Jean-Marie Le Clézio - Poisson d'or

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«Quem vel ximimati in ti teucucuitla michin.»Ce proverbe nahuatl pourrait se traduire ainsi:«Oh poisson, petit poisson d'or, prends bien garde à toi! Car il y a tant de lassos et de filets tendus pour toi dans ce monde.»Le conte qu'on va lire suit les aventures d'un poisson d'or d'Afrique du Nord, la jeune Laïla, volée, battue et rendue à moitié sourde à l'âge de six ans, et vendue à Lalla Asma qui est pour elle à la fois sa grand-mère et sa maîtresse. A la mort de la vieille dame, huit ans plus tard, la grande porte de la maison du Mellah s'ouvre enfin, et Laïla doit affronter la vie, avec bonne humeur et détermination, pour réussir à aller jusqu'au bout du monde.

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M. Delahaye était un homme un peu vieux, avec un grand nez et des lunettes qui grossissaient ses yeux bleus. Il était toujours bien habillé, avec un complet-veston gris sombre orné d'une petite boule rouge à la boutonnière, et des chaussures de cuir noir bien cirées. Il avait été autrefois un homme important, un ambassadeur, un ministre, je ne sais plus. Moi, j'étais impressionnée par lui, il me disait «mon petit» ou «mademoiselle». Personne ne m'avait jamais parlé comme cela. Il me tutoyait, mais il ne me donnait jamais de bonbons, ni d'argent. Sa passion, c'était la photo. Il y avait des photos partout dans la maison, dans les couloirs, dans la salle, dans les chambres, même dans les w.-c.

Un jour, il m'a invitée dans son studio. C'était une petite bâtisse sans fenêtre au fond du jardin, qui avait dû servir autrefois de garage et qu'il avait aménagée. C'est là qu'il développait et tirait ses photos.

Dans le studio, ce qui m'a étonnée, c'était les photos de sa femme, épinglées aux murs. C'étaient des photos un peu anciennes, elle semblait très jeune. Elle était déshabillée, avec des fleurs piquées dans ses cheveux blonds, ou en maillot sur une plage. Cela se passait dans un autre pays, dans une île lointaine, on voyait des palmiers, le sable blanc, la mer couleur de turquoise. Il m'a dit les noms, il me semble que c'était Manureva, ou un nom de ce genre. Il y avait aussi sur le mur une drôle de chose en cuir noir, ornée de clous de cuivre, que j'ai prise d'abord pour une arme, une sorte de fronde, ou une muselière. En regardant les photos, j'ai été étonnée de constater que c'était le cache-sexe de Mme Delahaye, que son mari avait accroché là, comme un trophée.

J'étais habituée à voir des femmes nues, au bain de vapeur avec Tagadirt, ou bien quand Aïcha ou Fatima se promenaient dans la chambre. Pourtant, j'avais honte de voir ces photos où Mme Delahaye n'avait pas d'habits du tout. Sur une photo en noir et blanc, elle était allongée toute nue sur une terrasse, au soleil, et au bas de son ventre son pubis faisait une grosse tache triangulaire noire qui contrastait avec la couleur de ses cheveux. M. Delahaye m'observait derrière ses lunettes, avec un vague sourire. J'ai pensé que c'était aussi une épreuve et j'ai caché ma honte. J'avais tellement envie de leur plaire.

Je suis retournée plusieurs fois dans le studio. M. Delahaye m'expliquait la technique du tirage, les bains d'acide, comment prendre l'épreuve avec une pince et l'accrocher à un fil pour la laisser sécher. J'aimais bien faire apparaître les visages dans les baquets, lentement, devenant de plus en plus noirs. Il y avait des visages de femmes, des enfants, des scènes de rue. Aussi des filles dans des poses étranges, avec la robe ouverte qui descendait sur l'épaule, les cheveux défaits.

M. Delahaye me disait que j'étais intelligente, que j'étais douée pour la photo. Il parlait de moi à Mme Delahaye avec enthousiasme, il disait qu'on devrait m'inscrire dans un laboratoire, que je pourrais en faire mon métier. Moi je regardais cette femme si distinguée, et je voulais effacer de ma tête le morceau de cuir noir clouté qui pendait sur le mur du studio. Je me disais que ce n'était rien, qu'ils avaient dû l'oublier, comme on accroche son chapeau à un clou en passant.

Un après-midi, c'était au commencement de l'été, il faisait très chaud dehors, je suis allée comme d'habitude, après mes tâches, pour travailler un peu à tirer des épreuves. M. Delahaye était en bras de chemise, il avait accroché son veston à un cintre. Il n'avait pas allumé la lumière rouge. Il m'a dit: «Aujourd'hui, j'ai envie de te photographier.» Il me regardait bizarrement. Il disait ça comme si c'était une chose entendue. Moi je ne voulais pas qu'on me photographie. Je n'ai jamais aimé ça. Je me souviens que Lalla Asma disait que c'était mauvais de prendre des photos, que ça vous usait le visage.

