Emile Gary - Gros-Câlin

Здесь есть возможность читать онлайн «Emile Gary - Gros-Câlin» весь текст электронной книги совершенно бесплатно (целиком полную версию без сокращений). В некоторых случаях можно слушать аудио, скачать через торрент в формате fb2 и присутствует краткое содержание. Год выпуска: 2013, Издательство: Mercure de France & Atelier Panik éd. numérique, Жанр: Старинная литература, на французском языке. Описание произведения, (предисловие) а так же отзывы посетителей доступны на портале библиотеки ЛибКат.

Gros-Câlin: краткое содержание, описание и аннотация

Предлагаем к чтению аннотацию, описание, краткое содержание или предисловие (зависит от того, что написал сам автор книги «Gros-Câlin»). Если вы не нашли необходимую информацию о книге — напишите в комментариях, мы постараемся отыскать её.

Gros-Câlin — читать онлайн бесплатно полную книгу (весь текст) целиком

Ниже представлен текст книги, разбитый по страницам. Система сохранения места последней прочитанной страницы, позволяет с удобством читать онлайн бесплатно книгу «Gros-Câlin», без необходимости каждый раз заново искать на чём Вы остановились. Поставьте закладку, и сможете в любой момент перейти на страницу, на которой закончили чтение.

Тёмная тема
Сбросить

Интервал:

Закладка:

Сделать

D’ailleurs, si Jean Moulin et Pierre Brossolette ont été pris, c’est parce qu’ils se sont manifestés dehors, parce qu’ils sont allés à des rendez-vous extérieurs.

Une autre fois, dans le même ordre de choses, j’ai pris à la porte de Vanves un wagon qui s’est trouvé être vide, sauf un monsieur tout seul dans un coin. J’ai immédiatement vu qu’il était assis seul dans le wagon et je suis allé bien sûr m’asseoir à côté de lui. Nous sommes restés ainsi un moment et il s’est établi entre nous une certaine gêne. Il y avait de la place partout ailleurs alors c’était une situation humainement difficile. Je sentais qu’encore une seconde et on allait changer de place tous les deux mais je m’accrochais, parce que c’était ça dans toute son horreur. Je dis « ça » pour me faire comprendre. Alors il fit quelque chose de très beau et de très simple, pour me mettre à l’aise. Il sortit son portefeuille et il prit à l’intérieur des photographies. Et il me les fit voir une à une, comme on montre des familles d’êtres qui vous sont chers pour faire connaissance.

— Ça, c’est une vache que j’ai achetée la semaine dernière. Une Jersey. Et ça, c’est une truie, trois cents kilos. Hein ?

— Ils sont beaux, dis-je, ému, en pensant à tous les êtres qui se cherchent sans se trouver. Vous faites de l’élevage ?

— Non, c’est comme ça, dit-il. J’aime la nature.

Heureusement que j’étais arrivé parce qu’on s’était tout dit et qu’on avait atteint un point dans les confidences où il allait être très difficile d’aller plus loin et au-delà à cause des embouteillages intérieurs.

Je précise immédiatement par souci de clarté que je ne fais pas de digressions, alors que je m’étais rendu au Ramsès pour consulter l’abbé Joseph, mais que je suis, dans ce présent traité, la démarche naturelle des pythons, pour mieux coller à mon sujet. Cette démarche ne s’effectue pas en ligne droite mais par contorsions, sinuosités, spirales, enroulements et déroulements successifs, formant parfois des anneaux et de véritables nœuds et qu’il est important donc de procéder ici de la même façon, avec sympathie et compréhension. Il faut qu’il se sente chez lui, dans ces pages.

Je note également que Gros-Câlin a commencé à faire sa première mue chez moi à peu près au moment où je me suis mis à prendre ces notes. Bien sûr, il n’est arrivé à rien, il est redevenu lui-même, mais il a essayé courageusement, et il a fait peau neuve. La métamorphose est la plus belle chose qui me soit jamais arrivée. Je me tenais assis à côté de lui, en fumant une courte pipe, pendant qu’il muait. Au-dessus, sur le mur, il y a les photos de Jean Moulin et de Pierre Brossolette, que j’ai déjà mentionnés ici en passant, comme ça, sans aucun engagement de votre part.

Mais ainsi que le dit le docteur Tröhne dans son manuel sur les pythons « il ne suffit pas d’aimer un python, il faut encore le nourrir ».

J’allai donc consulter l’abbé Joseph, à cause de ce problème de chair vivante. Nous eûmes une longue explication au Ramsès, autour d’une bouteille de bière. Je bois du vin, de la bière, je mange surtout des légumes, des pâtes, très peu de viande.

— Je refuse de nourrir mon python de souris vivantes, voilà, lui dis-je. C’est inhumain. Et il refuse de bouffer autre chose. Avez-vous déjà vu une pauvre petite souris face à un python qui va l’avaler ? C’est atroce. La nature est mal faite, mon père.

— Mêlez-vous de ce qui vous regarde, dit l’abbé Joseph, sévèrement.

Car il va sans dire qu’il ne tolère aucune critique à l’égard de son python à lui.

— La vérité est, monsieur Cousin, que vous devriez vous intéresser davantage à vos semblables. On n’a pas idée de s’attacher à un reptile…

Je n’allais pas me lancer dans une discussion zoologique avec lui sur les uns et les autres, pour savoir qui est quoi, je ne cherchais pas à l’étonner. Il s’agissait simplement pour moi de trancher cette question de nourritures terrestres.

