Brown, Dan - Le symbole perdu

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Langdon fouilla l’obscurité du regard sans parvenir à distinguer quoi que ce soit. Quelle est donc cette odeur ? Une puanteur insolite imprégnait l’atmosphère.

Anderson entra le premier, la torche dirigée vers le bas. La pièce ressemblait aux autres : profonde, étroite. Les murs en pierre brute lui donnaient l’aspect d’une cellule de prison ancienne. Mais cette odeur...

— C’est vide, déclara Anderson en éclairant le sol en terre.

Quand le faisceau atteignit le pied du mur au fond de la cave, Anderson le fit remonter sur la paroi.

— Nom de Dieu ! s’écria-t-il.

Tous trois sursautèrent – ils avaient tous vu la même chose.

Langdon, horrifié, scrutait la pénombre.

Quelque chose le regardait.

36.

Qu’est-ce que...

Anderson recula d’un pas sur le seuil de la SBB 13 et faillit lâcher la torche.

Langdon eut lui aussi un mouvement de recul, de même que Sato, qui, pour la première fois de la soirée, semblait prise au dépourvu.

Le pistolet en joue, elle ordonna à Anderson d’éclairer le fond. Il s’exécuta. Malgré sa faible intensité, le faisceau était suffisant pour leur permettre de discerner une face macabre qui les observait à travers des orbites vides.

Un crâne humain !

Il était posé sur un bureau en bois branlant adossé à la paroi. Deux fémurs étaient placés à côté, ainsi que plusieurs autres objets méticuleusement arrangés comme pour composer un autel : un sablier ancien, une flasque en cristal, une bougie, deux coupelles remplies de poudre et une feuille de papier. Appuyée contre le mur près du bureau se découpait la silhouette lugubre d’une faux, dont la longue lame incurvée rappelait celle de la Grande Faucheuse.

Inoue Sato s’avança dans la pièce.

— Voyez-vous ça... On dirait que Peter Solomon garde plus de secrets que je ne l’imaginais.

Anderson hocha la tête et avança à son tour.

— C’est ce que j’appelle avoir un squelette dans le placard, dit-il en balayant le reste de la pièce avec sa lampe. Et cette odeur ! ajouta-t-il en retroussant le nez. Ça vient d’où ?

— C’est du soufre, répondit Langdon derrière eux. Il devrait y avoir deux coupelles sur cette table. Celle de droite contient du sel, celle de gauche, du soufre.

Sato se retourna d’un coup, interloquée.

— Comment vous savez ça ?

— Parce qu’il y a des chambres identiques à celle-ci partout dans le monde.

*

À l’étage supérieur, le garde Alfonso Nuñez escortait Warren Bellamy à travers l’interminable couloir qui parcourait le sous-sol côté est. Il aurait juré avoir entendu trois coups de feu étouffés en provenance du niveau inférieur. Non, impossible, s’était-il dit.

— La porte du second sous-sol est ouverte, constata Bellamy en l’apercevant de loin.

Drôle de soirée, pensa Nuñez. D’habitude, personne ne descend jamais au SBB.

— Je peux demander ce qui se passe, proposa-t-il en faisant mine de prendre sa radio.

— Non, regagnez votre poste. Je vais continuer tout seul.

Nuñez hésita.

— Vous en êtes sûr ?

L’Architecte du Capitole s’arrêta et posa une main ferme sur l’épaule du garde.

— Je travaille ici depuis un quart de siècle, fiston. Je ne risque pas de me perdre.

37.

Mal’akh avait vu bon nombre de lieux étranges, mais rares étaient ceux qui pouvaient rivaliser avec l’univers surréaliste du Cocon. On aurait dit qu’un scientifique fou avait investi un hypermarché pour remplir toutes les allées et les rayons de bocaux contenant des spécimens de toutes tailles. Éclairée comme une chambre noire, la salle gigantesque baignait dans la lueur rougeâtre de l’éclairage inactinique qui montait de derrière les étagères, illuminant les bocaux pleins d’éthanol. L’odeur clinique des agents conservateurs était écœurante.

