Brown, Dan - Le symbole perdu
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— J’aurais dû te tuer il y a dix ans, gronda-t-il. La nuit où j’ai tué ta mère.
Frappée de plein fouet par ces paroles, Katherine fut assaillie par un souvenir effroyable : la lueur démoniaque dans ses yeux... ce n’était pas la première fois qu’elle la voyait. C’était lui ! Elle aurait hurlé si l’étau qui lui broyait la gorge lui en avait laissé la possibilité.
Elle écrasa l’accélérateur, la voiture bondit en arrière en entraînant l’homme avec elle, ce qui manqua de lui briser le cou. La Volvo continua sa course folle en montant sur un terre-plein et, au moment où Katherine crut que ses vertèbres cervicales allaient céder, des branches d’arbre raclèrent contre les flancs du véhicule, fouettèrent les vitres, et le poids sur son cou disparut.
La voiture traversa la haie et se retrouva sur le niveau supérieur du parking, où Katherine écrasa la pédale des freins. Plus bas, l’homme à moitié nu se redressa, les yeux fixés sur elle. Avec un calme glacial, il leva le bras d’un air menaçant et pointa l’index sur sa proie.
Le sang de Katherine bouillonnait de haine et de frayeur. Elle tourna le volant et appuya sur l’accélérateur. Quelques secondes plus tard, elle rejoignait Silver Hill Road dans un crissement de pneus assourdissant.
48.
Dans le feu de l’action, l’agent de sécurité Alfonso Nuñez avait aidé l’Architecte du Capitole et Robert Langdon à s’enfuir car cela semblait être la seule chose à faire. Maintenant qu’il était de retour au QG, l’orage grondait.
Le chef Anderson tenait une poche de glace appuyée sur son front pendant qu’un autre officier soignait les contusions de Sato. Debout devant les écrans de vidéosurveillance, ils visionnaient les enregistrements des caméras dans l’espoir de localiser le professeur et Bellamy.
— Vérifiez les bandes pour tous les couloirs et toutes les sorties ! ordonna Sato aux techniciens. Je veux savoir par où ils sont partis.
Nuñez avait mal au ventre. Ils ne vont pas tarder à trouver le bon enregistrement et apprendre la vérité, se disait-il.
Cerise sur le gâteau, quatre agents de terrain de la CIA fraîchement débarqués étaient en train de se préparer pour se lancer aux trousses des fugitifs. Ils étaient d’une tout autre trempe que les policiers du Capitole. Ces types étaient des soldats aguerris – camouflage noir, lunettes de vision nocturne, pistolets futuristes.
Le stress lui donnait envie de vomir. Finalement, il se décida et interpella Anderson d’un geste discret.
— Je peux vous parler, chef ?
— Qu’y a-t-il ?
Anderson suivit son subordonné dans le couloir.
— J’ai commis une grave erreur, dit Nuñez, la sueur perlant sur le front. Je vous présente mes excuses et je démissionne.
De toute façon, vous allez me virer dans quelques secondes, pensa-t-il.
— Qu’est-ce qui vous prend, Nuñez ?
Le jeune homme déglutit.
— Tout à l’heure, j’ai vu Langdon et l’Architecte Bellamy dans le Centre d’accueil des visiteurs, juste avant qu’ils sortent du bâtiment.
— Quoi ? s’exclama Anderson. Vous ne pouviez pas le dire plus tôt ?
— L’Architecte m’a demandé de n’en parler à personne.
— C’est pour moi que vous travaillez, pas pour lui ! hurla Anderson. Bellamy m’a fracassé le crâne contre le mur, bordel !
Nuñez tendit à son supérieur la clé que Bellamy lui avait confiée.
— Qu’est-ce que c’est ?
— La clé du nouveau tunnel sous Independence Avenue. C’est l’Architecte qui me l’a donnée. Ils se sont enfuis par là.
Anderson la contempla. Les mots lui manquaient.
Au même moment, Sato avança la tête dans le couloir, le regard inquisiteur.
— Que se passe-t-il ici ?
