Brown, Dan - Le symbole perdu

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— Je vais enlever ma main. Tu n’as pas intérêt à crier, c’est compris ?

Les poumons en feu, Trish hocha vigoureusement la tête.

Quand l’homme retira sa main, elle avala une grande goulée d’air.

— Lâchez-moi ! articula-t-elle, à bout de souffle. Qu’est-ce qui vous prend ?

— Donne-moi ton code.

Trish se sentait complètement impuissante. Katherine ! Au secours ! Qui était cet homme ?

— Les gardes peuvent vous voir ! mentit-elle en sachant pertinemment qu’ils étaient trop loin des caméras et que, de toute façon, ils ne regardaient pas.

— Ton code ! répéta l’homme.

Une peur glaçante saisit Trish aux entrailles. Elle réussit à libérer un bras en remuant furieusement, puis se retourna et tenta de griffer les yeux de son agresseur. Ses ongles trouvèrent son visage et glissèrent sur la joue, dessinant quatre traînées noires sur la peau. Elle vit rapidement que ce n’était pas des plaies : l’homme était maquillé ; en le griffant, elle avait simplement révélé les tatouages sombres couverts de fond de teint.

D’où sort ce monstre ?

Avec une force surhumaine, il la fit virevolter comme une toupie et la hissa sur le rebord du grand réservoir rempli d’éthanol. Les vapeurs attaquèrent ses narines.

— Ton code.

Ses yeux brûlaient, elle voyait à peine la chair blanchâtre du calmar à quelques centimètres de sa figure.

— Parle ! fit l’homme en la poussant plus près de la surface. Ton code.

La brûlure acide se propagea dans sa gorge.

— Zéro, quatre, zéro, huit ! hoqueta-t-elle. Lâchez-moi ! C’est zéro, quatre, zéro, huit !

— Si tu mens...

Il augmenta encore la pression jusqu’à ce que les cheveux de Trish baignent dans l’éthanol.

— C’est la vérité ! cria-t-elle en toussant. Le 4 août ! C’est mon anniversaire !

— Merci beaucoup, Trish.

Ses doigts puissants se refermèrent sur la nuque de la jeune femme. Une force implacable plongea son visage dans le réservoir, une douleur ardente jaillit dans ses yeux. Avec une dernière poussée vigoureuse, l’homme enfonça complètement sa tête sous l’éthanol, contre la chair flasque du calmar.

Puisant jusqu’à la dernière once d’énergie au fond d’elle-même, Trish se cambra en arrière pour essayer d’émerger. Malheureusement, les mains de son agresseur ne frémirent même pas.

Il faut que je respire !

Complètement submergée, elle s’évertuait à ne pas ouvrir les yeux ni la bouche. Ses poumons étaient sur le point d’exploser tandis qu’elle luttait contre le besoin impérieux de respirer. Non ! Non ! Mais son réflexe respiratoire finit par prendre le dessus.

Sa bouche s’ouvrit en grand et ses poumons se dilatèrent d’un coup pour avaler l’oxygène dont son corps avait désespérément besoin. Dans une déferlante acide, des litres d’éthanol s’engouffrèrent dans sa gorge. La substance chimique envahit sa trachée, lui remplit les poumons. Trish n’avait jamais ressenti, jamais imaginé, une douleur aussi insupportable. Heureusement pour elle, sa souffrance fut de courte durée, et la nuit éternelle tomba sur son monde.

*

Debout à côté du réservoir, Mal’akh reprenait son souffle en évaluant les dégâts.

Le corps sans vie de l’assistante était avachi sur le rebord, la tête encore plongée dans l’éthanol. En la regardant, Mal’akh repensa à la seule autre femme qu’il avait tuée.

Isabel Solomon.

Il y a si longtemps. Dans une vie antérieure.

Mal’akh contempla la forme inerte. Il empoigna ses hanches charnues et, prenant appui sur ses jambes, poussa le cadavre dans le bassin. Le buste de Trish sombra en premier dans le liquide de conservation, puis le reste de son corps suivit naturellement. Les remous s’apaisèrent, laissant la jeune femme flotter au-dessus du monstre marin. Bientôt, ses vêtements trempés la firent couler lentement et son corps grassouillet vint se coucher sur la créature colossale.

