Brown, Dan - Le symbole perdu

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Nous sommes seuls, Katherine... Rien que toi et moi... Aussi longtemps que nécessaire.

Il avança de quelques centimètres, à l’affût du moindre mouvement. Katherine Solomon allait mourir ce soir, dans les ténèbres du musée de son frère. Une fin appropriée. Il lui tardait d’annoncer sa mort à Peter Solomon. Dans le désarroi du vieil homme, Mal’akh trouverait enfin sa vengeance.

Soudain, à sa grande surprise, un point blanc s’alluma dans le noir. Katherine venait de commettre la dernière erreur de sa vie. Elle appelle à l’aide ? La lueur de l’écran flottait à hauteur de taille, une vingtaine de mètres plus loin, telle une balise éclatante sur un vaste océan d’encre. La longue traque qu’il avait anticipée n’aurait finalement pas lieu.

Il bondit en avant vers la lumière, conscient qu’il devait atteindre Katherine avant qu’elle joigne quelqu’un à l’extérieur. Il ne lui fallut que quelques secondes pour couvrir la distance. Il plongea sur sa proie, les bras tendus, prêt à la broyer.

Il faillit se briser tous les os de la main quand ses doigts s’écrasèrent contre le mur et se retournèrent. Il s’encastra contre une poutre en acier la tête la première et s’effondra au sol en hurlant de douleur. Jurant entre ses dents, il se remit péniblement debout, en s’aidant de la traverse horizontale sur laquelle Katherine Solomon avait intelligemment posé son téléphone ouvert.

*

Katherine courait sans se soucier du bruit que faisait sa main en rebondissant sur les gros rivets émaillant à intervalles réguliers le mur de l’Unité 5. Fonce ! Si elle continuait à le longer, elle arriverait tôt ou tard à la sortie.

Que fichait le gardien ?

Main gauche sur le mur et main droite devant elle pour se protéger, elle se demanda combien de mètres la séparaient encore de l’angle. Le mur semblait ne jamais finir, jusqu’à ce que la chaîne de rivets s’interrompe brusquement. Sa main gauche perdit le contact avec la paroi pendant plusieurs foulées, puis elle retrouva la surface familière. Elle fit aussitôt demi-tour et, à tâtons, découvrit une portion parfaitement lisse. Pourquoi est-ce qu’il n’y a rien, ici ? se demanda-t-elle.

Au loin, le prédateur s’était relevé et titubait pesamment dans sa direction, se guidant lui aussi à l’aide du mur. Ce fut pourtant un autre bruit qui l’effraya le plus : un martèlement incessant – sûrement l’agent de sécurité sur la porte de l’Unité 5.

Le garde n’arrivait pas à entrer ?

Malgré cette pensée terrifiante, l’origine des coups – en diagonale sur sa droite – lui permit instantanément de s’orienter. Elle savait exactement où elle se trouvait. Cette révélation en entraîna une autre : elle comprit ce qu’était le panneau lisse.

Chaque unité était équipée d’un quai de déchargement, une gigantesque paroi coulissante qui permettait de transférer les spécimens de très grande taille. Comme les portes d’un hangar à avions, celle-ci était colossale ; Katherine n’aurait jamais imaginé un jour devoir s’en servir. Or, à ce moment-là, c’était peut-être sa seule chance de survie.

Pouvait-on l’ouvrir manuellement ?

Katherine tâtonna dans le noir jusqu’à trouver une grosse poignée en métal. La saisissant à deux mains, elle s’arc-bouta de tout son poids. Sans résultat. Elle persévéra, mais la porte refusait de bouger.

Malheureusement, ses efforts aidèrent son agresseur à la localiser. Il accélérait l’allure. Il doit y avoir un verrou ! se dit-elle. Prise de panique, elle fit glisser ses doigts sur toute la surface de la porte, à la recherche d’un loquet ou d’un quelconque levier. Sa main se referma soudain sur une barre de fer verticale qu’elle suivit jusqu’au sol. À genoux par terre, elle sentit que la tige métallique s’enfonçait dans un orifice creusé dans le béton. Une crémone ! C’était elle qui bloquait la porte. Elle se releva, l’empoigna fermement et, en poussant sur ses jambes, la sortit du trou.

