— J’ai réfléchi à propos de nous deux. J’ai beaucoup réfléchi. Je suppose que nous avons eu tort de nous laisser aller comme nous l’avons fait…
— Eh bien, dans des circonstances ordinaires, cela aurait constitué une faute, mais, dans ce cas précis, cela ne nous a pas empêchés de mener notre mission à bien. Au contraire, cela m’a inspiré. C’était merveilleux.
— Pour moi aussi. » Mais elle demeurait d’un calme inexorable. « Si tu es venu ici aujourd’hui, c’est dans l’espoir de reprendre les choses là où elles s’étaient arrêtées, n’est-ce pas ? »
Il tenta de sourire. « Je plaide coupable. Tu es une amante hors pair, ma chérie.
— Et toi, tu es tout sauf un prutsener . » Son sourire s’effaça. « Comment envisageais-tu la suite ?
— Je comptais te revoir. Souvent.
— Pour toujours ? » Everard resta muet.
« Ce serait difficile, poursuivit Floris. Tu es un agent non-attaché et moi la spécialiste d’un milieu donné. Nous resterions séparés de longs mois.
— A moins que tu ne te fasses muter au service d’analyse des données, ou dans toute autre unité permettant le travail à domicile. » Everard se pencha. « En soi, c’est une excellente idée, tu sais. Tu as les capacités intellectuelles requises. C’en serait fini des risques et de la vie à la dure, sans parler de toute cette misère que tu es obligée de voir sans jamais pouvoir la soulager. »
Elle fit non de la tête. « Ce n’est pas ce que je souhaite. En dépit de tout, je pense que c’est en tant qu’agent de terrain que je suis la plus utile, et je resterai agent de terrain jusqu’à ce que j’aie passé l’âge. »
A condition de survivre . « Ouais. Le défi, l’aventure, la satisfaction du travail bien fait, la possibilité d’aider ton prochain de temps à autre. Ce boulot est fait pour toi.
— Je finirais par haïr l’homme qui m’aurait amenée à y renoncer. Et, cela aussi, je ne le souhaite pas.
— Eh bien, euh…» Everard se leva. « D’accord. » Il avait l’impression de sauter d’un avion en plein vol : dans un tel cas, on ne peut que se fier à son parachute. « Tant pis pour le bonheur domestique, mais entre deux missions, des petites vacances rien que pour nous deux… Es-tu prête à accepter cela ?
— Et toi ? » rétorqua-t-elle.
Il se figea avant d’avoir pu l’approcher.
« Tu connais les nécessités de mon travail », poursuivit-elle. Son visage était livide. Ces choses-là ne la font pas rougir , se dit-il dans son for intérieur. « Y compris lors de cette dernière mission. Je n’ai pas été une déesse à plein temps, Manse. De temps à autre, il m’était utile de devenir une Germaine loin de sa contrée d’origine. À moins que je n’aie tout simplement cherché l’oubli pour une nuit. »
Il sentait le sang battre à ses tempes. « Je ne suis pas du genre pudibond, Janne.
— Mais tu es le fils d’un fermier du Middle-West. C’est toi-même qui me l’as dit, et j’ai pu le vérifier. Je peux être ton amie, ton équipière, ta maîtresse, mais, au fond de toi, je ne serais jamais rien de plus. Sois franc avec moi.
— Je m’y efforce, répliqua-t-il sèchement.
— Ce serait encore pire pour moi, acheva Floris. Je devrais te dissimuler trop de choses. J’aurais l’impression de te trahir. Ça n’a aucun sens, je sais, mais c’est ainsi que je le ressentirais. Nous ferions mieux de ne pas tomber amoureux, Manse. Nous ferions mieux de nous dire adieu. »
Ils passèrent les quelques heures suivantes à discuter. Puis elle posa la tête sur son torse, il la serra dans ses bras pendant une minute, et il s’en fut.
Sainte Marie, mère de Dieu, mère des douleurs, mère du salut, prie pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort.
Vers l’ouest nous voguons, mais la nuit nous engloutit. Veille sur nous dans les ténèbres et ramène-nous au jour. Veille à ce que ta bénédiction accompagne notre navire, car c’est la plus précieuse des cargaisons.
Ton étoile du soir, aussi pure que toi, brille au-dessus du couchant. Que ta lumière nous guide. Que ta douceur repose sur la mer, que ton souffle inspire le vent qui nous porte dans notre périple et qui nous ramènera auprès de nos foyers, et que tes prières enfin nous conduisent au paradis.
Ave Stella Maris !
Shakespeare, La Tempête , acte IV, scène 1, trad. Pierre Leyris, Garnier-Flammarion. ( N. d. T. )
Voir « L’Autre Univers », in La Patrouille du temps , chez le même éditeur. ( N.d.T. )
Voir « La Patrouille du temps », in La Patrouille du temps (op. cit.) . ( N.d.T. )
Les Chattes (latin chatti ) ou Cattes sont un peuple germanique ancien, qui était établi au début de l’ère chrétienne dans la région du cours supérieur de la Weser et de l’Eder. C’étaient de redoutables fantassins. Les Bataves seraient un rameau issu des Chattes. ( NScan )
Le Haflinger est une race de petit cheval de selle originaire d’Autriche. Aussi surnommé le cheval Edelweiss parce que sa marque a la forme de la fleur nationale autrichienne. ( NScan )
Tacite, Annales , XIII, 55, trad. Jean-Louis Burnouf. ( N.d.T. )
Tacite, Annales , XIII, 56, op. cit . ( N.d.T. )
Tacite, Germanie , XL, trad. Jean-Louis Burnouf. ( N.d.T. )
Voir « Le Chagrin d’Odin le Goth », in Le Patrouilleur du temps , chez le même éditeur. ( N.d.T. )
Citation de Lune noire ( The Moon Is Down , 1942), court roman sur l’occupation de la Norvège par les Allemands. ( N.d.T. )
Ecclésiaste, 3. 1-8, traduction œcuménique de la Bible. ( N.d.T. )