Brown, Dan - Le symbole perdu
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Bellamy prit le paquet cubique et le soupesa.
— Cette pyramide mesure moins de trente centimètres de hauteur, insista Langdon. Toutes les versions de l’histoire évoquent une pyramide monumentale.
L’Architecte s’attendait visiblement à cette réfutation.
— Comme vous le savez, la légende parle d’une pyramide qui s’élève si haut que Dieu lui-même peut tendre la main et la toucher.
— Précisément.
— Je comprends votre objection, professeur. Or, tant les Mystères anciens que la philosophie maçonnique célèbrent l’existence potentielle du divin en chacun d’entre nous. D’un point de vue symbolique, on pourrait considérer que tout ce qui est à portée de l’homme éclairé est à portée de Dieu.
Ce n’était pas en jouant sur les mots qu’il allait convaincre Langdon.
— Même la Bible le confirme, reprit Bellamy. Si nous acceptons que, comme l’affirme la Genèse, Dieu a créé l’homme à Son image, nous devons par conséquent accepter ce que cela implique : que l’humanité n’a pas été créée inférieure à Dieu. « Le royaume de Dieu est au-dedans de vous. » Évangile selon saint Luc, 17-21.
— Vous m’excuserez mais je n’ai jamais rencontré de chrétien qui se considérait l’égal de Dieu.
— Bien sûr que non ! rétorqua Bellamy avec une pointe de nervosité, parce que la plupart des chrétiens veulent une foi sans complications : ils préfèrent déclarer fièrement qu’ils croient en la Bible, tout en ignorant les parties trop complexes ou incommodantes.
Langdon ne répondit rien.
— Quoi qu’il en soit, poursuivit Bellamy, cette description de la pyramide : « assez grande pour être touchée par Dieu » a toujours entraîné des erreurs d’interprétation quant à sa taille. L’avantage, c’est que les universitaires demeurent convaincus qu’il s’agit d’une vulgaire légende et que personne ne la cherche.
Langdon regarda le bloc sculpté.
— Je suis désolé si je vous exaspère, dit-il, mais vous devez comprendre que j’ai toujours considéré que la Pyramide maçonnique était une légende.
— N’est-il pas parfaitement approprié qu’une carte créée par les maçons soit gravée dans la pierre ? Au fil de l’Histoire, nos points de repère les plus importants ont été consignés de cette manière. Exemple, les tables de la Loi que Moïse a reçues de Dieu – dix commandements pour guider l’existence humaine.
— Soit, mais on parle de « légende de la Pyramide maçonnique ». C’est l’expression consacrée.
— Ah, oui, la légende..., fit Bellamy avec un petit rire. J’ai bien peur que vous souffriez du même problème que Moïse.
— Pardon ?
Amusé, Bellamy pivota sur sa chaise et leva les yeux vers le balcon supérieur, où seize statues surplombaient la salle.
— Vous voyez Moïse ?
Langdon regarda la célèbre statue.
— Oui.
— Il a des cornes.
— Je sais.
— Savez-vous pourquoi ?
Les enseignants n’aimaient pas qu’on leur fasse la leçon, et Langdon ne dérogeait pas à la règle. Cette statue n’était qu’une parmi des milliers de représentations chrétiennes où Moïse était affublé de cornes, tout cela à cause d’une erreur de traduction de l’Exode. Le texte hébreu original disait de Moïse : « Karan ‘ohr panav. » Soit : « La peau de son visage rayonnait. » Lorsque l’Église romaine catholique avait créé la traduction latine officielle de la Bible, le traducteur avait, par erreur, traduit cette expression par : « cornuta esset facies sua » , ce qui signifiait « son visage était cornu ». Dès lors, artistes et sculpteurs avaient commencé à représenter Moïse avec des cornes, redoutant des représailles s’ils ne respectaient pas la Vulgate.
— A cause d’une erreur, répondit Langdon. Une traduction ratée de saint Jérôme aux alentours de l’an 400.
