Brown, Dan - Le symbole perdu
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Pour éviter de rayer la surface en bois poli avec le bloc de granite brut, Langdon posa la sacoche sur la table, ouvrit la fermeture Éclair et écarta les pans pour dégager la pyramide. Warren Bellamy ajusta la lampe et se mit à étudier attentivement l’objet. Il caressa l’inscription gravée.
— Je présume que vous reconnaissez ce langage ?
— Bien entendu, répondit Langdon en observant les seize symboles.

Connu sous le nom de « chiffre des francs-maçons », cet alphabet était utilisé aux origines de la maçonnerie pour les communications privées entre frères. Cette méthode de cryptage avait été abandonnée depuis longtemps pour une raison élémentaire : elle était trop facile à déchiffrer. La plupart de ses étudiants de dernière année auraient été capables d’en percer le code en cinq minutes. Avec un crayon et une feuille de papier, Langdon y arriverait en moins de soixante secondes.
La simplicité notoire de ce code remontant au XVII esiècle était, dans la situation présente, source de paradoxes. D’une part, affirmer que Langdon était le seul à pouvoir le déchiffrer était ridicule. D’autre part, prétendre comme l’avait fait Sato qu’un code maçonnique puisse être d’une importance critique pour la sécurité du pays revenait à prétendre que les codes nucléaires étaient écrits à l’encre sympathique. Langdon ne savait que penser. Cette pyramide était une carte ? Qui indiquait l’emplacement d’un savoir ancien ?
— Robert, poursuivit Bellamy avec gravité, Sato vous a-t-elle expliqué son intérêt pour cet objet ?
Langdon secoua la tête.
— Pas vraiment. Elle n’arrêtait pas de répéter que c’était une question de sécurité nationale. Sûrement un mensonge.
— Peut-être.
Bellamy se frotta la nuque pensivement. Quelque chose semblait le tracasser.
— Mais il y a une possibilité infiniment plus inquiétante, dit-il en regardant Langdon droit dans les yeux. Peut-être que Sato a découvert le véritable potentiel de la pyramide.
47.
Katherine Solomon était plongée dans un océan de ténèbres.
Privée du contact rassurant du tapis, elle avançait à l’aveugle, les bras tendus devant elle, sans rencontrer aucun obstacle, et s’enfonçait en titubant dans les profondeurs du néant. À travers ses collants, elle sentait le béton froid tel un lac gelé aux confins invisibles, un environnement hostile dont elle devait à tout prix s’enfuir.
Ne percevant plus l’odeur d’éthanol, elle s’arrêta et attendit en silence. Parfaitement immobile, elle tendit l’oreille en implorant son cœur de cesser de tambouriner contre sa poitrine. Les pas lourds qui la suivaient s’étaient tus. L’ai-je semé ? Les paupières closes, elle tenta de se situer dans l’entrepôt. Dans quelle direction ai-je couru ? Où est la porte ? Inutile. Elle était tellement désorientée que l’issue pouvait être n’importe où.
La peur, disait-on, agissait comme un stimulant, aiguisait l’esprit et les capacités intellectuelles. En ce moment, sa peur avait transformé ses pensées en un magma de panique et de confusion. Même si je trouve la porte, je ne pourrai pas sortir. En laissant sa blouse, elle avait également abandonné sa carte magnétique. Seul point positif, elle était désormais une aiguille dans une botte de foin – une botte de près de 3000 mètres carrés. Malgré une irrésistible envie de s’enfuir, son esprit analytique lui soufflait que la seule chose logique à faire était de ne pas bouger. Du tout. Pas un geste. Pas un son. L’agent de sécurité allait bientôt arriver, et son agresseur, pour quelque mystérieuse raison, empestait l’éthanol.
S’il approche, je le sentirai.
