant. Le premier visage qui vint à l’esprit de Zeke fut celui du géant qui pilotait le ballon qui s’était écrasé sur le fort.
L’homme qui bloquait la sortie rien qu’avec sa taille pouvait être un ami du pirate, voire pire. Il pouvait faire partie de l’équipage ou être un mercenaire et, dans la liste de toutes les choses que Zeke voulait faire, retourner vers cet homme dont les mains étaient presque aussi grosses que des paniers arrivait loin, tout à la fin. Par ailleurs, il n’aimait pas trop que l’homme masqué connaisse son nom, car cela ne pouvait qu’empirer la situation. À présent, le pirate de l’air savait qui il recherchait, et il envoyait des soldats à ses trousses.
— Non, répondit Zeke, en guise de réponse générale à tout ce qui lui avait été demandé. Non, laissez tomber. Laissez-moi partir.
L’homme secoua la tête et les jointures de son masque craquèrent tandis que le métal grinçait contre ses épaules renforcées.
— Tu peux partir, mais tu ne peux pas passer par ici. Tu vas te faire tuer !
— Il me faut un masque !
— Écoute, déclara l’homme. (Il regarda par-dessus son épaule et repéra quelque chose de prometteur.) Reste ici, et je vais t’en chercher un.
Il avait l’air aussi infranchissable qu’un fossé, même avec tout le courage que Zeke pouvait réunir. Mais s’il décidait de s’écarter pendant quelques secondes, cela donnerait au garçon le temps de déguerpir.
— D’accord, murmura-t-il, en faisant un signe de tête.
— Tu restes là et tu ne bouges pas ?
— Non, monsieur, je ne bougerai pas, lui assura Zeke.
— Bien. Je reviens dans une minute.
Mais dès que l’homme à l’armure métallique eut tourné les talons, Zeke s’engouffra derrière lui et se glissa à la lisière de la bataille.
Trop effrayé pour se figer et trop exposé pour rester calme, il s’accroupit et fila vers la cachette la plus proche qu’il put trouver : une pile de caisses qui étaient éparpillées et se dissolvaient sur place au fur et à mesure que les balles déchiquetaient leurs angles. Un éclair chaud, provoqué par quelque chose de dur et rapide, lui brûla le dos, faisant un trou dans sa chemise.
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