— Cette bête s’est prise d’une véritable amitié pour moi, lui dis-je. Je vis assez seul, bien que décemment. Vous ne pouvez pas savoir ce que c’est, rentrer chez soi le soir et trouver quelqu’un qui vous attend. Je passe ma journée à compter par milliards – je suis statisticien, comme vous savez – et lorsque j’ai fini ma journée, je me sens naturellement très diminué. Je rentre chez moi et je trouve sur mon lit, roulée en boule, une créature qui dépend de moi entièrement et pour qui je représente tout, qui ne peut pas se passer de moi…

Le curé me regardait de travers. C’est le genre de curé qui fait un peu militaire, parce qu’il fume la pipe.

— Si vous aviez adopté Dieu au lieu de vous rouler dans votre lit avec un reptile, vous seriez beaucoup mieux pourvu. D’abord, Dieu ne bouffe pas de souris, de rats et de cochons d’Inde. C’est beaucoup plus propre, croyez-moi.

— Écoutez, mon père, ne me parlez pas de Dieu. Je veux quelqu’un à moi, pas quelqu’un qui est à tout le monde.

— Mais justement…

Je ne l’écoutais pas. Je me tenais là discrètement, avec mon petit chapeau, mon nœud papillon jaune à pois bleus, mon cache-nez et mon pardessus, très correctement habillé, veston, pantalon et tout, à cause des apparences et de la clandestinité. Dans un grand agglomérat comme Paris, avec dix millions au bas mot, il est très important de faire comme il faut et de présenter des apparences démographiques habituelles, pour ne pas causer d’attroupement. Mais avec Gros-Câlin ainsi nommé, je me sens différent, je me sens accepté, entouré de présence. Je ne sais pas comment font les autres, il faut avoir tué père et mère. Lorsqu’un python s’enroule autour de vous et vous serre bien fort, la taille, les épaules, et appuie sa tête contre votre cou, vous n’avez qu’à fermer les yeux pour vous sentir tendrement aimé. C’est la fin de l’impossible, à quoi j’aspire de tout mon être. Moi, il faut dire, j’ai toujours manqué de bras. Deux bras, les miens, c’est du vide. Il m’en faudrait deux autres autour. C’est ce qu’on appelle chez les vitamines l’état de manque.

Je n’écoutais pas ce que le père Joseph disait, je le laissais faire, il poussait à la consommation. Il paraît que Dieu ne risque pas de nous manquer, parce qu’il y en a encore plus que de pétrole chez les Arabes, on pouvait y aller à pleines mains, il n’y avait qu’à se servir. Moi, j’étais ailleurs, avec mon sourire, qui était content de me revoir. Je me souvenais que l’autre jour, M lle Dreyfus m’avait dit, un matin, alors que je traversais la comptabilité :

— Je vous ai croisé dimanche sur les Champs-Élysées.

J’étais stupéfait de la franchise, pour ne pas dire la hardiesse, avec laquelle cette jeune femme me manifestait son attention. C’est d’autant plus courageux de sa part que, ainsi que je l’ai déjà dit avec estime et d’égal à égal, c’est une Noire, et pour une Noire, franchir ainsi les distances dans le grand Paris, c’est émouvant. Elle est très belle, avec des bottes en cuir à mi-cuisses, mais je ne sais pas si elle accepterait de partager la vie d’un python, car il ne saurait être question pour moi de mettre Gros-Câlin à la porte. Je me propose de procéder lentement, étape par étape. Je veux que M lle Dreyfus s’habitue à me voir tel que je suis, qu’elle s’habitue à ma nature, à mon mode de vie. Je n’ai donc pas répondu à ses avances, il me fallait d’abord être tout à fait certain qu’elle me connaissait vraiment, qu’elle savait à qui elle avait affaire.

En dehors de M lle Dreyfus, j’avais mis Blondine dans une boîte avec des trous pour qu’elle puisse respirer et je l’ai placée tout en haut de l’armoire à linge, hors de portée. Cette question de victuailles tient une place importante dans la vie et des précautions sont indispensables pour éviter un drame de la nature. Chez les pythons, les affinités intuitives sont particulièrement développées, en raison de la sensibilité cachée sous les écailles et il m’est parfois arrivé de trouver, en rentrant dans mon habitat, Gros-Câlin dressé sur la moquette en spirale ascendante vers le tiroir supérieur qu’il ne peut atteindre faute du nécessaire et il doit se contenter d’aspiration comme tout le monde. Il est très beau, et se tient la tête haute devant l’armoire à linge, d’un gris verdâtre qui tourne au beige brunâtre sous le ventre et par endroits, avec un côté sac pour dames faubourg Saint-Honoré, légèrement luisant, et il suit son aspiration d’un regard attentif, un peu glauque, avec profondeur intérieure. Le regard attentif, fixe, dressé sur ses spirales comme un ressort vivant, oscillant légèrement sur sa base dans un but de fascination, tournant la tête d’un mouvement soudain, tantôt à gauche, tantôt à droite, dans l’espoir. C’est l’attitude de l’explorateur anglais scrutant l’horizon et les chutes de Victoria Nyanza, la main en visière et un mouchoir sur la nuque sous le casque colonial, en vue de conquête et de civilisation, que j’ai beaucoup lu quand j’étais petit.

Читать дальше
Тёмная тема
Сбросить

Интервал:

Закладка:

Сделать

Похожие книги на «Gros-Câlin»

Представляем Вашему вниманию похожие книги на «Gros-Câlin» списком для выбора. Мы отобрали схожую по названию и смыслу литературу в надежде предоставить читателям больше вариантов отыскать новые, интересные, ещё непрочитанные произведения.


Отзывы о книге «Gros-Câlin»

Обсуждение, отзывы о книге «Gros-Câlin» и просто собственные мнения читателей. Оставьте ваши комментарии, напишите, что Вы думаете о произведении, его смысле или главных героях. Укажите что конкретно понравилось, а что нет, и почему Вы так считаете.

x