Brown, Dan - Le symbole perdu
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Le premier signe ressemblait à une flèche qui pointait vers le bas, ou à un calice. Langdon trouva rapidement le calice sur la grille de décryptage : situé dans le quadrant inférieur gauche, il accueillait la lettre S.
Le symbole suivant était un carré auquel il manquait le côté droit, marqué d’un point. Sur la grille, cela correspondait à la lettre O.
Le troisième, un carré normal, renfermait la lettre E.
S O E
Il continua ainsi jusqu’à avoir converti les seize signes en lettres. En contemplant la traduction complète, il ne put que pousser un soupir perplexe. Ce n’est pas ce que j’appellerais une révélation, songea-t-il.
Le visage de Bellamy trahissait un soupçon d’amusement.
— Comme vous le savez, professeur, les Mystères anciens sont réservés aux seuls hommes éclairés.
— Oui, marmonna Langdon.
Apparemment, je n’en fais pas partie.
50.
À Langley, dans une pièce au sous-sol du bâtiment de la CIA, la même inscription maçonnique de seize caractères flottait sur l’écran haute résolution de Nola Kaye, l’analyste en chef du Bureau de la sécurité. Assise seule à sa table de travail, elle était en train d’examiner la photo que lui avait envoyée sa supérieure par e-mail.
C’était une blague ou quoi ? Nola savait que non, bien sûr – sa patronne, Inoue Sato, ne se distinguait pas par son sens de l’humour, et les événements de la soirée étaient tout sauf une plaisanterie. Le niveau d’autorisation de Nola au sein de la CIA lui avait ouvert les yeux depuis longtemps sur les sphères occultes du pouvoir. Malgré cela, les dernières vingt-quatre heures avaient changé à jamais sa vision des puissants – et des secrets qu’ils cachaient.
— Oui, madame, dit-elle au téléphone, le combiné calé entre la joue et l’épaule. Il s’agit effectivement d’un code maçonnique. Je l’ai déchiffré, mais ça ne signifie strictement rien. On dirait juste une série de lettres disposées au hasard.
Elle regarda à nouveau la grille.

— Ça veut forcément dire quelque chose, insista Sato.
— À moins qu’il n’y ait une seconde couche de cryptage que j’ignore...
— Une idée ?
— Vu que c’est une grille, je peux la passer aux filtres habituels – Vigenère, treillis, matrices, etc. –, mais je ne vous promets rien. Surtout si c’est un code à utilisation unique.
— Faites au mieux, mais faites-le vite ! Et les rayons X ?
Nola fit pivoter la chaise pour passer à son deuxième poste, qui affichait une photo classique d’un portail de sécurité – un sac vu aux rayons X. Sato lui avait demandé d’examiner l’élément de forme pyramidale contenu dans une petite boîte. En temps normal, pour qu’un objet de cinq centimètres de haut inquiète la sécurité nationale, il fallait que ce soit du plutonium enrichi – ce qui n’était pas le cas ici. Non, la pyramide était faite d’une matière presque aussi surprenante.
— L’analyse de densité de l’image donne 19,3 grammes par centimètre cube. De l’or pur.
— Autre chose ?
— Oui. Le scan a détecté des aspérités mineures sur la surface de la pyramide. Figurez-vous qu’il y a une inscription dessus.
— Ah, oui ? fit Sato, optimiste. Qu’est-ce que ça dit ?
— Je ne sais pas encore. Les lettres sont à peine visibles. Je suis en train de jouer avec des filtres pour essayer de nettoyer l’image, mais la résolution d’origine n’est pas géniale.
— D’accord, continuez. Appelez-moi dès que vous aurez du nouveau.
— Oui, madame.
— Et... Nola ? reprit Sato d’un ton grave. Comme pour tout ce que vous avez appris au cours des dernières vingt-quatre heures, les photos de ces deux pyramides sont classées top secret. Ne consultez personne et communiquez uniquement avec moi. Je tiens à ce que ce soit bien clair.
— Très clair, madame.
— Bien. Tenez-moi au courant.
Elle raccrocha. Nola se frotta les yeux avant de ramener son regard trouble sur les écrans. Cela faisait plus de trente-six heures qu’elle n’avait pas dormi et elle savait pertinemment qu’elle ne fermerait pas l’œil jusqu’au dénouement de la crise.
Quel que soit ce dénouement.
*
Pendant ce temps, dans le Centre des visiteurs du Capitole, quatre agents de la CIA tout de noir vêtus se tenaient sur le seuil du tunnel, scrutant le passage mal éclairé telle une meute de chiens devant un terrier.
Après avoir raccroché, Sato se dirigea vers eux, la clé de l’Architecte à la main.
— Messieurs, dit-elle, vous avez bien compris les objectifs de la mission ?
— Affirmatif, répondit le chef de l’escouade. Nous avons deux cibles. Numéro un : pyramide en pierre gravée, trente centimètres de hauteur environ. Numéro deux : petit paquet de forme cubique, cinq centimètres environ. Vues pour la dernière fois dans le sac de voyage du professeur Robert Langdon.
— Exact. Nous avons besoin de ces objets intacts et au plus vite. Des questions ?
— Consignes pour le recours à la force ?
L’épaule de Sato l’élançait toujours à l’endroit où Bellamy l’avait frappée avec un os.
— Je vous l’ai dit : il est impératif que nous récupérions ces objets.
— Compris.
Les agents se retournèrent et s’enfoncèrent dans le tunnel.
Sato alluma une cigarette et suivit ses hommes du regard jusqu’à ce qu’ils disparaissent.
51.
Renonçant à sa prudence habituelle au volant, Katherine roulait à plus de cent quarante kilomètres heure sur Suitland Parkway. Son pied tremblant était resté collé sur l’accélérateur pendant deux bons kilomètres avant que sa panique ne retombe. Elle comprit alors que ses frissons incontrôlables n’étaient plus seulement un symptôme de sa peur.
Elle était frigorifiée.
L’air glacé de la nuit qui s’engouffrait par la vitre brisée fouettait son corps transi. Les pieds engourdis dans ses collants déchirés, elle se pencha pour prendre la paire de chaussures qu’elle gardait sous le siège passager. Le mouvement provoqua un accès de douleur intense dans son cou, là où l’agresseur avait planté ses doigts puissants.
Le démon qui avait fait irruption dans l’habitacle ne ressemblait en rien à l’homme blond que Katherine connaissait sous le nom de Christopher Abaddon. Ses cheveux lisses et épais, sa peau hâlée avaient disparu, remplacés par une fresque de tatouages terrifiants qui couraient sur son crâne, son torse nu et son visage.
Elle entendit sa voix – un murmure dans le vent qui sifflait à ses oreilles. « J’aurais dû te tuer il y a dix ans. La nuit où j’ai tué ta mère. »
Elle tressaillit, animée d’une certitude glaciale. C’était lui. Elle n’avait jamais oublié la violence démoniaque dans ses yeux, pas plus qu’elle n’avait oublié la détonation du pistolet quand Peter avait tiré – une balle, une seule, qui avait tué l’agresseur, et l’avait fait basculer dans le ravin, au fond de la rivière gelée. Il était passé au travers de la glace et n’était jamais remonté à la surface. La police avait cherché son cadavre pendant des semaines sans rien trouver, concluant au final que le courant avait dû l’emporter vers la baie de Chesapeake.
Katherine savait à présent qu’ils s’étaient trompés. Il était encore vivant.
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