Brown, Dan - Le symbole perdu
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— Puis-je vous aider, monsieur ?
— Oui, je vous remercie.
Bellamy parlait avec clarté et précision. Diplômé de l’une des grandes universités du Nord-Est, sa diction était tellement exigeante qu’elle lui donnait presque un accent anglais.
— Je viens d’apprendre qu’il s’est produit un incident dans la Rotonde, dit-il, profondément troublé.
— Oui, monsieur. C’est...
— Où est le chef Anderson ?
— Au sous-sol avec la directrice du Bureau de la sécurité de la CIA.
— La CIA est ici ? demanda Bellamy, alarmé.
— Oui, Mme Sato est arrivée presque immédiatement après l’incident.
— Comment ça se fait ?
Nuñez haussa les épaules. Comme s’il allait demander...
Bellamy se dirigea droit vers les escalators.
— Où sont-ils ?
— Dans les sous-sols, répondit Nuñez en lui emboîtant le pas.
Bellamy lui lança un regard inquiet par-dessus l’épaule.
— Ils sont descendus ? Pourquoi ?
— Je ne sais pas, je l’ai juste entendu sur ma radio. Bellamy allongea le pas.
— Conduisez-moi immédiatement jusqu’à eux !
— Oui, monsieur.
Pendant que les deux hommes traversaient le hall, Nuñez remarqua la grosse bague en or de Bellamy.
— Je vais prévenir le chef que vous arrivez, reprit-il en empoignant sa radio.
— Non, l’arrêta l’Architecte, une lueur mauvaise dans les yeux. Je préfère éviter les comités d’accueil.
Nuñez avait déjà commis de graves erreurs ce soir-là ; omettre de rapporter la présence de Bellamy à son chef serait sa dernière.
— Monsieur ? hasarda-t-il. Je crois que le chef Anderson voudrait...
— Vous êtes conscient du fait que c’est moi qui emploie M. Anderson, n’est-ce pas ?
Nuñez acquiesça.
— Dans ce cas, vous feriez probablement mieux de m’obéir.
34.
Trish Dunne eut du mal à cacher sa surprise. Le médecin qui l’attendait dans le hall ne ressemblait en rien à ces rats de bibliothèque débraillés qui hantaient habituellement les réserves du Smithsonian – docteurs en anthropologie, en océanographie, en géologie et autres domaines scientifiques. Avec son costume taillé sur mesure, Christopher Abaddon affichait un raffinement presque aristocratique. Grand, large d’épaules, bronzé, avec des cheveux blonds soigneusement coiffés, il semblait plus habitué au luxe qu’aux laboratoires.
— Docteur Abaddon, je présume ? dit-elle en lui tendant la main.
Il parut hésiter avant de serrer la main replète de la jeune femme.
— Oui, c’est moi. Et vous êtes ?
— Trish Dunne, l’assistante de Katherine. Elle m’a demandé de vous escorter jusqu’au labo.
— Oh, je vois. Enchanté de faire votre connaissance, Trish. Je vous prie d’excuser mon étonnement, je croyais que Katherine était seule, ce soir. Je suis à vous, montrez-moi le chemin, dit-il en désignant le couloir.
Bien qu’il se fût rattrapé rapidement, l’éclair de déception dans ses yeux n’avait pas échappé à Trish. Cela pouvait expliquer la discrétion de Katherine au sujet d’Abaddon. Une romance naissante, peut-être ? Katherine ne discutait jamais de sa vie privée, mais avec son aspect soigné et son air séduisant, cet invité appartenait de toute évidence au même monde qu’elle. Quoi qu’ait pu imaginer le docteur Abaddon pour son rendez-vous avec Katherine, la présence de Trish n’en faisait pas partie.
Au poste de sécurité, un garde solitaire arracha vivement ses écouteurs, d’où s’échappèrent les commentaires du match. Il effectua ensuite les contrôles et opérations standard : détecteur de métaux et badge d’accès temporaire.
— Qui gagne ? demanda Abaddon en ôtant un téléphone, des clés et un briquet de ses poches.
— Les Redskins mènent de trois points, répondit le garde, impatient d’y retourner. Sacré match !