— Cette unité abrite plus de vingt mille espèces, expliqua la jeune femme. Poissons, rongeurs, mammifères, reptiles.

— Tous morts, j’espère, dit Mal’akh en feignant la nervosité.

La fille s’esclaffa.

— Oui, oui, morts de chez morts. Je vous avouerai qu’il m’a fallu six mois avant d’oser entrer ici.

Mal’akh comprenait pourquoi. Où qu’il se tournât, son regard tombait sur une créature morte dans un bocal : salamandres, méduses, rats, insectes, oiseaux et quantité d’autres choses non identifiables. Comme si la collection en elle-même n’était pas assez intimidante, l’éclairage rouge qui protégeait ces spécimens photosensibles de toute exposition prolongée à la lumière donnait au visiteur l’impression d’être dans un aquarium géant, où des créatures sans vie se rassemblaient pour l’observer depuis la pénombre.

— Ça, c’est un cœlacanthe ! précisa la fille en indiquant un grand récipient en Plexiglas qui contenait le poisson le plus repoussant que Mal’akh eût jamais vu. On croyait que l’espèce avait disparu avec les dinosaures, mais celui-ci a été péché en Afrique, il y a quelques années, et cédé au Smithsonian.

Vous en avez de la chance, pensa Mal’akh, qui n’écoutait que d’une oreille, occupé à étudier les murs à la recherche des caméras de sécurité. Il n’en avait vu qu’une jusque-là, pointée sur la porte d’entrée – logique quand on considérait qu’il n’y avait pas d’autre accès.

— Et là, voici ce qui vous intéressait, dit-elle en arrivant devant l’énorme réservoir que Mal’akh avait aperçu par la lucarne. Notre plus grand spécimen, l’architeuthis.

La jeune femme étendit le bras pour désigner la créature immonde d’un geste large, telle une présentatrice de jeu télévisé qui dévoile une voiture.

Le réservoir ressemblait à une immense cabine téléphonique allongée sur le flanc. Une chose flasque et répugnante flottait dans le long cercueil en Plexiglas. Mal’akh regarda le crâne bulbeux et les yeux de la taille d’un ballon de basket.

— Comparé à ça, votre cœlacanthe est presque beau.

— Attendez de le voir éclairé.

Trish souleva le couvercle du réservoir. Des vapeurs d’éthanol s’en échappèrent tandis qu’elle plongeait la main à l’intérieur pour actionner un interrupteur situé juste au-dessus de la surface du liquide. Un chapelet de lampes fluorescentes s’alluma tout le long de la base du réservoir. L’architeuthis resplendissait dans toute sa gloire : une tête colossale attachée à une masse ondulante de tentacules en décomposition et de ventouses redoutables.

Elle commença à raconter que les calmars géants étaient assez forts pour tuer des cachalots.

Mal’akh n’entendait que des babillages.

Le moment était venu.

*

Trish Dunne ne s’était jamais sentie particulièrement à l’aise dans l’Unité 3, mais le frisson qui venait de la parcourir était différent.

Primal. Viscéral.

Elle tenta vainement d’ignorer la sensation de danger grandissante qui avait planté ses griffes en elle. Si elle ne parvenait pas à identifier la source de son anxiété, son instinct la pressait de partir ; et vite.

— Enfin voilà, c’est tout pour le calmar, dit-elle en éteignant l’éclairage du réservoir. Nous devrions probablement rejoindre Katherine mainte...

Une main s’abattit soudain sur sa bouche et tira violemment sa tête en arrière. Un bras puissant se referma sur elle, l’immobilisant contre le torse de son agresseur. L’espace d’une seconde, elle fut étourdie par le choc.

Puis vint la terreur.

L’homme tâtonna sur la poitrine de Trish jusqu’à trouver la carte magnétique et tira dessus violemment. Le cordon écorcha sa nuque avant de se casser, la carte tomba par terre. Trish eut beau se débattre et essayer de se dégager, elle était incapable d’affronter un homme aussi grand et fort. La paume fermement collée sur sa bouche l’empêchait de crier. L’homme se pencha pour lui murmurer à l’oreille :

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