« Tu es dans le mauvais sens, c’est ça ? » dit-elle. Elle déplaça sa main droite jusque sur l’autre cuisse d’Issib, plus haut, et se pencha sur lui. Il avait maintenant l’usage de ses deux mains et il lui fut presque facile de défaire le bouton, même s’il n’avait jamais eu jusque-là l’occasion de dévêtir quelqu’un. Ce pouvait être utile, songea-t-il, avec des enfants qui n’ont pas encore appris à s’habiller seuls.
« Tu amélioreras peut-être ton temps pour le suivant », dit-elle.
En effet. Et comme il s’activait, ses mains frôlèrent les seins d’Hushidh. Il avait rêvé nuit et jour de toucher la poitrine d’une femme, mais il s’était persuadé que cela ne dépasserait pas le stade du rêve. Et voici qu’elle se dressait un peu plus à chaque bouton défait afin de mettre le suivant à sa portée, et ses seins s’approchaient de son visage au point que bientôt, rien qu’en tournant un peu la tête, il pourrait embrasser sa peau.
Ses doigts défirent le dernier bouton et les deux pans du chemisier flottèrent librement. Je ne peux pas je ne peux pas, se dit-il, mais il le fit : il tourna la tête et l’embrassa. La peau était un peu moite, mais douce et lisse aussi, pas comme la peau exposée aux agressions du plein air, celle de ses propres mains, par exemple, si lisses soient-elles, ni celle des joues de sa mère, qu’il avait souvent baisées ; c’était une peau comme ses lèvres n’en avaient jamais touchée, et il l’embrassa de nouveau.
« Tu n’as qu’une note moyenne pour le déboutonnage, dit Hushidh, mais ton travail pour les points supplémentaires a l’air prometteur. Tu sais, tu n’es pas obligé d’être toujours aussi doux.
— En ce moment, je fais le maximum pour être brutal et viril, pour ne rien te cacher, répondit-il.
— Alors, c’est bien. Tu ne peux pas me faire mal, de toute façon, tant que je sais que tu en as envie.
— J’en ai envie. » Et, parce qu’il sentait qu’elle avait besoin de l’entendre, il ajouta : « J’en ai très envie. Tu es si… parfaite ! »
Elle fit une petite grimace, lui sembla-t-il. « Comme ce que j’imaginais, poursuivit-il. Comme un rêve. »
Ce fut alors au tour d’Hushidh d’avancer une main tâtonnante, pour vérifier la réaction d’Issib, dont l’instinct lui dicta aussitôt de se dérober, de se cacher ; mais pour une fois, il fut heureux que son corps ne lui permît pas de mouvements aussi vifs : elle avait besoin, elle aussi, de savoir qu’il était excité.
« À mon avis, l’expérience a réussi, tu ne crois pas ? dit-elle.
— Oui. Tu veux que j’arrête, c’est ça ?
— Non. Mais on peut entrer dans cette tente à tout moment. » Elle se recula et reboutonna son chemisier. Mais elle respirait fort, Issib s’en rendait compte malgré son propre souffle, très fort lui aussi.
« C’était une sacrée séance de gymnastique, pour moi, dit-il.
— Mais j’espère bien t’épuiser.
— Impossible, à moins de m’épouser.
— Ah ! J’ai cru que tu ne me le demanderais jamais !
— Tu veux bien ?
— Demain, c’est assez tôt à ton goût ?
— Non, répondit-il. Pas assez.
— Alors, il vaut peut-être mieux que j’aille chercher tes parents. » Son corsage reboutonné, elle sortit de la tente. Issib s’aperçut seulement alors que le sous-vêtement – il ignorait ce que c’était – qui lui maintenait la poitrine gisait sur le tapis en un petit tas blanc. Il laissa tomber sa main droite sur les commandes de son fauteuil, puis il fit sortir le long bras de l’appareil, qui saisit le tissu et le rapporta près de lui. Examinant le sous-vêtement, il trouva le système ingénieux mais en même temps gênant : le tissu élastique devait plaquer les seins contre le corps. Les femmes ne portaient peut-être ce genre de trucs que pour monter à dos de chameau. Ce serait triste d’être ainsi confinée tout le temps. Surtout pour lui : il avait beaucoup apprécié la façon dont le corps d’Hushidh bougeait sous son chemisier une fois qu’elle avait enlevé cet appareillage.
Il ordonna au fauteuil de ranger l’objet dans la petite boîte sous le siège ; la machine obéit juste à temps : Hushidh revenait avec son père et sa mère. « J’aurais mauvaise grâce à me plaindre que votre décision soit trop rapide, dit Wetchik. Nous l’attendions, et nous l’espérions précoce plutôt que tardive.