En même temps, j'étais assez flattée qu'un homme tel que M. Delahaye puisse avoir envie de photographier une petite fille noire comme moi.

Il a allumé ses lampes à pinces, il a placé un tabouret devant un grand drap blanc fixé au mur avec des clous. Il avait fait tous ses préparatifs, il devait avoir pensé à cela depuis longtemps. Il avait un visage sérieux, appliqué, et son front brillait de sueur à la chaleur des lampes. Il m'a fait asseoir sur le tabouret, le buste bien droit.

Puis il a commencé à prendre des photos, avec un appareil sur pied où brillait une petite lumière rouge. J'entendais le bruit de l'obturateur. Il me semblait aussi que j'entendais le bruit de sa respiration, son souffle d'asthmatique. C'était étrange. Je n'avais pas du tout peur de lui, et en même temps je sentais mon cœur battre très fort, comme si j'étais en train de faire quelque chose d'interdit, de dangereux.

Il s'est arrêté. Il trouvait que je n'étais pas bien coiffée. Ou plutôt, il trouvait que je n'avais pas les cheveux assez décoiffés. Il m'a fait enlever le bandeau que Zohra m'obligeait à porter, il a mouillé mes cheveux en les aspergeant d'eau froide et il les a fait gonfler avec un séchoir électrique Babyliss. Je sentais le souffle chaud sur ma nuque, et en même temps l'eau froide qui coulait dans mon cou, qui mouillait ma robe. Maintenant, M. Delahaye était vraiment bizarre, il ressemblait à Abel quand il m'avait coincée dans le lavoir de la cour de Lalla Asma. Il transpirait, il avait un regard brillant, fureteur, le blanc de ses yeux était un peu rouge. Je pensais que sa femme pouvait arriver d'un instant à l'autre, et que c'était ça qui l'inquiétait. À un moment, il est allé à la porte, il a regardé dehors, puis il l'a refermée et il a tourné la clef dans la serrure. C'était curieux comme tous, depuis Mme Jamila jusqu'à Mlle Rose et Zohra, ils voulaient m'enfermer à clef. À partir de ce moment-là, je me suis sentie mal. J'avais le cœur qui battait trop vite, je sentais une sueur d'inquiétude qui me piquait, dans les côtes, le long du dos.

M. Delahaye a recommencé à prendre des photos. Il m'a dit quelque chose à propos de ma robe, qu'elle n'allait pas, qu'elle était trop mouillée. Il voulait quelque chose qui aille avec mon visage, quelque chose de plus sauvage, barbare, de plus animal. Il avait dégrafé ma robe, échancré le col. Je sentais ses mains sur mon cou, sur mes épaules. Je sentais son souffle, je m'écartais, et lui manœuvrait mon buste, comme s'il cherchait un mouvement, une pose. Je devais avoir de la colère dans les yeux, parce qu'il s'est reculé et il a pris une série de clichés, il répétait: «Là, c'est magnifique, tu es magnifique!» De temps en temps, il passait derrière moi, il défaisait encore un bouton et il faisait glisser un peu plus la robe sur mes épaules. Mais il me touchait à peine, je sentais juste le souffle de sa respiration contre ma nuque.

À un moment, je n'ai plus pu supporter. J'avais la nausée. Je me suis levée, sans même me rajuster, j'ai couru jusqu'à la porte. Comme la clef n'était pas dans la serrure, je me suis retournée. M. Delahaye était debout devant son appareil, il avait l'air de réfléchir. Il avait une expression bizarre sur son visage, comme s'il souffrait beaucoup. Je ne sais pas ce que j'ai dit, avec une voix rageuse: «Si vous ne me laissez pas sortir, je vais crier.» Il m'a ouvert la porte. Il s'écartait de moi comme si j'étais un scorpion. Il a dit: «Mais qu'est-ce que tu as? Qu'est-ce que je t'ai fait? Je ne voulais pas te faire peur, je voulais juste te prendre en photo.» Je ne l'ai pas écouté. Je suis partie en courant. Je suis sortie de la maison, sans dire au revoir à Mme Delahaye. J'avais le cœur qui battait fort, je sentais du feu sur mes joues et sur mon cou, là où cet homme avait passé le bout de ses doigts.

J'ai fini par revenir à la maison de Zohra. Il n'y avait personne. J'ai attendu son retour sur le palier. Curieusement, elle ne m'a pas battue, elle ne m'a posé aucune question. Simplement, je ne suis plus retournée voir les Delahaye. Je crois que c'est à partir de ce jour-là que j'ai décidé de partir, d'aller le plus loin possible, au bout du monde, et ne jamais revenir. C'est à cette époque-là aussi que Zohra avait décidé de me fiancer.

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