Brown, Dan - Le symbole perdu

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— Et ce machin-là ? s’enquit Sato en tendant le bras.

Suivant son geste, Anderson éclaira la grande faux en équilibre contre le mur.

— Contrairement à ce que pensent la plupart des gens, ce n’est pas un symbole de mort. La faux représente la transformation à travers le pouvoir nourricier de la nature – la moisson de ses fruits.

Sato et Anderson se turent, tâchant sans doute d’assimiler les explications de Langdon sur les bizarreries qui les entouraient.

Langdon, lui, voulait seulement sortir de là.

— Je comprends que cette pièce vous paraisse étrange, mais il n’y a rien d’anormal. Beaucoup de loges maçonniques ont des chambres pareilles à celle-ci.

— Mais nous ne sommes pas dans une loge maçonnique ! objecta Anderson. Nous sommes dans le Capitole des États-Unis et j’aimerais bien savoir ce que fiche un endroit pareil dans mon bâtiment.

— Il arrive que les maçons aménagent ces pièces sur leur lieu de travail ou chez eux. Ce n’est pas inhabituel.

Langdon connaissait un cardiologue à Boston qui avait converti un placard, à l’hôpital, en cabinet de réflexion afin de méditer sur le principe de mortalité avant d’entrer au bloc opératoire.

Sato semblait perplexe.

— Vous voulez dire que Peter Solomon descendait ici pour réfléchir à la mort ?

— Je l’ignore, répondit Langdon avec sincérité. Peut-être a-t-il créé cette chambre pour ses frères maçons qui travaillent dans le Capitole, afin de leur procurer un sanctuaire spirituel à l’écart du chaos du monde matériel. Un endroit où un sénateur, par exemple, pourrait se recueillir avant de prendre une décision capitale.

— C’est très touchant, fit Sato, sarcastique, mais je ne pense pas que les Américains seraient enchantés à l’idée que leurs dirigeants s’enferment dans des placards pour prier avec des crânes et des faux.

Eh bien, ça ne devrait pas les gêner, pensa Langdon en imaginant combien le monde serait différent si les puissants prenaient le temps de considérer l’irrévocabilité de la mort avant de lancer leur pays dans une guerre.

Les lèvres pincées, Sato examina attentivement les quatre coins de la cave.

— Il y a forcément autre chose ici à part des ossements humains et des tas de poudre. Quelqu’un vous a arraché à votre maison de Cambridge pour vous conduire dans cette pièce bien précise.

Langdon resserra son étreinte sur son sac de voyage, ne comprenant toujours pas quelle utilité le paquet de Solomon pouvait avoir.

— Je suis navré, madame, mais je ne vois rien qui sorte de l’ordinaire.

Allaient-ils enfin s’intéresser au sort de Peter ?

La lampe d’Anderson clignota à nouveau. Sato se tourna vers lui avec agacement.

— Bon sang, il faut tout faire soi-même ici !

Elle extirpa un briquet de sa poche. Après l’avoir allumé, elle rapprocha la flamme de la bougie sur le bureau. La mèche crachota un peu avant de prendre, projetant une lueur pâle sur l’espace confiné. Des ombres allongées dansèrent sur les murs en pierre. Quand la lumière fut stabilisée, un tableau inattendu s’offrit à eux.

— Regardez ! s’écria Anderson, le bras tendu.

Au-dessus de la bougie, ils aperçurent un graffiti estompé : sept lettres majuscules griffonnées sur la paroi du fond.

VITRIOL

— Il y a plus gai comme mot ! observa Sato alors que la bougie projetait l’ombre sinistre du crâne sur les lettres.

— C’est un acronyme, rectifia Langdon. On le trouve dans la plupart des cabinets de réflexion. C’est un mantra pour guider la méditation : Visita interiora terrae, rectificando invenies occultum lapidem.

Sato le regarda avec une expression presque admirative.

— Ce qui veut dire ?

— Visite l’intérieur de la terre, et, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée.

Un éclair traversa les yeux de Sato.

