Halter,Marek - Marie

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Marie: краткое содержание, описание и аннотация

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Elle pirouetta sur elle-même et annonça, comme une preuve de ce qu’elle venait de dire :

— Je vais changer de tunique. La couleur de celle-ci ne va pas du tout avec ce collier.

Elle s’éloigna, vive et légère. Quand elle eut disparu dans la maison, Rachel eut un petit hochement de tête.

— C’est ainsi que les enfants prennent de l’âge et vous deviennent étrangers. Mais qui sait si elle n’a pas raison ?

— Elle a raison, approuva Miryem. La beauté existe et Dieu ne veut certainement pas que nous l’oubliions. Il est bon, il est même merveilleux que des êtres comme Mariamne existent. Et elle a raison aussi quand elle me trouve trop sérieuse ! Je voudrais…

Elle s’interrompit, cherchant comment annoncer à Rachel son désir de quitter sa demeure, de retourner à Nazareth ou auprès de son père. Des oiseaux passèrent au-dessus d’elles, piaillant bruyamment. Elle leva la tête pour en suivre le vol. De l’autre côté de la maison on entendit le rire de Mariamne avec les servantes, le roulement du char de voyage que l’on mettait à l’abri. Avant que Miryem reprenne la parole, Rachel, lui attrapant le poignet, l’entraîna en contrebas de la terrasse, dans les vergers.

— Il y a d’autres nouvelles que je voulais te donner avant que Mariamne nous interrompe, fit-elle d’une voix pressante.

Elle retira un morceau de parchemin de la pochette de ceinture de sa tunique.

— J’ai reçu une lettre de Joseph d’Arimathie. Il ne pourra plus venir nous visiter car ses séjours auprès de nous, « les femmes », font scandale dans sa communauté. De nouveaux frères l’ont rejoint pour étudier la médecine avec lui. Mais ils renâclent, exigent que Joseph se montre plus distant avec nous… Il ne le précise pas, mais je pense qu’on peut y voir l’œuvre de Guiora. Il doit craindre l’influence de Joseph sur les esséniens, alors que lui entretient chez ses condisciples de Gamala une haine farouche des femmes.

— Pas seulement des femmes. Des am-ha-aretz, des étrangers, des malades ! s’indigna Miryem. En vérité, il hait les faibles et ne respecte que la force et la violence. Ce n’est pas un homme agréable. A mon avis, pas même un sage. J’ai rencontré Guiora à Nazareth, avec mon père, Joseph d’Arimathie et Barabbas. Il ne savait s’accorder qu’avec lui-même…

Rachel acquiesça, amusée.

— Voilà aussi de qui je voulais te parler : Barabbas. Son nom courait sur toutes les bouches à Césarée, à Tarichée, sur le chemin de mon retour.

Un frisson d’angoisse courut sur la nuque de Miryem. Elle se raidit. Rachel perçut son inquiétude et secoua la tête.

— Non, je n’apporte pas de mauvaises nouvelles… au contraire. On raconte qu’il a levé une bande de plus de cinq cents ou six cents brigands. Et qu’il s’est allié avec un autre bandit…

— Matthias, sûrement, murmura Miryem.

— Je n’ai pas appris son nom, mais à eux deux ils réunissent un bon millier de combattants. On dit qu’ils ont mis la cavalerie en déroute deux ou trois fois, en profitant de ce qu’Hérode, dans sa démence, a emprisonné ses propres généraux.

Miryem souriait. Plus qu’elle n’aurait aimé le reconnaître, elle était soulagée, heureuse, et même envieuse.

— Oui, reprit Rachel en répondant à son sourire, il est agréable d’entendre ça. Bien sûr, dans Césarée ou Tarichée, et même à Sepphoris, certains craignent pour leurs richesses. Ils crient au « brigand », au « vaurien », traitent Barabbas de « suppôt de la terreur ». Mais on m’a assuré que les braves villageois de Galilée chantaient et priaient pour lui. Et qu’il trouve toujours un moyen de se cacher parmi eux quand il le doit. C’est bien…

Elle se tut, le regard perdu.

— Je vais partir, déclara soudain Miryem.

