Tatiana Rosnay - La mémoire des murs

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La fragilité de la vie m'impressionnait. Je pensais à Anna, à sa courte trajectoire, et je frémissais. Qu'avait-elle connu de la vie, elle, et les six autres jeunes filles assassinées par l'homme ? Elles avaient toutes entre dix-sept et vingt ans. Elles étaient jolies. Elles étaient à l'aube de leur vie.

J'ai trouvé sur Internet tout ce qui concernait leur meurtrier. Il était né d'un père inconnu et d'une fille facile. Il avait été conçu à la hâte sur la banquette arrière d'une voiture. Quelques secondes de plaisir furtif, et deux personnes qui se voyaient pour la première et la dernière fois de leur vie avaient, sans le savoir, engendré le mal. J'y pensais souvent, à cette rencontre éclair aux conséquences désastreuses. Comment se fabriquait le mal ? Dès la rencontre entre le spermatozoïde et l'ovule ? Dès l'embryogenèse ? Dès la première minute de vie, la première heure, embusqué derrière le front plissé d'un nourrisson ? Ou venait-il plus tard, charrié par les pulsions de la puberté, du ressentiment, de la solitude ?

La mère avait mené sa grossesse à terme, en réussissant à la cacher à son entourage. Le bébé avait été confié à la DASS le jour de sa naissance. Il n'avait jamais revu sa mère.

Désormais, je n'ignorais rien du parcours chaotique de cet homme, de ses errances, de sa perversion. J'aurais pu le reconnaître dans la rue. Pourquoi cela me touchait-il autant ? Pourquoi le visage d'Anna s'imprimait-il sur mes paupières lorsque je fermais les yeux ? La mort d'Anna pesait sur moi. Je ne la voyais jamais vivante, mais morte, la gorge béante. Je ne pouvais plus supporter cette vision, la vision d'une jeune fille assassinée, les visions des six autres destins brisés.

Anna, le premier meurtre. Rebecca, le dernier. Sept crimes, tous avoués, tous racontés dans le détail lors du procès. Je n'avais pas d'enfant. Mais quand je pensais à ces jeunes filles tuées, j'étais comme une mère. Je me sentais vide d'elles, comme si on avait arraché mes entrailles.

Je me sentais vide de la petite fille que j'avais perdue.

J'avais des pensées incongrues, bizarres. Je me demandais si, dans les autres appartements où les meurtres avaient eu lieu, des personnes venant vivre là après avaient ressenti les mêmes frayeurs que moi. Il existait dans la ville sept appartements marqués par le passage sanglant de cet homme, sept chambres à coucher dans lesquelles on avait retrouvé une jeune fille poignardée, les mains attachées dans le dos. Sept appartements estampillés par l'horreur du crime, sept portes d'entrée mises sous scellés, sept levées de corps sous le regard bouleversé d'une mère, d'un père. Sept endroits où il ne restait de la jeune fille que ses affaires, ses vêtements, ses livres, ses objets, où un ménage morbide avait dû être fait – par qui ? comment ? –, car il avait bien fallu éponger le sang, laver les taches sur le mur, ôter la literie maculée de rouge.

Et pourtant, j'en étais certaine, ces appartements étaient habités aujourd'hui. On y dormait, on y mangeait, on y vivait, on y faisait l'amour. Là, exactement là où la mort avait frappé sous sa forme la plus abominable. Je me demandais si les gens qui vivaient là savaient ce qui s'était passé chez eux. Je ne parvenais pas à croire que j'étais la seule à vouloir partir, la seule à posséder cette sensibilité-là. La seule à avoir froid dans le dos.

J'avais enfin trouvé un appartement, pas loin du bureau. Un immeuble moderne, neuf, dénué de charme. J'y ai emménagé sans plaisir, avec résignation. Ma vie me sembla plus triste, plus solitaire que jamais. Je n'osais plus téléphoner à Frédéric. Maman était partie en voyage avec son ami Alain. Je passais des soirées entières devant la télévision ou l'écran de mon ordinateur.

Un jour, par inadvertance, j'ai cassé mes lunettes. Impossible de mettre la main sur la paire de rechange. J'avais dû la perdre lors du déménagement. J'ai téléphoné à l'ophtalmologiste qui me délivra une nouvelle ordonnance, puis je me suis rendue chez mon opticien. Celui-ci me conseilla d'aller déposer la feuille de soins directement à la sécurité sociale afin d'être remboursée plus rapidement.