Elle repensa à sa conversation avec Robert Langdon. « Peter a... disparu. » Une perle de sueur glacée se matérialisa sur son bras et coula vers sa main qui empoignait encore le téléphone. Un danger potentiel qu’elle avait complètement oublié. Si quelqu’un l’appelait, la sonnerie trahirait sa position, et elle ne pouvait pas l’éteindre sans l’ouvrir et déclencher l’éclairage.
Pose le téléphone par terre... et éloigne-toi, se dit-elle.
Trop tard. L’odeur d’éthanol se rapprochait sur sa droite. De plus en plus forte. Elle lutta pour garder son sang-froid, lutta contre l’impulsion de partir en courant. Lentement, prudemment, elle fit un pas vers la gauche. Apparemment, son agresseur n’attendait que le bruissement imperceptible de ses vêtements pour attaquer. Elle l’entendit plonger vers elle, l’odeur d’éthanol envahit ses narines tandis qu’une main puissante lui agrippait l’épaule. Elle se dégagea, poussée par une terreur pure qui chassa toute rationalité de son cerveau : elle détala à toutes jambes. Elle vira abruptement à gauche pour semer son poursuivant, fila à travers l’obscurité sans réfléchir.
Le mur surgit de nulle part.
Ses poumons se vidèrent sous la violence du choc. La douleur enflamma son bras et son épaule mais elle réussit à garder l’équilibre. Bien que l’angle de sa course lui eût épargné la force brute d’une collision frontale, il n’y avait pas de quoi se réjouir. L’espace vide agissait comme une caisse de résonance. Maintenant, il sait où je suis, songea-t-elle. Pliée en deux de douleur, elle leva soudain la tête et scruta les ténèbres, percevant son regard posé sur elle.
Ne reste pas là, bouge ! s’ordonna-t-elle.
À bout de souffle, elle se déplaça le long du mur en faisant courir sa main gauche sur les rivets plantés dans la paroi. Continue à suivre le mur. Passe sans te faire remarquer avant qu’il te coince. Elle serrait toujours son téléphone dans la main droite, prête à s’en servir comme projectile le cas échéant.
Katherine n’était absolument pas préparée pour le bruit qu’elle entendit ensuite – un froissement de vêtements droit devant elle. Elle s’arrêta net, retint sa respiration. Comment a-t-il fait pour être déjà là ? Une légère bouffée d’éthanol flotta jusqu’à elle. Il est en train de suivre le mur dans ma direction !
Elle recula de plusieurs pas. Faisant demi-tour en silence, elle rebroussa rapidement chemin, toujours le long de la paroi. Et, quelques mètres plus loin, l’impossible arriva. À nouveau, directement face à elle, elle entendit un frottement, accompagné par l’odeur fétide de l’éthanol. Katherine s’immobilisa.
Seigneur, il est partout !
*
Torse nu, Mal’akh fouillait les ténèbres du regard.
L’odeur d’éthanol sur ses manches s’était révélée être un sérieux handicap qu’il avait réussi à transformer en avantage, ôtant la veste et la chemise pour s’en servir contre sa proie. En lançant sa veste contre le mur sur sa droite, il avait entendu Katherine s’arrêter et faire demi-tour. En jetant la chemise sur la gauche, il lui avait coupé la route, la prenant au piège entre deux points qu’elle n’oserait pas dépasser.
Et maintenant, il se tenait aux aguets. Il ne lui reste qu’une direction : droit vers moi. Pourtant, Mal’akh ne percevait pas le moindre son. Soit Katherine était paralysée de peur, soit elle avait décidé d’attendre que les secours fassent irruption dans l’entrepôt. Quel que fût son plan, elle avait déjà perdu. Mal’akh avait endommagé le lecteur magnétique de l’autre côté de la porte afin d’empêcher toute intrusion. Il avait employé une technique peu sophistiquée mais très efficace, en enfonçant – après avoir débloqué la porte avec la carte de Trish – une pièce de monnaie si profondément dans la fente que personne ne pourrait utiliser l’appareil sans le démonter d’abord.
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