— M. Solomon ne devrait pas tarder, le prévint Trish. Pouvez-vous lui dire de venir directement au labo ?
— Ça marche, répondit-il avec un clin d’œil. Merci pour l’avertissement, je ferai en sorte de paraître occupé.
Le commentaire de Trish n’était pas exclusivement adressé au garde, mais également au médecin pour lui rappeler que Trish ne serait pas la seule à parasiter son tête-à-tête avec Katherine.
— Alors, comment avez-vous connu Katherine ? s’enquit Trish en levant les yeux vers l’énigmatique invité.
Abaddon rit doucement.
— Oh, c’est une longue histoire. Nous avons un projet en commun.
Reçu cinq sur cinq, je ne m’en mêle pas ! se dit la jeune femme.
— Cet endroit est époustouflant, commenta le visiteur tandis qu’ils remontaient le large couloir. C’est la première fois que je viens ici.
Sa voix légère devenait de plus en plus joviale à chaque pas. Trish remarqua qu’il observait les lieux avec intérêt. Sous la lumière crue des plafonniers, elle nota aussi que son bronzage semblait artificiel. Curieux. Trish profita du trajet pour lui décrire la mission et les fonctions du complexe, les différentes réserves et leurs contenus.
Il paraissait très impressionné.
— Cet endroit est une véritable île au trésor. On s’attendrait à voir des gardes postés devant chaque porte.
— Inutile, répondit Trish en indiquant la rangée de caméras installées au plafond. La sécurité est automatisée. Chaque centimètre de ce couloir est surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. C’est l’épine dorsale du bâtiment. Toutes ces zones de stockage sont inaccessibles sans carte et sans code.
— Bonne utilisation de la vidéosurveillance.
— Nous n’avons jamais eu de vol... Touchons du bois ! Il faut dire que ce n’est pas le genre de musée qui attire les voleurs : la demande est plutôt faible sur le marché noir pour les spécimens de rieurs disparues, les kayaks inuit ou les carcasses de calmar géant.
— Oui, c’est l’évidence même, dit Abaddon en riant.
— Nos pires ennemis sont les rongeurs et les insectes.
Trish expliqua comment le complexe empêchait les infestations d’insectes en congelant toutes les ordures qu’il produisait. Il était également protégé par une particularité architecturale appelée « zone morte », un espace hostile entre deux murs qui entourait tout le bâtiment telle une armure.
— Incroyable, dit Abaddon. Et le laboratoire de Katherine et Peter se trouve où ?
— Unité 5, tout au bout de ce couloir.
Abaddon s’arrêta brusquement devant une petite fenêtre.
— C’est quoi ça !
Trish éclata de rire.
— Là, c’est l’Unité 3, le Cocon.
— Le Cocon ? fit Abaddon, le nez collé à la vitre.
— Il y a plus de onze mille litres d’éthanol liquide là-dedans. Vous vous rappelez la carcasse de calmar géant dont j’ai parlé tout à l’heure ?
— Ça, c’est un calmar ? s’exclama-t-il en se retournant rapidement, les yeux écarquillés. Il est énorme !
— C’est un architeuthis femelle. Elle mesure plus de 12 mètres.
Apparemment hypnotisé par l’énorme céphalopode, Abaddon semblait incapable de s’arracher à sa contemplation. Trish sourit : cet homme lui évoquait un petit garçon devant la vitrine d’une animalerie. Cinq secondes plus tard, il n’avait toujours pas bougé d’un pouce.
— Bon, d’accord ! lança Trish en riant, avant d’insérer sa carte dans le lecteur et de taper son code. Venez avec moi, je vais vous montrer le calmar géant.
*
Aussitôt entré dans l’univers faiblement éclairé de l’Unité 3, Mal’akh examina les murs à la recherche de caméras de sécurité. La petite assistante grassouillette de Katherine se mit à caqueter au sujet des spécimens qui les entouraient. Mal’akh ne l’entendait même pas. Il se moquait éperdument de ces monstres marins. La seule chose qui l’intéressait, c’était d’utiliser cet espace sombre pour régler un problème inattendu.
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