— Tu veux le rejoindre ? fit aussitôt Rachel. Oui, bien sûr. Je m’en suis doutée dès l’instant où j’ai entendu ces nouvelles.

— J’étais décidée à partir avant de t’entendre. Je voulais attendre ton retour et l’anniversaire de Mariamne.

— Elle va être malheureuse sans toi.

— Nous nous reverrons.

— Bien sûr…

Les yeux de Rachel brillaient.

— Je vous aime de tout mon cœur toutes les deux, poursuivit Miryem d’une voix mal assurée. J’ai passé dans cette maison des moments que jamais je n’oublierai. J’ai tant appris de toi…

— Mais il est temps que tu partes, l’interrompit Rachel sans amertume. Oui, je comprends.

— Mon esprit n’est plus en paix. Je me réveille la nuit et me répète que je ne devrais pas dormir. N’en sais-je pas assez, maintenant ? Ici, je suis bien, j’apprends et je reçois tant de choses, ton amour et celui de Mariamne… mais je donne si peu en échange !

Rachel lui enlaça tendrement les épaules en secouant la tête.

— Ne crois pas cela. Ta présence est un don, dont Mariamne et moi saurions nous contenter. Mais je comprends ce que tu ressens.

Elles demeurèrent silencieuses, unies par la même tristesse et la même affection.

— Il est temps qu’il advienne quelque chose, mais comment ? Nous ignorons ce que nous voulons. Parfois, il me semble qu’un mur se dresse devant nous, chaque jour plus haut, plus infranchissable. Les mots, les livres, même nos pensées les plus justes paraissent l’épaissir. Tu as raison de repartir dans le monde. Vas-tu rejoindre Barabbas ?

— Non. Je doute qu’il ait besoin de moi pour se battre.

— Peut-être nous trompons-nous et a-t-il raison ? Peut-être l’heure de la révolte a-t-elle sonné ?

Miryem hésita avant d’annoncer :

— Je n’ai pas de nouvelles de mon père et de ma mère depuis longtemps. Je vais les retrouver. Ensuite…

— Accorde-nous encore la journée de demain. Que Mariamne puisse te faire de vrais adieux. Tu pourras emprunter mon char de voyage…

Miryem voulut protester. Rachel posa la pointe de ses doigts sur ses lèvres.

— Non, laisse-moi t’offrir cette aide. Les routes ne sont pas si sûres qu’une jeune fille puisse s’y aventurer seule.

10.

La nuit suivante, comme tant d’autres auparavant, Miryem se réveilla au cœur de l’obscurité. Elle ouvrit les yeux. Près d’elle, Mariamne dormait, la respiration régulière. Une fois encore, elle envia le sommeil paisible de son amie.

Pourquoi, à peine ouvrait-elle les paupières, était-elle saisie par le sentiment coupable de n’avoir pas droit au repos ? L’angoisse l’oppressait. Il lui semblait qu’on avait glissé un chiffon mouillé dans sa gorge.

Elle regrettait d’avoir promis à Rachel de demeurer une journée de plus à Magdala. Il aurait mieux valu prendre le chemin de Nazareth ou de Jotapata dès les premières lueurs de l’aube nouvelle.

Silencieuse, elle quitta sa couche. Dans la pièce suivante, elle contourna le lit où dormaient deux servantes pour atteindre le grand vestibule.

Pieds nus, un châle épais jeté sur sa tunique, elle sortit de la maison, foula sans hésiter l’herbe humide de la nuit. Un quartier de lune découpait des silhouettes imprécises sur la rive du lac. Elle s’en approcha avec prudence. Ces dernières semaines, ses nuits avaient été si souvent ponctuées par cette promenade nocturne qu’elle parvenait à se repérer aux seuls froissements des feuillages dans la brise et aux clapotis des vagues.

Elle se dirigea vers le muret d’appontage où l’on arrimait les barques de la maison. De la main elle frôla les pierres, en trouva une plus large et s’y assit. Devant elle, les joncs dressaient des murs opaques, s’avançant dans le lac à la manière d’un couloir. Le ciel, en contraste, paraissait clair. Sur l’autre rive, on devinait cette teinte bleue qui colore la nuit avant la venue de l’aube.

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