Mal’akh s’essuya les mains et referma le couvercle en Plexiglas.

Le Cocon a un nouveau spécimen ce soir.

Il ramassa la carte magnétique et la glissa dans sa poche. Code : 0408.

Quand Trish Dunne était venue l’accueillir dans le hall, Mal’akh l’avait d’abord considérée comme un obstacle. Ensuite, il avait compris que la carte et le mot de passe garantissaient sa victoire. Si la pièce de stockage des données était aussi sécurisée que le prétendait Peter Solomon, Mal’akh aurait eu quelque difficulté à obtenir la coopération de Katherine. Maintenant, j’ai ma propre clé. Je n’ai plus besoin de perdre du temps à plier Katherine à ma volonté.

En se redressant, il vit son reflet dans une vitre et constata que son maquillage était irrémédiablement abîmé. Tant pis. Le temps que Katherine comprenne la situation, il serait déjà trop tard.

38.

C’est une salle maçonnique ? s’enquit Sato en se détournant du crâne humain pour observer Langdon dans la pénombre.

Celui-ci hocha calmement la tête.

— On appelle cela un cabinet de réflexion. Un endroit froid et austère où le maçon peut réfléchir à sa propre mortalité. En méditant sur l’inéluctabilité de la mort, il acquiert de nouvelles perspectives sur le caractère éphémère de l’existence.

Guère convaincue, Sato étudia l’environnement étrange où ils se trouvaient.

— C’est censé être une salle de méditation ?

— En quelque sorte, oui. Ces pièces contiennent toujours les mêmes symboles : le crâne et les os croisés, la faux, le sablier, le soufre et le sel, du papier vierge, une bougie. Ces symboles de mort incitent les maçons à mieux vivre leurs vies pendant leur passage sur Terre.

— On dirait une chambre mortuaire, dit Anderson. Ce n’est pas un hasard, songea Langdon.

— La plupart de mes étudiants en symbologie ont la même réaction, renchérit-il.

Langdon leur faisait souvent lire Symboles des francs-maçons , de Beresniak, qui contenait de superbes photos de cabinets de réflexion.

— Et vos étudiants ne trouvent pas bizarre que les maçons méditent avec des crânes et des faux ? demanda Sato.

— Pas plus que les chrétiens priant à genoux devant un homme crucifié, ou que des hindous psalmodiant devant un éléphant à quatre bras nommé Ganesh. L’ignorance des symboles culturels d’autrui est toujours source de préjugés.

Sato se détourna – elle n’était apparemment pas d’humeur pour une leçon de morale. Elle s’approcha de la table et de sa collection d’objets rituels. Anderson voulut les éclairer, mais la lampe commençait à perdre de la puissance. Il tapota sur le capuchon pour en tirer un peu plus d’énergie.

Le trio avança vers le mur du fond. L’odeur nauséabonde emplit les narines de Langdon. L’humidité de l’air activait le soufre dans la coupelle. Sato examina le crâne et les accessoires qui l’accompagnaient. Anderson se joignit à elle, faisant de son mieux pour éclairer le bureau de sa lumière vacillante.

Une fois son inspection terminée, Sato posa les mains sur ses hanches et poussa un soupir.

— Qu’est-ce que c’est que cette camelote ?

Langdon, lui, savait que chaque objet avait été soigneusement choisi et positionné.

— Ce sont des symboles de transformation, expliqua-t-il, se sentant à l’étroit quand il rejoignit Sato et Anderson devant la table. Le crâne, ou caput mortuum, représente la dernière transformation de l’homme au cours de la décomposition ; il nous rappelle que nous allons tous quitter notre enveloppe charnelle un jour ou l’autre. Le soufre et le sel sont des catalyseurs alchimiques qui facilitent la transmutation. Et le sablier représente le pouvoir de transformation du temps. (Il indiqua la bougie éteinte.) Et ça, c’est le feu primitif, le feu initiatique, l’homme qui se réveille du sommeil de l’ignorance – la métamorphose par l’illumination.

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