Brown, Dan - Le symbole perdu
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Katherine tendit les bras en arrière pour s’extraire de la blouse. Libre. Désorientée, sans savoir où était la sortie, Katherine s’élança tête baissée dans un abîme sans fond.
46.
Même si la bibliothèque du Congrès abrite la « plus belle salle du monde » aux dires de beaucoup de gens, l’édifice est moins connu pour sa splendeur architecturale que pour la richesse de ses collections. Avec plus de huit cents kilomètres de rayonnages – assez pour couvrir la distance de Washington à Boston –, elle remporte aisément le titre de plus grande bibliothèque de la planète. Et pourtant, elle continue encore et toujours à se développer, au rythme de dix mille nouveaux documents par jour.
Recevant peu après sa fondation les milliers d’ouvrages de science, littérature et philosophie qui composaient la collection personnelle de Thomas Jefferson, elle symbolisait l’engagement de l’Amérique pour la transmission du savoir. Elle avait été l’un des premiers édifices de Washington à être raccordés à l’électricité, ce qui l’avait transformée en un flambeau éclairant les ténèbres du Nouveau Monde.
Comme son nom l’indique, la Bibliothèque du Congrès fut créée pour servir le Congrès, dont les membres travaillaient de l’autre côté de la rue, au Capitole. Ce lien séculaire fut récemment renforcé par la construction d’une connexion physique, un long tunnel sous Independence Avenue reliant les deux bâtiments.
Et c’était dans ce tunnel faiblement éclairé, encore en chantier, que Langdon suivait Warren Bellamy en s’efforçant de calmer son inquiétude croissante pour Katherine. Pourquoi le ravisseur de Peter se trouvait-il au labo ? Langdon ne voulait même pas y penser. Quand il avait appelé Katherine pour la prévenir, ils s’étaient fixé un rendez-vous. Ce maudit tunnel ne finira-t-il donc jamais ? Un flot de pensées confuses tourbillonnait dans son crâne migraineux : Katherine, Peter, les francs-maçons, Bellamy, les pyramides, l’ancienne prophétie... et maintenant une carte !
Langdon secoua la tête et se concentra sur ses pas. Bellamy m’a promis des réponses, se dit-il.
Lorsque les deux hommes atteignirent enfin l’extrémité du tunnel, Bellamy précéda Langdon à travers des doubles portes encore en construction. N’ayant aucun moyen de bloquer l’accès, l’Architecte improvisa et installa une échelle de chantier en équilibre précaire contre les battants. Ensuite, il plaça un seau en fer au sommet. Si quelqu’un ouvrait les portes, le seau tomberait avec fracas.
C’était ça, leur système d’alarme ? En regardant le seau perché sur l’échelle, Langdon espéra que Bellamy avait un dispositif plus convaincant pour assurer leur sécurité. Les événements s’étaient déroulés si vite que Langdon commençait à peine à mesurer les conséquences de son geste. Je suis un fugitif recherché par la CIA !
Contournant un mur, il suivit l’Architecte vers un large escalier dont l’accès était interdit. Le sac de Langdon pesait lourdement sur son épaule.
— La pyramide en granite, dit-il. Je ne comprends toujours...
— Pas ici, l’interrompit Bellamy en enjambant la barrière. Nous l’examinerons à la lumière. Je connais un lieu sûr.
Langdon doutait qu’aucun lieu soit réellement sûr pour quelqu’un qui venait d’attaquer physiquement la directrice du Bureau de la sécurité de la CIA.
Au sommet des marches, ils débouchèrent dans une grande galerie en marbre italien, stuc et dorures, ornée de seize statues représentant la déesse Minerve. Bellamy continua sans ralentir vers l’est, en direction d’une arche qui s’ouvrait sur un espace encore plus majestueux.