Je n'avais pas remarqué que devant la caisse primaire d'assurance maladie se trouvait une prison. La seule prison de la ville. Sinistre, obsolète. Son toit recouvert de tuiles ébréchées et roussâtres semblait héberger toute la déchéance du monde.

Des rangées serrées de petites fenêtres crasseuses, souvent brisées, donnaient sur le haut mur qui encerclait le bâtiment. À travers les grillages rouillés, s'amoncelaient des cannettes de soda, des bouteilles d'eau.

En regardant la prison, je me suis souvenue que l'assassin d'Anna et des six jeunes femmes y était détenu. L'homme qui avait tué pour la première fois rue Dambre, dans « ma » chambre, vivait là, à quelques centaines de mètres de moi.

Il était là, quelque part dans cette longue bâtisse, derrière une de ces lucarnes grillagées. Que faisait-il ? Se doutait-il qu'une inconnue, debout devant la prison, pensait à lui, à ses crimes ? Une pluie fine s'était mise à tomber. La rue était déserte. Lentement, j'ai longé le haut mur d'enceinte, le regard rivé sur la rangée de fenêtres. J'ai ressenti une pulsion étrange, inexplicable ; le besoin impérieux d'effectuer à pied le tour de la prison, comme si je cherchais à délimiter de mes pas la présence de cet homme, comme si je voulais le cadenasser d'un périmètre physique, l'encercler de mon existence, de ma liberté.

De l'autre côté, la prison donnait sur un large boulevard bordé d'arbres. À travers les branches vertes, on apercevait le haut du bâtiment, plus morne, plus triste encore. Mes talons claquaient sur le trottoir mouillé. Je regardais toujours les fenêtres. Je me demandais si les détenus pouvaient voir dehors ; si lui, il pouvait me voir.

Pourquoi ai-je ressenti le besoin de faire le tour de la prison ? Anna n'était ni ma fille, ni ma sœur. Je ne la connaissais pas. Je ne l'avais jamais rencontrée. Ça n'avait pas d'importance, après tout. Il fallait le faire, tout simplement. Deux tours, lentement, le menton haussé vers les fenêtres. Mes cheveux étaient trempés, mes pieds aussi, mais je m'en fichais. J'avais presque fini le dernier tour quand une voix métallique, presque inhumaine, tonna dans mes oreilles.

— Madame ! Oui, vous, avec le manteau beige.

J'ai levé les yeux vers un mirador rendu opaque par la pluie.

— Ça fait deux fois que vous tournez autour de la prison, madame, mugit la voix dans le haut-parleur. Pourquoi ?

Que dire ? Comment expliquer ce geste ? Je ne pouvais que rester figée sur place, sous la pluie.

Une porte s'ouvrit dans le mur, et deux hommes vêtus d'uniformes sombres en sortirent. Ils se dirigèrent vers moi. Pendant un instant, j'ai pensé à fuir. Puis je me suis dit que ça ne servirait à rien. Je n'étais pas coupable, après tout. L'un des hommes me demanda des explications. Il était poli, avec des yeux clairs. L'autre se contentait de me dévisager.

— Vous allez me prendre pour une folle, je sais…

Mon rire m'a semblé forcé, presque hystérique. J'ai essayé d'expliquer, de la façon la plus claire possible, pourquoi j'avais ressenti le besoin de faire le tour de la prison. C'était à cause de cet homme, le tueur en série, il fallait que je le « borde » de mes pas, il fallait que je l'encercle, ça avait été plus fort que moi.

Les deux gardiens m'écoutaient sans dire un mot. La pluie s'était arrêtée. J'allais être en retard pour le bureau.

— Pardonnez-moi de vous poser cette question, madame, mais cet homme est-il l'assassin de votre fille ? demanda le gardien aux yeux clairs.

Je lui ai répondu que non, il n'avait pas tué ma fille. Ma fille était morte toute petite. Le gardien semblait attendre une explication supplémentaire. Mais je ne savais pas quoi ajouter. Devais je lui raconter que la première victime de cet homme avait été tuée chez moi, dans ma chambre ? Que depuis que je le savais, je ne dormais plus ?

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