Nuñez blêmit. Anderson tenait la clé à la main, ce qui n’avait pas échappé à Sato. Alors que la petite femme hideuse s’approchait, Nuñez improvisa de son mieux en espérant protéger son chef.
— J’ai trouvé cette clé par terre au second sous-sol. J’étais en train de demander au chef Anderson si ça lui disait quelque chose.
Sato jeta un coup d’œil.
— Et alors ? Ça lui dit quelque chose ?
Nuñez leva les yeux vers Anderson, qui semblait passer en revue ses options avant d’ouvrir la bouche.
— Là, tout de suite, non, dit-il finalement en secouant la tête. Il faudrait que je vérifie...
— Pas la peine, le coupa Sato. C’est la clé d’un tunnel qui part du Centre des visiteurs.
— Vraiment ? Comment le savez-vous ?
— Je viens de voir la bande. Votre officier a laissé Langdon et Bellamy s’enfuir, avant de refermer la porte du tunnel derrière eux. C’est Bellamy qui lui a personnellement donné cette clé.
Anderson se tourna vers son agent en feignant la colère.
— C’est vrai ?
Nuñez hocha vigoureusement la tête, faisant de son mieux pour corroborer l’histoire.
— Je suis désolé, chef. L’Architecte m’a ordonné de ne rien dire à personne.
— Je m’en contrefous ! J’exige...
— Oh, bouclez-la, Anderson, cracha Sato. Vous êtes tous les deux de pitoyables menteurs. Économisez votre salive pour les gars qui vont vous cuisiner à Langley ! (Elle arracha la clé des mains d’Anderson.) Vous êtes finis.
49.
Langdon raccrocha, de plus en plus inquiet. Pourquoi Katherine ne répondait-elle pas au téléphone ? Elle avait promis de l’appeler dès qu’elle serait en sécurité hors du labo mais ne s’était toujours pas manifestée.
Assis à côté de lui à la table de lecture, Bellamy avait lui aussi essayé de téléphoner à quelqu’un – un homme qui, d’après lui, leur porterait assistance et leur offrirait refuge. Malheureusement, le téléphone avait sonné dans le vide. Bellamy avait laissé un message urgent en demandant à son ami de rappeler le numéro de Langdon au plus vite.
— Je réessaierai plus tard mais, pour l’instant, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Nous devons décider quoi faire avec cette pyramide.
La pyramide. Langdon était devenu aveugle aux merveilles de la salle de lecture. Désormais, seul existait pour lui son environnement immédiat : le bloc de granite, la boîte scellée contenant la pierre de faîte et l’homme noir distingué qui était sorti de nulle part pour le tirer des griffes de la CIA.
Langdon avait espéré trouver au moins une bribe de bon sens chez l’Architecte du Capitole, mais il se rendait compte à présent que Warren Bellamy n’était guère plus rationnel que le détraqué qui affirmait que Peter était au purgatoire. Bellamy croyait dur comme fer que la sculpture était bel et bien la légendaire Pyramide maçonnique.
— Monsieur Bellamy, commença Langdon poliment, cette idée d’un savoir ancien qui confère à l’homme d’immenses pouvoirs... Je n’arrive pas à la prendre au sérieux.
La déception qui traversa les yeux de Bellamy ne tempéra pas sa ferveur, ce qui rendit la situation encore plus embarrassante pour Langdon.
— C’est ce que je craignais, professeur, mais ça n’a rien de surprenant. Vous n’êtes qu’un observateur extérieur. Certaines vérités vous apparaissent comme des mythes car vous n’avez pas été initié et préparé pour les comprendre.
Langdon avait la désagréable impression d’être traité avec condescendance. Je n’appartenais pas à l’équipage d’Ulysse, songea-t-il, et pourtant je sais que le Cyclope est un mythe.
— Monsieur Bellamy, même si la légende est vraie, cette pyramide ne peut pas être la Pyramide maçonnique.
— Ah, non ? répliqua l’Architecte en passant le doigt sur l’inscription codée. Je trouve au contraire qu’elle correspond parfaitement à la description : une pyramide en pierre avec un sommet en métal scintillant – ce qui, d’après le cliché aux rayons X de Sato, est exactement ce que Peter vous a confié.
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