Bellamy parut impressionné.
— Exactement. Une erreur de traduction. Et le résultat, c’est que le pauvre Moïse restera disgracié pour l’éternité.
Délicieux euphémisme que ce « disgracié ». Enfant, Langdon avait été traumatisé par l’aspect diabolique du « Moïse cornu » de Michel-Ange, joyau de la basilique Saint-Pierre-aux-Liens de Rome.
— Si je mentionne cela, continua l’Architecte, c’est pour illustrer la manière dont un simple mot mal interprété peut réécrire l’Histoire.
Vous prêchez un converti, songea Langdon, qui avait personnellement été témoin de cela à Paris quelques années auparavant. SanGreal : Saint Graal. Sang-Real : Sang Royal.
— Dans le cas de cette pyramide, reprit Bellamy, on disait, sous le manteau, qu’il s’agissait d’une « légende ». Le mot est resté et, avec lui, l’idée que tout cela n’était qu’un mythe. Or, le mot « légende » faisait référence à autre chose. Comme le mot « talisman », il fut mal interprété. Le langage a parfois une capacité surprenante à occulter la vérité.
— C’est vrai... mais j’ai du mal à vous suivre.
— Robert, la Pyramide maçonnique est une carte. Et comme toutes les cartes, elle est accompagnée d’une « légende » – la clé qui vous permet de la lire. (Bellamy souleva le paquet de Solomon à hauteur des yeux.) Ne comprenez-vous donc pas ? La légende de la Pyramide, c’est cette pierre de faîte. La clé permettant de déchiffrer le document le plus précieux de la Terre : une carte indiquant l’emplacement d’un trésor inestimable – le savoir perdu des temps anciens.
Langdon resta muet.
— Je soutiens que votre colossale Pyramide maçonnique n’est rien de plus que ceci : un modeste bloc de pierre dont le pinacle en or s’élève assez haut pour être à la portée de Dieu. Assez haut pour qu’un homme éclairé puisse la toucher en se penchant.
Quelques secondes de silence s’écoulèrent.
Voyant soudain la pyramide sous un jour nouveau, Langdon sentit un frisson d’excitation inattendu le parcourir. Ses yeux glissèrent sur l’inscription.
— Ce code semble pourtant si...
— Simple ?
Langdon hocha la tête.
— N’importe qui, ou presque, pourrait le déchiffrer.
Bellamy sourit, avant de lui présenter du papier et un crayon.
— Dans ce cas, vous devriez peut-être nous éclairer sur sa signification.
Langdon n’aimait pas tellement l’idée de déchiffrer le code, même si, vu les circonstances, ce ne serait qu’une trahison mineure de la confiance de Peter. En outre, quoi que dise l’inscription, il ne croyait pas une seule seconde qu’elle leur révélerait la moindre cachette – et sûrement pas celle de l’un des grands trésors de l’Histoire.
Langdon prit le crayon de Bellamy et se mit à tapoter avec sur son menton pendant qu’il se concentrait sur le message. Le code était tellement élémentaire qu’il aurait pu le déchiffrer dans sa tête. Voulant s’assurer de ne pas commettre d’erreur, il prit néanmoins la feuille de papier et y recopia la clé de cryptage la plus courante pour le chiffre des francs-maçons. Elle se composait de quatre grilles contenant les lettres de l’alphabet dans l’ordre, deux sans rien de plus et deux avec des petits points. Chaque compartiment avait un aspect unique et accueillait une seule lettre. La forme de l’enclos devenait le symbole pour cette lettre.
Le système était d’une transparence presque enfantine.

Langdon vérifia son travail. Certain de l’exactitude de sa clé, il reporta son attention vers le code inscrit sur la pyramide. Pour le déchiffrer, il lui suffisait de repérer la case qui correspondait à chaque signe et de noter la lettre qui se trouvait à l’intérieur.
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