Il n’est plus très loin, dépêche-toi !

Elle retrouva rapidement la poignée et, à nouveau, tira dessus de toutes ses forces. Même si le panneau massif sembla à peine bouger d’un millimètre, un mince rayon de lune s’était infiltré dans l’entrepôt. Katherine tira encore. Le rayon se transforma en éventail. Encore un peu ! Elle mobilisa ses dernières forces, certaine que le prédateur ne se trouvait plus qu’à quelques mètres.

Se précipitant enfin vers la lumière, Katherine se tortilla pour passer de profil dans l’ouverture. Une main émergea des ténèbres et tenta de l’agripper pour la ramener à l’intérieur, mais elle parvint à s’extirper du bon côté, poursuivie par un bras aux muscles couverts d’écaillés tatouées. Le bras fouettait l’air tel un cobra à l’attaque.

Katherine pivota et s’enfuit le long du mur extérieur. Le lit de cailloux qui recouvrait les abords du complexe lui déchirait la plante des pieds ; elle serra les dents et continua en direction de l’entrée principale. Il faisait nuit noire, mais ses pupilles étaient tellement dilatées après son séjour dans l’Unité 5 qu’elle y voyait parfaitement, presque comme en plein jour. Elle entendit dans son dos le grondement de la porte qui s’ouvrait et les pas lourds de l’homme qui se lançait à ses trousses. Il courait à une vitesse incroyable.

Jamais je n’arriverai jusqu’à l’entrée ! Sa Volvo n’était pas loin, mais la distance restait trop grande. Il va me rattraper.

Elle n’avait plus qu’une dernière chance.

A quelques mètres du coin de l’entrepôt, elle sentit que l’agresseur la talonnait. C’est maintenant ou jamais. Au lieu de contourner l’angle, elle piqua dans la direction opposée s’éloignant du bâtiment pour s’élancer vers le gazon. Elle ferma les yeux et se couvrit le visage à deux mains, courant à l’aveugle sur l’herbe.

Activé par des détecteurs de mouvement, l’éclairage de sécurité qui entourait le bâtiment transforma la nuit en jour. Un mugissement de douleur retentit derrière Katherine quand les projecteurs brûlèrent les pupilles hyper-dilatées de son assaillant avec une intensité lumineuse de vingt-cinq millions de candelas. Elle l’entendit trébucher sur les cailloux.

Katherine garda les paupières fermées en s’en remettant à son instinct. Lorsqu’elle eut l’impression d’être assez loin des projecteurs, elle rouvrit les yeux et corrigea sa course en direction du parking.

La clé de la Volvo était exactement là où elle la laissait toujours, dans le vide-poche entre les deux sièges. Hors d’haleine, elle s’en empara rapidement de ses doigts tremblants et l’enfonça dans le contact. Quand le moteur démarra en ronronnant, les phares projetèrent leur lumière sur un spectacle terrifiant.

Une forme hideuse se ruait sur elle.

Le sang de Katherine se figea.

La créature, un animal glabre, se dressait torse nu, la peau recouverte d’écaillés, de textes et de symboles tatoués. Frappé par les faisceaux lumineux, il rugit et leva les mains devant ses yeux tel un troglodyte voyant le soleil pour la première fois. Katherine tendit la main vers le levier de vitesse mais le monstre était déjà sur elle, faisant exploser la vitre d’un coup de coude qui envoya une cascade de verre sur ses genoux.

Le bras reptilien s’engouffra par la fenêtre, les doigts se refermèrent sur le cou de Katherine. Elle réussit à enclencher la marche arrière malgré son agresseur qui lui comprimait la trachée avec une force inouïe. Tournant la tête pour essayer d’échapper à sa prise, elle se trouva soudain nez à nez avec lui. Quatre griffures sombres lui striaient la joue, quatre coups d’ongle qui avaient mis à nu les tatouages sous le maquillage. L’homme avait un regard de dément.

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