— Voulez-vous que nous réunissions tout le monde pour la cérémonie ? » demanda Rasa.
Pour que l’assistance passe une demi-heure à s’ennuyer tout en se demandant comment Hushidh et Issib allaient se débrouiller au lit ? « Non merci, répondit Issib. Toutes les personnes indispensables sont déjà présentes.
— Ah, dommage, dit Hushidh. J’ai invité Luet et Nafai à venir aussi, dès qu’ils auront averti Zdorab et Shedemei des nouvelles dispositions de couchage. »
Issib n’y avait pas pensé : Hushidh partageait une tente avec Shedemei, comme Issib avec Zdorab. Les deux restants allaient se retrouver ensemble avant d’y être prêts, et…
« Ne t’inquiète pas, dit Père. Zdorab dormira ici avec l’Index et Shedemei restera où elle est. Hushidh s’installera avec toi ; ta tente est déjà… équipée. »
Oui, équipée de latrines privées, de bassins pour sa toilette à l’éponge, d’un lit au matelas de bulles d’air pour éviter les escarres. Et le matin, il aurait besoin de se vider la vessie et les intestins ; il dirait alors : « Shuya, ma chérie, ça ne t’ennuie pas de m’apporter mon urinal et mon bassin ? Et nettoie ensuite derrière moi, tu seras gentille…»
« Nafai et Zdorab viendront demain matin pour t’aider à te préparer, poursuivit Volemak.
— Et pour me montrer comment faire, intervint Hushidh. Il ne faut pas que ce soit une barrière entre nous, Issib, si tu dois devenir mon époux. Je ne veux pas que ce soit une gêne, et tu dois refuser d’en être gêné. »
C’est plus facile à dire qu’à faire, songea Issib, mais il acquiesça en souhaitant que cette intention devienne réalité.
Une fois Nafai et Luet présents, la cérémonie ne prit que quelques instants. Nafai se tenait auprès d’Issib et Luet auprès d’Hushidh, tandis que Rasa et Volemak récitaient chacun à son tour les paroles rituelles. Ils suivaient la cérémonie de mariage des femmes qui relevait de la coutume basilicaine et il fallait parfois souffler les mots à Volemak ; mais les participants avaient l’impression que cela faisait partie du rite de l’entendre répéter les paroles que Rasa venait de prononcer, très doucement, pour les lui remettre en mémoire. Enfin, la cérémonie s’acheva et Rasa joignit les mains des mariés. Hushidh se pencha sur Issib et l’embrassa. C’était la première fois que leurs lèvres se touchaient et ce contact le surprit. Mais il l’apprécia aussi beaucoup, d’autant plus que, durant le baiser, Hushidh s’agenouilla près du fauteuil et que ses seins s’appuyèrent sur son bras ; il n’eut alors plus qu’un désir : que tout le monde s’en aille afin de pouvoir pousser l’expérience à son terme.
Une demi-heure passa encore ; Nafai et Luet lancèrent quelques plaisanteries et taquinèrent les mariés ; mais enfin, Issib et Hushidh se retrouvèrent seuls dans la tente et ils reprirent l’expérience là où ils l’avaient interrompue. Une fois Hushidh dévêtue, elle souleva Issib de son fauteuil – en s’étonnant sans nul doute de son extrême légèreté, bien que Nafai l’eût sûrement assurée qu’elle n’aurait aucun mal à le porter, grande comme elle était. Elle le déshabilla et se colla contre lui afin qu’il puisse lui donner autant qu’elle lui donnerait. Il crut qu’il n’allait pas supporter la force de ses émotions en voyant le plaisir qu’il lui procurait, en sentant les plaisirs qu’elle lui donnait ; son corps arrivait presque à bout d’énergie lorsqu’elle s’installa sur lui. Mais ce n’était pas grave, car elle le tenait, bougeait sur lui, l’embrassait, et lui, il lui baisait la joue, l’épaule, la poitrine, le bras, chaque fois qu’une partie d’elle passait à portée de ses lèvres ; et quand il le put, il passa ses bras autour d’elle afin que, placée au-dessus de lui, elle sente aussi ses mains sur son dos, sur ses cuisses, ses mains douces, faibles, incapables de rien faire, en réalité – mais ses mains tout de même. Était-ce vraiment suffisant pour elle ? Était-ce un plaisir qui suffirait à la combler année après année, toute sa vie ?
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