— La pierre cachée a-t-elle un rapport avec la pyramide ?

Préférant ne pas encourager le parallèle, Langdon haussa les épaules.

— Ceux qui aiment nourrir des fantasmes de pyramides occultes en plein Washington vous diraient sans doute que occultum lapidem renvoie à la pyramide de pierre. D’autres prétendront que ces mots évoquent la Pierre philosophale, dont les alchimistes croyaient qu’elle avait le pouvoir de donner la vie éternelle ou de transmuter le plomb en or. D’autres encore affirmeront que c’est une référence au Saint des Saints, une chambre de pierre cachée au cœur du Grand Temple maçonnique. Et d’autres enfin y verront un rappel chrétien des enseignements cachés de saint Pierre. Chaque tradition ésotérique interprète le mot « pierre » à sa manière, mais l’occultum lapidem est invariablement source de pouvoir et d’illumination.

Anderson s’éclaircit la gorge avant de parler :

— Est-il possible que Solomon ait menti à son ravisseur ? Pour l’envoyer sur une fausse piste, par exemple.

Langdon se posait la même question.

Soudain, la flamme vacilla comme si un courant d’air avait soufflé dessus. Elle faiblit un instant avant de se stabiliser.

— Bizarre, fit Anderson. J’espère que personne n’a fermé la porte à l’étage. (Il sortit dans le couloir plongé dans l’obscurité.) Il y a quelqu’un ?

Langdon remarqua à peine son départ. Il avait les yeux fixés sur le mur. J’ai la berlue ou quoi ?

Vous avez vu ça ? demanda Sato, regardant elle aussi le mur d’un air intrigué.

Langdon acquiesça. Son pouls s’accéléra.

L’instant d’avant, la paroi avait semblé scintiller, comme si une onde d’énergie avait parcouru sa surface.

Anderson revint vers eux.

— Il n’y a personne. (Juste à ce moment-là, la paroi scintilla de nouveau.) Oh, putain ! s’exclama-t-il en faisant un bond en arrière.

Comme envoûtés par le mur, tous trois restèrent muets pendant un long moment. Un frisson parcourut Langdon, quand il comprit l’origine du phénomène. Il tendit la main prudemment jusqu’à toucher la surface grise du bout des doigts.

— Ce n’est pas un mur.

Anderson et Sato s’approchèrent.

— C’est une toile.

— Elle a ondulé, dit Sato.

Oui, d’une façon bizarre. Langdon l’examina de plus près. Si le lustre du canevas avait reflété la lueur de la bougie de manière étrange, c’était parce que la toile avait ondulé vers l’intérieur... Au lieu de se soulever vers eux, elle s’était enfoncée dans le mur.

Langdon appuya délicatement sur le canevas. Surpris, il retira vivement la main. Une ouverture ?

— Écartez ça ! lui intima Sato.

Le cœur battant à tout rompre, Langdon repéra la bordure du canevas et la tira doucement sur le côté. Lorsqu’il vit ce qui se cachait derrière, il n’en crut pas ses yeux.

Mon Dieu...

Anderson et Sato, pantois, contemplèrent la niche dans le mur.

Sato brisa le silence.

— On dirait que nous avons trouvé notre pyramide.

39.

Robert Langdon observa la cavité parfaitement carrée qui était creusée dans le mur. Dissimulée derrière la toile en trompe-l’œil, elle mesurait environ un mètre de côté. Quelqu’un avait délogé les briques pour ménager cette ouverture. Dans la pénombre, Langdon crut d’abord qu’il s’agissait d’une fenêtre donnant sur une autre pièce.

Il comprit vite qu’il se trompait.

Le renfoncement ne faisait que quelques centimètres de profondeur. Tel un écrin grossièrement taillé, il ressemblait à une alcôve destinée à recevoir une statuette. Et, comme il convenait, il y avait justement une sculpture à l’intérieur.

C’était un bloc de granité sculpté d’une vingtaine de centimètres de hauteur. L’objet lisse, aux lignes élégantes, comportait quatre faces polies qui brillaient à la lueur de la bougie.

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