Malgré l’éclairage réduit, le grand hall de la bibliothèque du Congrès conservait la magnificence d’un palais. Plus de vingt mètres au-dessus de leurs têtes, les vitraux du plafond étaient encadrés par des poutres lambrissées décorées à la feuille d’aluminium – un métal autrefois considéré plus précieux que l’or. Des paires de colonnes majestueuses bordaient le balcon du premier étage, auquel on accédait par deux magnifiques escaliers dont les pilastres supportaient des statues en bronze de femmes brandissant la torche de la connaissance.
Dans une curieuse tentative de se conformer au thème du savoir et de la modernité, tout en restant dans le registre architectural de la Renaissance, les rampes étaient décorées de putti affublés d’habits de scientifiques modernes. Un angelot électricien qui tient un téléphone ? Un chérubin entomologiste avec sa boîte de spécimens ? Langdon se demanda ce qu’en aurait pensé Le Bernin.
— Par là ! lança Bellamy. Nous pourrons discuter tranquillement.
En suivant l’Architecte du Capitole, Langdon jeta un coup d’œil aux vitrines pare-balles qui abritaient les deux livres les plus précieux de la Bibliothèque : la Bible géante de Mayence, copiée à la main dans les années 1450, et un exemplaire sur vélin de la Bible de Gutenberg, dont il n’existait que trois pièces au monde en parfait état. Au plafond, la voûte accueillait le polyptique de John White Alexander, L’Évolution du Livre.
Bellamy se dirigea vers une double porte aux lignes élégantes qui s’ouvrait dans le mur au fond. Connaissant la pièce qui se trouvait derrière, Langdon jugea que l’endroit était étrange pour y avoir une conversation. La salle ne correspondait pas à l’idée qu’il se faisait d’un « lieu sûr ». Située en plein centre du plan en forme de croix de la Bibliothèque, elle constituait le cœur de l’édifice. Se cacher là-dedans revenait à se cacher devant l’autel d’une cathédrale.
Bellamy ouvrit néanmoins les portes et disparut dans la pénombre. Lorsqu’il actionna l’interrupteur, l’un des plus grands chefs-d’œuvre architecturaux des États-Unis se matérialisa sous leurs yeux.
La célèbre salle de lecture était une splendeur. Dans sa partie centrale, un octogone gigantesque s’élevait à près de cinquante mètres. Trois variétés de marbre recouvraient les murs : marron du Tennessee, crème de Sienne et rouge d’Algérie. L’éclairage, provenant de huit angles différents, éliminait les ombres et donnait l’impression que la pièce étincelait.
— Certains disent que c’est la plus belle salle de Washington, dit Bellamy en faisant entrer Langdon.
Voire du monde entier, pensa ce dernier. Comme toujours, son regard remonta le long de l’impressionnante colonne jusqu’au plafond, où les caissons de style arabe descendaient du dôme vers le balcon supérieur. Sur son pourtour, seize statues en bronze surveillaient la pièce par-dessus la balustrade. Sous leurs pieds, une galerie d’arches magnifiques formait le balcon inférieur. Au niveau du sol, enfin, trois cercles concentriques de tables en bois vernis se déployaient à partir de l’îlot massif que constituait le bureau des prêts.
Langdon ramena son attention sur Bellamy, qui était occupé à bloquer les portes en position grande ouverte.
— Je croyais que nous étions censés nous cacher, hasarda Langdon.
— Si quelqu’un entre dans la Bibliothèque, je veux l’entendre arriver.
— Mais on nous trouvera immédiatement si nous restons ici.
— Ils nous trouveront quelle que soit notre cachette. Croyez-moi, s’ils nous attaquent ici, vous me remercierez d’avoir choisi cette salle.
Langdon ne comprenait pas, mais Bellamy ne semblait pas disposé à s’expliquer. Il marchait déjà vers le centre de la pièce et s’arrêta devant une table de lecture. Il alluma la lampe, approcha deux chaises et fit un geste vers le sac de Langdon.
— Bien, professeur, jetons-y un coup d’œil.
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